Alpha Condé et les Somaliens ...pardon les Peuls (petit clin d'oeil à El Muchacho Mohamed Sampil ,paix à son âme)
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- Catégorie : Grands débats
- Mis à jour le dimanche 27 décembre 2015 12:46
- Publié le dimanche 27 décembre 2015 12:46
- Écrit par Boubacar Doumba Diallo
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"Pour se faire des ennemis, pas la peine de déclarer la guerre il suffit juste de dire ce que l’on pense. " Martin Luther King
J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article. J’ai consulté des parents et amis sur le sujet. Alpha Condé a eu beaucoup de compagnons peuls durant sa vie depuis la FEANF jusqu’à la Présidence. Il a même eu pour épouse une dame issue d’une grande famille aristocratique du Fouta qui malgré la séparation, est encore à ses côtés dans le gouvernement qui compte d’ailleurs plusieurs autres foulbhés. Il en est de même du RPG –Arc en Ciel.
Du MND au RPG ,il serait intéressant de recueillir des témoignages notamment dans le milieu de ceux qui ont été étudiants fin des années 8O et début des années 9O. Avec le multipartisme , le RPG en vieux briscard manipulateur a lutté aux côtés de Bah Mamadou,Siradiou Diallo,Bah Oury ,Alpha IBrahim Sow sans oublier le vieux Biro dans la lutte pour la consolidation de la démocratie en Guinée. Jusque là presque rien à dire. C’est à partir de 2O1O surtout entre les deux tours de la Présidentielle que des comportements anti-peuls se sont faits clairement jour dans le clan Alpha. Cela a continué durant une bonne partie de son premier mandat. Pour ne pas envenimer les choses je me réserve de donner des exemples.
Ce qui est certain durant cette phase, Alpha et son clan ont ouvertement montré une attitude anti-peule. Cela leur a-t-il réussi ? Je ne le pense pas. Bien au contraire .Depuis un certain temps, il y a un changement de tactique. Est ce sous l’effet des pressions extérieures ou bien de conseillers avisés ? Le résultat est qu’Alpha a réussi à consolider son pouvoir en ralliant un certain nombre de personnes, en distribuant de l’argent et aussi par des réalisations en Moyenne Guinée. Le camp adverse est assez affaibli et divisé. Je ne parlerai pas de trahison, mais simplement d’une collusion d’intérêts. En effet :
« Pharaon, altier sur terre, fit de ses habitants des partis, déshéritant une fraction d’entre eux ;il en égorgeait les fils n’épargnant que les femmes. Il était donc des corrupteurs »Coran Sourate 28, versets 3 et 4.
Dans un tel contexte, les rapports dominants-dominés révèlent la réalité de la division des sociétés en classes souvent antagonistes. Afin que ces rapports inégalitaires entre différents peuples se consolident, les privilégiés des peuples dominés doivent s’intégrer à la classe supérieure du peuple dominant. Lénine a magistralement démontré comment à la fin du 19esiècle, dans son ouvrageL’impérialisme, stade suprême du capitalisme, comment la grande bourgeoisie avait réussi à corrompre la couche supérieure de la classe ouvrière. De même l’administration coloniale s’est appuyée sur la chefferie traditionnelle. Mieux, c’est le même phénomène qui est à la base du néocolonialisme et des réseaux françafricains, je ne puis m’empêcher de sortir du cadre pharaonique. Mais revenons à nos moutons. Qâroun est le type même de l’élément de la couche supérieure du peuple dominé intégrée à la classe pharaonique.
« Qaroun faisait partie du peuple de Moïse. Il se conduisit en despote envers eux »Coran sourate 28, verset 76
C’est la nouvelle voie apparemment suivie par Alpha, une voie aussi vieille que le monde.
Attendons cependant encore un peu pour vérifier cette hypothèse.
C’est l’occasion de revenir sur un pan de l’histoire assez éloigné mais révélateur notamment de la complexité de la psychologie peule. Voici un récit du sage Amadou Hampaté Ba pour illustrer cette complexité .C’est un extrait de : http://www.webpulaaku.net/
« Ce peuple énigmatique, quel est-il et d'où vient-il ?
Question encore sans réponse. Les documents écrits sont rares, récents, parfois tendancieux, Les traditions orales bien vagues, plus légendaires qu'historiques. On s'accorde tout au moins à donner aux Fulɓe, sans oser préciser davantage, une origine plus ou moins “orientale”, avec un degré très varié de métissage entre un élément nonnègre, “hamitique”, et les Noirs soudanais.
Une légende très courante dans la boucle du Niger fait remonter l'origine des Fulɓe à Moïse, patron du royaume de Diagana, au vieux Maasina des Arɓe.
Nabiyulla Moussa (Moïse le prophète de Dieu) entre en conflit avec le Pharaon et ses prêtres, passe la mer Bouge avec son peuple, reçoit la Tawreta sur le Sinaï et apprend en même temps de Geno(L'Eternel) qu'à “l'extrême couchant de l'Afrique ténébreuse” le Nil a deux ou trois frères, charriant de l'or dans un pays aux paturâges abondants.
Des exodes sucessifs amèneront ainsi le peuple Ful très loin vers le Sud, direction sacrée directement en rapport avec l'herbe et l'eau, ou le Sud-Ouest, azimuth chargé de puissance magique aux 18e et 26e quantièmes de la lune.
Le Niger est atteint en plusieurs points. Le gros des arrivants se fixent au Termes, mais ceux-ci ne cesseront de transhumer, en vrais nomades, avec leurs bœufs et leurs noutons, envahissant peu à peu les plaines herbeuses de cet autre Nil, suivant le rythme des saisons.
Certains groupes s'étaient fixés le long du fleuve, de Diafaraɓe à Goundam, d'autres, à la recherche d'un deuxième et troisième Nil, devaient aller sur Néma, Oualata et Goumbou.
A la destruction du royaume de Ghana les Fulɓe se divisèrent en deux branches : celle qu'amène au Mandé le roi Soundiata (XIIIe siècle), celle qui s'installe au Maasina.
Demandez à l'un de ceux-ci son avis sur les Fulɓe, sa réponse sera celle que m'a faite mon ami Sado Diara, bambara de Yirimadio et qui mérite d'être transcrite.
« Pour nous autres Bambara, me disait Sado, le Pullo est un surprenant mélange, fleuve blanc en pays des eaux noires, fleuve noir au pays des eaux blanches, énigmatique peuplement que de capricieux tourbillons ont amené du soleil levant et répandu de l'Est à l'Ouest presque partout. En pays noir les voici semblables à des fourmis destructrices de fruits mûrs, s'installant sans permission, décampant sans dire adieu, race de voltigeurs volubiles sans cesse en train d'arriver ou de partir, au gré des points d'eau ou des pâturages.
Leur aspect physique est trompeur. On croirait à les voir, qu'ils sont tout près de périr. Et puis bernique, non seulement ils s'en gardent bien, mais les voici, grâce à leur parler d'oiseaux gazouillant dans les branches, qui, secondés par leurs demi-frères les Jaawanɓe (sing. Jaawanɗo), bons loustics et rois de la combine, se font discrets, insinuants, tenaces, deviennent puissants et parviennent à “escamoter” les plus solides empires…
Quand Soundiata eut vaincu Ghana , il méditait leur extermination. Son chapelain l'en dissuada : “Intéresse-les plutôt à ta cause, consulte-les. La finesse de leur esprit, leur inépuisable sac à malices, leur courage à la guerre en font d'efficaces auxiliaires et des ennemis redoutables, sachant tour à tour, adroitement, et quand il le faut, éviter et atteindre : un Pullo ferme l'oeil mais ne dort pas ».
Cette complexité de sa psychologie, elle apparaîtra dans un détail d'histoire où se retrouveront les trois aspects de l'âme pullo.
Le vieux Modi Koumba, maître de Kullel, le célèbre conteur de Bandiagara raconte :
« Gelaajo Baayo Buubu qui parle le bambara en pays pullo et réciproquement, croisa un jour, accompagné d'une troupe montée, un Pullo rouge, ceint de trois lanières de cuir, portant deux javelots et une sorte de lance à fer foliacé, conduisant un seul taureau…
— Voici, dit Gelaajo à ses hommes, un Pullo qui résume les trois états d'âme de notre race.
— Comment s'y prendre pour en voir les manifestations, demande un cavalier ?
— Rien de plus facile répondit Gelaajo. Que celui qui n'a pas peur de mourir s'offre pour l'expérience. il s'agit d'aller tenter de ravir au Pullo son taureau par la force.
Un cavalier présomptueux ne se le fait pas répéter deux fois ; il pique de deux et fonce sur le berger :
— Ohé ! Oreille rouge ! Pullo à bâton ! Gelaajo t'ordonne de me remettre ce bœuf pour ses cavaliers.
— Le taureau, dit le Pullo, n'est pas né pour Gelaajo, ni acheté par lui ; il est à moi et à ce titre inviolable ».
— Puisque tu ne veux rien entendre, s'écria le guerrier, voici comment je m'y prend.
Et, ce disant, se précipite sur le taureau. Mais le Pullo, avec une imprécation, court derrière lui ; le cavalier, se retournant, se voit serré de près et à portée de la lance du berger, veut parer le coup, mais trop tard. Un premier javelot lui pénètre la hanche et le Pullo, brandissant sa seconde sagaïe s'écrie : « Prends garde car celle que tu as au cul n'est qu'un petit avertissement. Mais celle-ci est une broche ardente, qui va souder ton corps à la selle et celle-ci à ton cheval, t'envoyant coucher à la lugubre cité aux petites dalles en pente . Quant à ma lance, elle me permettra d'expliquer à Gelaajo comment je traite les manants de ton gabarit, même quand ils m'apportent ses ordres.
Le cavalier, défaillant, épuisé, rejoignit, presque sans vie, la troupe de Gelaajo :
— Voici, dit ce dernier, un des aspects de l'âme pullo. Croyez-m'en, si nombreux que nous soyons le Pullo, attaqué, nous chargerait tant qu'il ne sera pas abattu mais ne nous laissera pas enlever son bœuf de force.
Gelaajo se tournant vers un bambaaɗo, un griot :
— Rejoins le Pullo, lui-dit-il, chante les louanges des preux de sa race et attends de pied ferme sa réponse.
Le bambaaɗo exécute l'ordre. Le Pullo tout ému, tremble de tous ses membres ; transporté, il oublie tout le reste et s'écrie :
— Prends ce taureau, je te le donne, n'ayant rien d'autre que mes armes, indispensables à mon règlement avec Gelaajo dont je viens de « descendre le messager ».
Le bambaaɗo, revenu vers Gelaajo, lui dit :
— Etrange ! Le Pullo m'a gracieusement offert le bœuf pour l'amour duquel il était prêt à nous massacrer tous.
— Ce geste, répondit Gelaajo illustre le second aspect de l'âme pullo, qui se révèle quand on sait parler ou agir comme il convient. Maintenant, retourne et propose au Pullo de l'engager pour cela mener ton bœuf.
Hésitant le bambaaɗo objecta :
— Ohé! Gue,ladio, comment oserai-je lui faire pareille injure ?
— Va et oublie que c'est lui qui t'a donné l'animal.
Revenu auprès du Pullo, le bambaaɗo l'interrogea :
— Voudrais-tu conduire mon bœuf au village ?
— Moyennant salaire, certes oui, pourquoi pas ?
Stupéfait de tant de courage, de générosité et de servilité, se succédant sans transitions le bambaaɗo revint auprès de Gelaajo qui ajouta :
— C'est ici le troisième aspect de la mentalité du Pullo, mais elle ne se révèle que dans le besoin.
Tour à tour paladins, grands seigneurs aux incroyables munificences puis gueux prêts à bien des bassesses, les Fulɓe se répartissent eux-mêmes en trois catégories n'ayant en commun que le physique et la langue :
Il y a donc :
- Les Peulhs au bâton,
- Les Peulhs de la lance,
- et les Peulhs du livre. Entendre par là : les bergers, les guerriers et les sages. »
C’était une petite contribution pour essayer de comprendre ,oui de comprendre certains comportements. Je n’étais pas présent lors des rencontres « nocturnes » entre Alpha et certains de ses « opposants », mais bon….
A quelques jours de la nouvelle année , je profite pour souhaiter une bonne et heureuse année 2016 à tous et à toutes.Je souhaite plein de succès à NRGUI,santé,bonheur et longue vie à Elhadj Nour Bokoum.
Was salam !
Boubacar Doumba Diallo
