A rebrousse poil de Souapiti !

L’inauguration du barrage de Kaléta est une bonne chose. La pose de la première pierre de Souapiti augure d’une bonne nouvelle pour la satisfaction totale en besoin d’électricité pour la Guinée. Ces barrages sur le Konkouré ajoutés à celui de Garafiri et d’autres font partie d’un vaste plan en vue de l’aménagement du bassin de Konkouré et de ses affluents, datant de la période coloniale lorsque la France envisageait l’industrialisation de la Guinée sur la base de l’aluminium. C’est un choix de société. Les grands barrages vont de pair avec la grande industrie des mines et les multinationales. La Guinée aura-t-elle les moyens financiers propres pour construire des usines d’aluminium ou trouvera-t elle des partenaires ? Le prix de revient du courant est-il assez compétitif pour l’électrolyse de l’alumine ? L’exportation du courant vers les pays voisins trouvera-t –elle de réels besoins en consommation ? Par contre les petits barrages disséminés dans toutes les grandes régions naturelles du pays et interconnectés entre eux riment avec l’agriculture et les cultures irriguées à la portée des paysans. C’est la priorité accordée à l’agriculture en faveur de la promotion de la paysannerie et de l’agro-industrie. C’est un autre choix de société qui n’est apparemment pas à l’ordre du jour bien que des projets existent. Mais tous ces projets donnent l’impression de la volonté de produire du courant pour du courant. Le volet agricole et l’agro-industrie n’apparaissent pas clairement. Courant et mines voilà ce qui est explicité.

Je n’ai pas la compétence  nécessaire pour parler de ces questions avec pertinence. Cependant après avoir consulté quelques personnes averties que je remercie au passage, je vais donner mon point de vue de citoyen lambda.

Puisque ce sont les grands barrages dont il est question, nous allons essayer de parler de quelques problèmes environnementaux et humains qui s’y rattachent.

Nous allons aborder brièvement le cas de Souapiti. Pour cela un tout petit peu de géographie ou de topographie. Prenons la route Kindia-Télimélé. A 60 km de Kindia et à 65km de Télimélé environ, se trouve le grand pont métallique datant de la période coloniale enjambant le fleuve Konkouré. Le site de Souapiti se trouve en aval de ce pont au sud par conséquent, à une petite distance à vol d’oiseau. En amont de ce pont un peu plus au Nord, c’est le confluent entre la rivière Kakrima un des principaux affluents et le fleuve Konkouré. Au sortir du pont en venant de Kindia, sur la rive droite, c’est le village de Konkouré. Sur une distance de 40 km au moins en allant vers Télimélé, la route longe la rivière Kakrima, traversant plusieurs villages et hameaux jusqu’à la petite agglomération de Kambanya. Sur la rive gauche de la Kakrima, à la hauteur de Kambanya ou Balaya ou entre les deux, c’est le gros bourg de Sangaréya.

Lorsque le barrage de Souapiti entrera en fonction, une bonne partie de la route Kindia-Télimélé sera inondée Je ne sais pas si Bangouya sera touché, peut être pas car c’est un peu en hauteur. Cependant une grande part des eaux du barrage ira se déverser sur la Kakrima qui va inonder ces deux rives sur des dizaines de km. Les villages de Konkouré (rive droite), Sangaréya (rive gauche) et Kambanya (rive droite), réputés pour leurs marchés hebdomadaires seront sous l’eau. Idem pour le village de Siraya (rive droite).La vallée de Leye Miro sur la rive gauche de la Kakrima y échappera-t-elle ? En outre toutes ces contrées évoquées sont des zones de pâturage et d’élevage du moins pour ce qui en reste car beaucoup sont déjà partis ailleurs où l’herbe est plus abondante … Il faudra s’attendre néanmoins à quelques petits conflits entre éleveurs et cultivateurs…Je ne le souhaite pas, mais c’est à prévoir. Que deviendront tous les arbres et buissons de cette vaste zone ? Tout cela va-t-il pourrir sous l’eau ? Ou bien va-t on couper ces arbres pour en faire soit du charbon pour la cuisine, soit des planches et des madriers pour la menuiserie ? Il n’est peut être pas trop tard pour éviter un grand gâchis. Une étude sur les plantes médicinales a-elle été faite depuis 1958 afin de sauver certaines espèces rares ? Cela c’est pour le côté flore. Et la faune sauvage de cette région dans tout ça…du moins ce qui n’a pas été braconné ? Je ne parle même pas des problèmes liés à la relocalisation des populations qui vont déguerpir. Et le peuple des djinns habitants de ces rivières, bosquets et grands arbres …. ?

Par ailleurs avec ce grand lac, les insectes vont pulluler, notamment les moustiques et son corollaire la malaria. Le régime actuel aura eu le grand mérite de réaliser de vieux rêves pour terminer Kaleta et entreprendre Souapiti. Cependant, les pouvoirs antérieurs depuis 1958 auraient dû penser à planter des arbres entre le futur lac et les habitations afin de créer une forêt classée c'est-à-dire former un écran pour barrer le chemin aux moustiques notamment et limiter l’érosion des sols pour préserver le réservoir du barrage des boues alluvionnaires et du sable.

On me dira que des études environnementales sont déjà faites ainsi que des mesures d’accompagnement. J’aimerais bien voir ces documents. En prévision du barrage d’Amarya sur le même Konkouré, la société Péchiney –le meilleur partenaire que la Guinée ait eu selon moi- avait déjà pris les devants en plantant des arbres du côté de Fria. Cela ne s’improvise pas. Cependant le barrage d’Amarya en aval de Souapiti causera moins de dégâts en matière d’inondations.

L’avantage de Souapiti et de son vaste réservoir sera d’alimenter en toute saison le barrage de Kaléta en eau déjà turbinée en toute saison et de faire ainsi actionner toutes ses turbines.

Certains diront que point d’omelette sans casser les œufs. Evidemment. Mais soyons responsables dans la gestion de la nature, gestion que Dieu a confiée à l’homme et lieutenance dont il rendra compte J’espère que ces quelques réflexions d’un pauvre profane éveilleront la curiosité des uns et des autres et permettront d’ouvrir un vrai débat de SOCIETE.

Was salam

Boubacar Doumba Diallo

 

Références

¾     Louis Henin, l’industrie de l’aluminium en Afrique Noire 1958

¾     Roland Pré, l’avenir de la Guinée Française

¾     Jean TEYSSIEUX, Symposium Mines Guinée 2008

¾     Ministère de l’énergie et de l’hydraulique, Secteur de L’énergie et Développement Minier en République De Guinée

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir