Dégradation des Forets à Nzérékoré : « Il faut interpeler la société forêt forte pour mettre en place une nouvelle stratégie… de son mode d'opération », selon M Loua Moriba Jean Baptiste
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- Catégorie : Grands dossiers
- Mis à jour le vendredi 1 avril 2016 13:07
- Publié le vendredi 1 avril 2016 12:58
- Écrit par Camara avec SNB
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Actualité de Guinée Conakry nrgui.com 1er /04/2016 Après le lancement des activités du parlement des jeunes leaders de la société civile guinéenne qui s’est deroulé à la maison de la presse de Guinée, nrgui.com a rencontré, M Loua Moriba Jean Baptiste, administrateur de ce parlement des jeunes dans la région de N'Nzérékoré. Ici, il nous parle de la dégradation des forets à N'Nzérékoré par des sociétés, mais aussi il dénonce les discours populistes des autorités en charge de la préservation de l'environnement en Guinée.
Nrgui.com : Vous êtes à l'intérieur du pays, précisément à N'Nzérékoré, il se trouve qu'il y a une dégradation poussée de l'environnement. Pouvez-vous nous décrire un peu ce qui se passe ?
Moriba Loua : Il reste à retenir que le constat face à la situation environnementale de N'Nzérékoré est très alarmant. Il faut se dire la vérité. Hier on pouvait dire la Forêt, mais de nos jours, cette Forêt n'existe que par le nom et par la végétation, on ne peut pas se contenter de trois forêts réservées. Quand nous prenons la forêt Ziama, la forêt de 43 Djéké, la forêt de Beyla pour dire la Guinée forestière, c'est impensable de nos jours. Il faut trouver un autre terme spécifique pour désigner la Forêt. Aujourd'hui, il y'a une dégradation très poussée. Parfois, je me pose la question, je me dis est-ce que c'est par ce que ces forêts sont loin qu'on amène des sociétés pour les détruire et causer du tort à notre environnement. Quand nous prenons la Société forêt forte, d'abord son nom indique que la forêt doit être forte, mais sous-entendu que la forêt est en fait faible. Puisqu'il fallait dire forêt forte pour endormir la conscience des gens. Ils le disent, mais en réalité dans le sens même du mot, c'est une forêt affaiblie aujourd'hui par la coupe abusive de bois, alors qu’il n'y a pas de suivi par le reboisement, et comme ça, nous transformons cette forêt en savane.
Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que cette dégradation a une conséquence climatique ?
Oui bien sûr, elle nous amène à une perturbation climatique. C'est pour vous dire qu'aujourd'hui à Nzérékoré, il fait plus chaud qu'à Conakry. Il y a une perturbation de la pluviométrie. N'Nzérékoré où à cause de la forêt il pleuvait chaque mois, le constat est très alarmant, que vous ne verrez la pluie que rarement. Ce n'est que mardi passé qu'il a plu à Nzérékoré à 5 heures du matin. Avant à N'Nzérékoré, il pleuvait même au mois de décembre, mais cette ville ne connaît plus la pluie suite à la dégradation de l'environnement, la destruction de nos forêts. Donc, cela engendre des difficultés de point de vue économique, par ce que, seule la pluie peut permettre d'améliorer nos cultures, mais s'il n'y a pas de pluie, il y une faible la rentabilité. Donc, voilà en quelque sorte les constats qu’on peut faire.
Est-ce que une fois le ministère de l'environnement des eaux et forêts, ou ses directions ont effectué des visites dans ces forets pour faire des constats ?
Vous savez, les gens aiment paraitre, les gens aiment se focaliser sur du formulaire, mais sur l'aspect visuel, et la concrétisation des choses, ils s'intéressent peu. Ils parlent souvent des politiques de reboisement, de ceci ou de cela, mais en réalité ce sont des mesures qui ne sont pas suivies à la lettre ou qui ne sont même pas appliquées. Je peux vous dire que ça n'existe pas du tout, c'est du formalisme.
Mais vous en tant que défenseur de la nature et en tant que membre des jeunes leaders de la société civile guinéenne qu'est-ce que vous envisagez ?
Maintenant ce que j'envisage pour la région administrative de Nzérékoré, d'abord il faut interpeler la Société forêt forte pour mettre en place une nouvelle stratégie pour revoir la façon dont elle a négocié le contrat avec le gouvernement, et revoir son mode d'opération. Parce que si elle dit qu'elle coupe ou qu’elle reboise, alors qu’elle ne peut pas nous indiquer là où elle a mis l'arbre, cela pose problème. Aujourd'hui l'engagement, c'est de part et d'autre, il faut un engagement de tout un chacun, une prise de conscience à tous les niveaux pour dire que la forêt est sacrée. Elle doit être protégée, le reboisement doit continuer, si c'est fait, il faut suivre pour voir ce que ça donne. Donc, il faut également mettre en place une stratégie de suivi, de protection de cet environnement.
Pour quoi vous mettez un accent particulier sur la Société foret forte ?
Par ce que les gens pensent qu'aujourd'hui le changement climatique est propre à l'occident et on oublie même qu'on est dans la lutte contre ce fléau. Donc tous ceux qui contribuent à la destruction de l'environnement doivent cesser.
Quel appel lancez-vous au ministère de l'environnement, des eaux et forêt ?
Il faudrait qu'il soit plus concret sur le terrain, et être moins verbal. Propos recueillis par Alphonse Camara avec SNB pour www.nrgui.com
