Chinalco réussira-t-il à relancer le fer de Simandou ?
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- Catégorie : Grands dossiers
- Mis à jour le mercredi 23 novembre 2016 20:32
- Publié le mercredi 23 novembre 2016 20:32
- Écrit par LLC
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Après avoir bataillé pied à pied avec Rio Tinto pour le forcer à relancer le projet de fer de Simandou, le gouvernement guinéen se prépare à un nouveau bras de fer avec le groupe public chinois Chinalco (China Aluminium Co), qui a repris les parts de la major australienne sur le projet. Objet principal des négociations : le financement des investissements colossaux nécessaires au redémarrage des opérations.
Un financement incertain •
Salué comme une victoire pour le président Alpha Condé, l'accord signé fin octobre avec Chinalco sur sa reprise en main de Simandou ouvre néanmoins une période d'incertitude pour le projet de fer. Si l'Etat chinois semble être en mesure d'en porter seul le développement, Pékin ne devrait pas, afin de limiter le risque financier, laisser Chinalco payer seul les presque 20 milliards $ d'investissement nécessaires. Si le montage financier n'a pas encore été précisé, c'est notamment le financement de la partie qui concerne les infrastructures - soit une voie ferrée et un port, pour 10 à 15 milliards $ - qui est très flou.
Chinalco n'avait en effet jamais accepté de prendre en charge l'ensemble du coût des infrastructures, comme l'avait proposé le cabinet Wood Mackenzie dans son étude de faisabilité du projet rendue début 2016 (AMI nº373). Or, il n'est pas évident que les sociétés qui avaient signé des protocoles d'accord avec Rio Tinto pour participer au financement, notamment General Electric qui avait proposé 500 millions $ fin 2014, maintiennent leur offre suite au retrait du géant australien.
Les fonds s'étant dits prêts à investir - Castlepines Equity, Black Rhino, Africa Finance Corp, Harith General Partners, le Fonds gabonais d'investissements stratégiques, Marubeni Corp et Mitsui & Co - pourraient aussi finalement reculer face aux obstacles et aux contretemps. Seuls les 600 millions $ apportés par les sociétés chinoises CNR et CSR ne devraient pas être remis en cause.
Une feuille de route imprévisible •
Chinalco, qui figurait déjà parmi les actionnaires de la société opératrice de Simandou, Simfer, devrait imposer une relecture complète de la feuille de route du développement du projet présentée par Rio Tinto, qui ne l'avait pas convaincu (AMI nº361).
Selon nos informations, le gouvernement guinéen a exigé que tout nouveau plan lui soit soumis pour approbation dans un délai de 30 jours après le transfert définitif des parts de Rio Tinto à Chinalco. La complexité du projet pourrait cependant rendre le processus plus long que prévu. La révision de la feuille de route entraînerait également l'annulation des appels d'offres lancés quant aux travaux, repoussant encore le démarrage des opérations.
La Lettre du Continent
Les soupçons liés à Alan Davies •
Le redémarrage de Simandou est également hypothéqué par un dernier facteur, judiciaire et politique. Juste après avoir signé son désengagement du projet, Rio Tinto vient de licencier le directeur de sa division énergie et minerais Alan Davies. Le groupe a appris que 10,5 millions $ avaient été versés au consultant de ce dernier sur Simandou, François Polge de Combret - un banquier d'affaires proche d'Alpha Condé - afin de faciliter l'obtention des permis ferrifères (lire ici les e-mails, publiés par le Wall Street Journal et Mediapart.fr).
Certains des parlementaires guinéens, qui devront valider l'accord signé entre Conakry et Chinalco sur le transfert des parts de Rio Tinto, demandent déjà combien Pékin a payé pour obtenir la totalité du projet.
