Discours de la marche de Washington 31 août 2012

Nous sommes réunis en ce jour, sur cette terre étrangère, suite aux récentes tueries d’innocents à Zogota. Ce massacre est d’autant plus douloureux qu’il s’inscrit dans une suite inexorable de crimes et de vexations commis par les différents gouvernements de la Guinée à l’encontre de nos populations. La répétition d’actes crapuleux sur la scène politique  guinéenne avec une lancinante régularité bannit  l’espoir des populations guinéennes de sortir de la misère.

Il est fort à parier que  le gouvernement de Mr. Conde qui a montré clairement sa prédilection pour l’entretien d’un climat d’impunité totale dont il compte profiter aux dépens des citoyens guinéens, va encore une fois enterrer cette affaire sous le tapis des « risques »et des  « conflits ethniques ».La psychose ethnique  qui prévaut en Guinée depuis son accession à l’indépendance n’est le résultat ni de la malédiction, ni du hasard. Elle est simplement l’œuvre de gouvernements corrompus qui exploitent les sentiments d’appartenance ethnique de nos sociétés traditionnelles pour s’assurer  la complicité de certains citoyens  dans le but de marginaliser les autres.

Cela fut le cas du régime du PDG qui alla à l’extrême en « déclarant la guerre » à la communauté peule de Guinée. Durant ce triste épisode de notre histoire, très peux de voix de cadres originaires de la Haute-Guinée s’élevèrent. Dans la foulée, Lansana Conté usera d’un mélange de militarisme et d’allégeance ethnique pour se pérenniser au pouvoir ; le régime frappera  tour à tour les officiers malinkés, la communauté de la Guinée forestière et la communauté peule avec des assassinats, des destructions de domiciles et des viols.  Durant ces funestes moments aussi, peux  d’intellectuels de la Basse-Guinée s’insurgèrent.  Quand  la junte avec à sa tête, Daddis Camara perpétra les massacres  et viols dirigés principalement contre la communauté peule, à quelques exceptions près les cadres de la Guinée forestière observèrent le même silence coupable.

  Là réside les racines d’un mal qui a rongé les fibres de notre pays et fait de la Guinée la risée  de l’Afrique de l’ouest.  Aujourd’hui, ce mécanisme irréfléchi d’identification ethnique fait que la majorité des cadres d’ascendance malinké se tait sur les crimes entrain d’être commis sous le régime du RPG. Ce silence complice qui nourrit le fascisme, est aussi condamnable que les crimes commis. Il ne fait  honneur ni à la nation ni à la tradition de justice que tous les groupes ethniques guinéens ont hérité des ancêtres.

Nous voici encore à la croisée des chemins de l’histoire. Le choix est entre nos mains. Les temps appellent à  un examen de conscience de tous les guinéens. Pleurer les morts d’aujourd’hui et d’hier sans un tel  examen et sans un engagement ferme et sincère d’œuvrer pour la  justice est peine perdue.

Ce qu’il faut ce sont des actions concrètes et non des incantations sur la réconciliation nationale. Les crimes du PDG doivent être débattus avec une conférence nationale pour restaurer la vérité sur les complots fictifs, les disparus ainsi que le rôle des tortionnaires.  Nous devons  tous œuvrer pour que les crimes récents commis sous les régimes de  Lansana  Conté, Moussa D. Camara, Sékouba Konaté et Alpha Condé soient instruits par une justice indépendante. Les coupables reconnus devront être punis selon les lois en vigueur et les victimes  restaurées dans leurs droits.  

Si après ce meeting nous nous séparons sans ce vœu intime et fervent de nous mobiliser -  par-delà nos diversités culturelles et d’opinion - pour ce combat pour la justice nous serons tout simplement en train de trahir les principes universels, permanents et inaltérables qui doivent être le soubassement de la nation en construction. Il faudra alors ne pas s’étonner que demain les mêmes crimes se répètent. Alors il faudra  dire adieu à une Guinée prospère.

Par contre, si à partir de ce jour nous prenons la décision ferme, solennelle et irrévocable, devant Dieu, l’histoire et devant l’opinion nationale et  internationale, de lutter pour la justice sur la terre que nos ancêtres nous ont léguée, ce dernier épisode de violation des droits de l’homme à Zogota, sera le début de la fin des fascismes ethniques dans notre pays.

            Notre association, Pottal-Fii-Bhantal Fouta-Djallona toujours défendu  le principe de  développement et de  bonne gouvernance fondé sur le respect des nations de notre pays. Nous avons toujours milité pour le renforcement des structures et des pouvoirs  locaux avec pour  principe, la tolérance  et la solidarité. A partir de ce  constat nous avons résolument décidé d’unir les citoyens originaires du Fouta-Djallon. Par ailleurs, nous sommes conscients– l’histoire de notre pays doté par la nature mais misérable le corrobore amplement -  qu’aucun progrès n’est possible tant que l’impunité ne sera pas éradiquée dans notre pays. Ceci nous a conduits à lancer notre programme de lutte contre l’impunité, à travers le mouvementJUSTICE IN GUINEA. Ces choix ne sont  ni partisans, ni ethniques. Ils sont dictés par l’histoire de notre pays. Ils restent des conditions incontournables pour la construction d’une nation viable et inclusive.

En ce jour solennel de commémoration des morts, nous réitérons notre appel et tendons encore  la main à tous les citoyens épris de paix et de justice à l’unité d’action pour se joindre à ce mouvement afin de mettre fin à la spirale de l’instrumentalisation des communautés et la domestication des intellectuels de notre pays.

Que Dieu verse sa miséricorde sur toutes  les victimes de la terreur politique en Guinée et qu’il bénisse notre pays.  Amin.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir