LE SOURIRE DU WEEKEND : NOIRS, VOICI UN NOUVEAU NOM A VOLER.
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- Catégorie : Courrier des lecteurs
- Mis à jour le samedi 11 octobre 2014 08:39
- Publié le samedi 11 octobre 2014 08:39
- Écrit par Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla
Salut à nous tous. Comment allons-nous avec nos prénoms d’esclaves des blancs ? Quoi ? J’en fais trop ? Non, non et non. Je dis plutôt la vérité. Entre nous, est-ce qu’ils nous appartiennent vraiment, tous ces noms arabes, juifs, français, allemands, russes, etc. que nous portons et qui, sur Facebook, ou ailleurs, nous rendent plus fiers que nos propres noms africains ? Est-ce que nous avons le devoir ou le droit de les porter ? Est-ce que nous convertir à une religion nous oblige à adopter les prénoms de la société dont des gens intelligents ont écrits des livres qualifiés de saints ? Est-ce que porter à cent pour cent nos propres noms diminuera notre valeur d’être des humains ?...

Voilà ! Il n’y a aucun noir pour répondre à une seule de mes questions. Encore entre nous, ce n’est pas parce que je vais jouer les bornés ou les fidèles au cerveau lavé, mais je suis sûr, très sûr, que personne ne me convaincra avec le semblant de contraire des « non-vérités » aux quatre questions posées ci-dessus. Nous savons tous que chaque race, chaque peuple, chaque zone géographique, a ses noms et prénoms propres. Et ces richesses doivent être des éléments de fierté et défendues avec tout l’amour et toute l’intelligence nécessaires. Mais nous, les noirs, que faisons-nous ? Nous avons honte de nos noms et nous nous en débarrassons sans remords…
Attendons, mon téléphone sonne, donc je reviens à nous tout à l’heure.
_ Allo ? C’est Guikou Bilet Zafla.
_ Ga ! Ga ! Ga !... Ga ! Ga ! Ga !
_ Ecoute, Dahico, tu es mon idole mais tu ne dois pas commencer une conversation téléphonique avec moi en riant.
_ Hé ! Ma vieille…
_ Non, je ne plaisante pas, Dahico. J’étais en train de nous parler d’un problème sérieux.
_ Et tu crois que moi, je t’ai appelé pour quoi ? Je sais que tu nous parlais au sujet de la petite indienne Malala. Moi, Dahico, en tant que le Président du Parti des Doromican, je voudrais avoir mon mot à dire sur la nomination de cette fillette de dix-sept ans seulement au Prix Nobel de la Paix. En plus, elle n’a ni un nom arabe ni un nom juif. Elle se moque de nous, les noirs, en utilisant son propre nom pour devenir célèbre. Et puis, ces blancs-là, ne voient-ils pas tous ces jeunes noirs qui portent les noms de blancs? Pourquoi c’est à une fillette portant un nom inconnu qu’ils offrent un prix si prestigieux ?... Mais…
_ Arrête, Dahico. Tu es mon idole, mais je ne vais pas te rater. C’est toi qui avais demandé à Kébé où il était quand l’intelligence passait devant lui. Je ne te poserai pas cette question. Pose-la toi-même. Oublies-tu que c’est nous les noirs africains, qui bêtes jusqu’à perdre notre respiration, abandonnons nos propres prénoms au profit de ceux d’ailleurs ? Nous nous laissons tromper par l’illusion d’aller au paradis, par le rêve d’être égaux à nos maîtres blancs rien qu’en portant leurs noms. C’est nous qui ne savons pas devenir célèbres avec nos propres noms de noir. Nous sommes tellement des drogués des prénoms des blancs que tous nos sens sont bouchés à nos jolis noms. Il nous suffit d’entendre un prénom venant d’ailleurs pour que nous sautions dessus. Regarde par exemple…
_ Ga ! Ga ! Ga !...
_ Tu ris encore, Dahico ?
_ Pardonne-moi, c’est parce que je sais où tu veux en venir.
_ Explique-toi.
_ Tu voulais dire que nous, les noirs, sommes déjà prêts à voler le nom de la petite Malala.
_ Tu as trouvé juste, Dahico.
_ Je le savais aussi, et c’est de ça que je venais discuter avec toi. J’avais tellement pitié de nous, les noirs, que je riais avant même de t’avoir parlé.
_ Merci Dahico. Merci de nous connaître comme ta paume. Laisse-moi maintenant retourner à nous. Je te reverrai plus tard, merci.
Je raccroche mon téléphone, non, pardon, j’éteins mon téléphone…
Eh bien ! Je suis là de nouveau avec nous. Je parlais avec mon idole Dahico du même sujet que je voulais aborder devant nous tous. De petites filles africaines noires vont bientôt s’appeler Malala. C’est le nouveau nom que nous volerons. Je dis bien « volerons », puisque ce nom n’appartient pas à la race noire. Donc nous ne pourrons que le voler. Parce que des parents voudront que leurs enfants portent le nom d’une personne célèbre et surtout une personne à la peau blanche. Nous sommes fascinés par les blancs. Donc après les noms juifs, arabes, chinois, espagnols, japonais, français, américains, etc. nous ajoutons maintenant les noms indiens. Cela grâce à la petite pakistanaise qui a lutté pacifiquement pour la scolarisation des filles de son pays. Donc permettons-moi d’adresser nos félicitations à la jeune lauréate du Prix de la Paix.
Bravo Malala ! Grâce à toi, nous, les noirs africains, allons voler un nouveau prénom d’ailleurs et enterrer encore plus les nôtres propres. Qu’est-ce que nous connaissons au juste, si ce n’est copier les prénoms des autres ? Avant un an, ton nom Malala sera éparpillé dans toute l’Afrique. Car nous, pour être célèbres, nous ne passons pas par deux chemins, à plus forte raison par quatre. Nous prenons juste le nom des blancs qui sont déjà célèbres.

J’ai mal au cœur et mon bras me fait plus mal devant de telles idioties de notre part. A nous retrouver le weekend prochain. Peut-être. Je dis bien, peut-être.
Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla
Le Fils d’Afrique.
