Pour comprendre Kantèka
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- Mis à jour le lundi 24 septembre 2012 00:19
- Publié le dimanche 16 septembre 2012 22:20
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
Intrication du Sacré et du Profane ou quand les « maîtres de cérémonie » (1) étaient dépositaires de l’Histoire.
L’histoire de l’humanité, quelle que soit l’aire géographique et culturelle considérée, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, avant le 12 è siècle, c’est-a-dire à l’entré des temps modernes avec le Moyen âge, cette histoire mêle inextricablement mythes fondateurs et légendes, Sacré (ésotérismes) et Religions (monothéismes), transmission orale et transcription. La transmission orale n’est pas inférieure à la transcription. Les griots ne sont pas des scientifiques ? Seules les séquelles d’une arriération-aliénation culturelle font que d’aucuns considèrent que notre histoire racontée par nos « spécialistes », les « maîtres de cérémonie » n’est pas fiable, surgie de l’imaginaire de ces derniers. Des nains handicapés qui arrachent des fromagers, des sorciers qui volent comme le vent, doués des mêmes pouvoirs qu’Annabi Daouda ou son fils Annabi Souleymane (AS). Soumangourou Kanté, Khaïdara, Soundyata Keïta, rien que des Vathor et des Jedi (Guerre des Etoiles), Hobis (Seigneur des anneaux), Legbas du Golfe du Bénin, surgis d’un imaginaire rendu infirme par un complexe d’indécrottables colonisés ! Au mieux, fables à ranger dans les rayons où se bousculent Mabharata (Inde), Tao (Chine), Bouddhisme (Inde Chine, Japon), Bible et Coran, (Moyen Orient), etc. !
Ce long texte (j’ai lu les deux parties) est certainement riche, sans doute « insolent », on peut relever ça et là des contradictions. En apparence, mais paradoxalement, non voulues, donc des maladresses. Cela suffit pour faire un effort et chercher à aller à l’essentiel. Dans un premier temps, je serai lapidaire. Nous sommes à l’aube du moyen âge de l’ouest Africain. Début du 13è siècle. En Europe, une approche sommaire avait parlé de siècle sombre, siècle de la « scolastique ». Des études modernes d’historiens comme Jacques Le Goff et Pierre Nora, troisième génération de l'École des Annales (Bernard Guenée) ont mis en pièces cette approche ténébreuse, quand on a découvert les manuscrits arabes. En Afrique où l’on n’écrivait pas, à priori, on devrait parler de « ténèbres sur ténèbres » (Coran, S 24, An-Nour..). Mais voilà, non seulement à l’époque, l’Afrique connaissait l’écriture, mais cette écriture, du moins l’alphabet hébreux dont l’essentiel des cultures « occidentales » s’enorgueillissent, vient de l’Afrique puisqu’ayant transité par l’Egypte antique nègre, alors même que l’essentiel des connaissances scientifiques et culturelles s’enracinent dans cette Egypte nègre. La scientificité dite supérieure de l’histoire écrite n’est qu’une contorsion intellectuelle, s’agissant de l’histoire nègre puisque précisément tout ce qui a été écrit par les historiens blancs, jaunes ou noirs, vient d’une transcription d’informations orales. De la fiabilité de ce qui est écrit face à la mémoire défaillante, il faut dire ceci : les maîtres de la parole sont assermentés. La sanction d’une « faute » lourde étant la mort. Cette « science » se transmet de père en fils et de façon concomitante de maître à disciple; il y a des techniques, des substances extraites de plantes connues d’eux seulement, pour entretenir la mémoire. Il y a des instruments non humains comme supports, véhicules ou substituts de la parole. C’est notamment le tambour à nouvelles, tambour à tons (des notes excluant les fractions). Tambour qui a donné la « Drummologie », du regretté Professeur Niangoran Boua, qui a abouti pour l’essentiel, aux mêmes conclusions que son confrère Cheick Anta Diop. Enfin le griot est un vocable portugais déformé, dont le premier utilisateur pensait à un homme de service, qui à l’occasion « racontait » les hauts faits du prince. Mais la fonction griotique existe dans toutes les aires culturelles de l’Afrique. Son équivalent dans la grande aire de l’Afrique centrale est le MBomvet, joueur de Mvet, une harpe-luth qu’on tient horizontalement des deux mains puisque sa caisse de résonnance, une petite calebasse se trouve en son milieu, contrairement au ngoni (luth) mandé. Par conséquent, je ne vois nulle supériorité de la science historique écrite au-dessus de la Tradition orale. Au reste, l’Histoire n’est pas une science dure. Enfin on peut écrire des mensonges, au moins des contrevérités, le moindre étant des créations imaginaires qui n’ont rien à voire avec les faits.
II
La substitution du monothéisme au Sacré apparent.
De quoi parle Kanteka ? Oublions l’individu, ses « outrances ». Oublions Niane. Attachons-nous au texte, en oubliant le ton et la forme. Il dit en substance que Sondyata (devenu Sondjata) était le neveu de Soumaoro Kanté. En débroussaillant l’ensemble du texte, j’entrevois une première grande thématique, nonobstant qu’elle a pu être le dernier souci de M. Kantèka, c’est, derrière la victoire apparente, (imposture dirait Kantéka !) de Soundjata sur Soumaoro Kanté, la « victoire » du monothéisme sur, non pas « l’animisme » ou je ne sais quelles autres gesticulations nègres, mais le Sacré sécularisé, dégénéré puisque sorti du bois sacré. Et ce phénomène cosmogonique, cyclique, embrasse tous les mondes et à la même période. « La Fede Sante » (mon latin n’est pas sûr, en tout cas il s’agit des Fidèles d’Amour) réunissant des saints chrétiens (comme Dante) au moins au plan spirituel, des soufis musulmans (comme Ibn Arabi (2) et des saints juifs de la Kabbale, entrent dans les églises ou « Fous de Dieu », fuient dans le désert, se réfugient dans les mosquées ou dans les synagogues. Les Rosicruciens, Les Templiers, chassés par Philippe le Bel, disparaissent ou s’occultent, les Francs-maçons, les alchimistes disparaissent dans leurs loges ou dans leurs « laboratoires ».
Disons modestement, toutes les aires culturelles dans l’ensemble, mais de façon plus ou moins absolue ou brutale voient leur Sacré, le pendant ésotérique (le côté nocturne dirait A. Hampâtè Bâ) des trois monothéismes, se séculariser ou disparaître. Le sud de la planète dans une moindre mesure : Extrême Orient (Inde, Japon Chine, etc.) et l’Afrique évidemment. L’Occident judéo-chrétien étant totalement perdu de vue et déconnecté du Sacré et de l’oralité. Mais le triomphe du monothéisme (Islam) dans le Mandé emporte des conséquences dans le champ profane, qui bouleverseront de façon considérable les « rapports sociaux ». Ainsi pourrait-on dire, les premiers deviennent les derniers inversement. Les hommes de métiers qui avaient la maîtrise du Sacré, qui comme le clergé en Occident moyenâgeux, comme les Brahmans en Inde, étaient au sommet de la pyramide sociale, se retrouvent en bas d’échelle. Je suis tenté de revenir aux patronymes, mais je ne voudrais pas enflammer la Toile ! Chacun y retrouvera le sien. Voilà deux pistes que je propose pour orienter un peu le débat, avant d’en venir aux faits, c’est-à-dire Kurukanfouga, « Soundjata égal Fakoli », « cruauté », « tyrannie » des uns, « esclavagistes et autres « Dionsannas » (Yansané ?), etc. Voici, in chââ Allah, la troisième piste :
III De l’interdiction de profaner le Sacré à l’impossibilité de communiquer le Secret initiatique..
A suivre..
Wa Salam,
El Hajj Saïdou Nour Bokoum
Notes (1) Je dirai à la fin de cet « Essai » pourquoi il faut provisoirement « excommunier » les vocables griot, sorcier, prêtre, animisme, etc. et ne pas confondre Sacré et Religion.
2) Al Cheick al Akbar, saint musulman né à Murcie dans l’Andalousie musulmane
3) Wa Kamissoko et Binta Gaoulo Madani ne disent pas autre chose :
- le premier dit : « Si l’on devait révéler l’origine secrète et la nature intime de chaque pouvoir, beaucoup de personnes qui se prennent pour ce qu’elles sont, verraient alors la distance qui sépare leur origine des ha uteurs où elles se trouvent présentement placées »,
- et le second : « Baba, laisse la parole ici. La parole n’est pas bonne. La parole mange. Si cela sort, tout le Manden va être au courant. Laisse ton petit Gawlo vivre un peu.. ».
