Dr Ben Youssef Keïta : "Ebola est en Guinée depuis 1982 et il y a une irresponsabilité des dirigeants de ce pays depuis cette date jusqu’à maintenant"

Dr Ben Youssouf Kéïta est un médecin ayant pratiqué des hôpitaux de Paris, formé à Cuba et en France. Il est député à l’Assemblée Nationale, membre de la commission santé, éducation, affaires sociales, Jeunesse, sports et arts. C’est aussi un responsable du Conseil politique de l’Ufdg, le principal Parti d’opposition et membre du groupe parlementaire des libéraux démocrates.
Au micro d’Aminata.com, ce député médecin dit comment il
a découvert un document attestant la présence du virus Ebola
en Guinée depuis 1982. Suivez

Dr Keita vous venez de découvrir une information très importante au sujet du virus Ebola, est-ce que vous pouvez nous dire de quoi il s’agit ?

Je vous avoue que c’est extraordinaire ce que je viens de découvrir, c’est extraordinaire. Il y a des Guinéens qui connaissaient et qui ont découvert Ebola à  travers des recherches scientifiques à Pastoria de 1982 1983 (ndlr : l’institut Pasteur de Guinée, sise à Kindia). Ils ont constaté que des Guinéens mourraient dans la région de Kindia, surtout à Madina Oula. Ces gens présentaient les mêmes symptômes et les mêmes signes que nous sommes en train de voir actuellement. Alors, ils ont fait des recherches, des publications, ils sont arrivés à la conclusion en 1987, que ces personnes meurent d’hémorragie, de vomissements, de fièvres et étaient atteintes par Ebola. J’ai le document avec moi, je veux vous le donner. Il s’agit du Professeur Ibrahima Boiro, l’ancien ministre de l’environnement, un certain Inapogui qui est décédé, il y a un autre M. Baldé (ndlr : qui a fait signe de vie à Aminata.com) que, je ne connais pas. Mais, le professeur Boiro et le nommé Baldé sont tous là actuellement et sont dans l’ombre.

Donc, cette découverte que vous venez de faire prouve que la maladie n’a pas été importée, comme le voudraient certaines rumeurs ?

Je viens d’avoir la confirmation que la maladie n’a pas été importée. Et moi, je n’ai jamais douté de cela, parce que ça serai trop criminel d’importer une maladie pareille et la « jeter » sur ses concitoyens ou bien sur ses compatriotes. Parce que, personne ne sait qui sera épargné et qui va être atteint. Je n’ai jamais cru que la maladie a été importée. En tant que scientifique, je sais qu’Ebola est capté à partir des rongeurs et partout où il y a la forêt il peut y avoir Ebola. Pour moi, je savais il y a très longtemps que cette affirmation de certaines personnes n’étaient que fallacieuses. Objectivement, Ebola n’a pas été importé, Ebola est en Guinée depuis 1982.

À l’époque quelles étaient les mesures utilisées pour vaincre la maladie ?

Mais c’est extraordinaire, vous allez voir dans le document, les chercheurs ont effectivement prouvé que plus de 50% des malades atteints par Ebola mouraient. Ils ont fait des études. Je veux vous lire la partie.
Regardez bien, le tableau synoptique est là, donné
es sur la mortalité dû à des fièvres Ebola dans la sous-préfecture de Madina Oula. Ça c’est des études faites de 1982 à 1983 et publiées depuis 1987.

Localités visitées : Dar es Salam ; nombre d’habitants 340, nombre de décès 15, taux de l’létalité 35,5% ; Famaya : nombre d’habitants 82, nombre de malades 19, nombre de morts 7, taux de l’létalité 36,5 ; Douania : le nombre d’habitants n’est pas donné, le nombre de malades 25, nombre de décès 10, taux de l’létalité 40% ; Domania : nombre d’habitants 415, nombre de malades 17, nombre de décès 6, 35,5% ; Kankouya : nombre d’habitants 140, nombre de malades 35, nombre de décès 13 soit 35,5% ; Negueyah : il n’y avait pas de chiffres en nombre d’habitants, mais 30 malades dont 8 sont morts, 26,6% ; Bombiya : nombre d’habitants 220, nombre de malades 12, nombre de décès  3, le taux de l’létalité 23% ; Sékousouria : il n’y a pas un le nombre d’habitants, le nombre de malades 6, nombre de décès 3, 50% ; Saféré : nombre d’habitants 240, nombre de malades 66, nombre de décès 23, soit un taux de létalité de 34, 8% ; Karimouya : nombre d’habitants 150, nombre de malades 50, nombre de décès 19, soit 38, 8% ; Wasso : nombre d’habitants 475, nombre de malades par Ebola 60, nombre de morts 300 soit 50%. Cela fait un total de 2168 habitants dont 360 ont été atteints par Ebola et 137 sont morts soit, 38%. Et ça, c’était de 1982 à 1983 et cette étude a été publiée en 1987.  Aussi ces gens-là sont là.

A l’époque comment ils ont arrêté la progression de la  maladie ?

Mais je viens de découvrir moi aussi ce document. Ce sont ces gens-là, qu’il faut appeler pour leur demander comment ils ont pu stopper la maladie de 1982 1983. Deux ans avant la mort de Sékou Touré. Donc, cela veut dire que depuis le 1er régime, on savait qu’Ebola existait. Des gens qui ont étudié ça, ils sont là encore. Je ne sais pas comment ils ont pu circonscrire ça, parce que sur une population de 2168 habitants, 360 ont attrapé Ebola avec 137 morts. Et on n’avait pas de moyens pour circonscrire. Comment  maintenant en 2014, au 21ème siècle soit plus de 32 ans avec tous les moyens sophistiqués que nous avons, comment nous ne pouvons pas alors juguler Ebola ? Comment nous pouvons enregistrer une telle catastrophe jusqu’à ce que le pays tombe ? Quelque part, il y a une irresponsabilité des dirigeants de ce pays depuis 1982 jusqu’à maintenant, il faut savoir pourquoi on n’a pas laissé ces gens-là évoluer, créer l’Institut Pasteur ? Parce que, les gens qui ont fait cette étude travaillaient à l’institut Pasteur de Kindia.

Est-ce que docteur, le nom de la maladie était bel et bien signifié (donné) dans ce document ?

Je vous le montre, c’est écrit noir sur blanc. Regardez ce passage par exemple « en prenant en compte l’ensemble des données épidémiologiques et de laboratoire ci-dessus, on pourrait admettre l’existence en Guinée de poussés EPI démo semblables à des fièvres hémorragiques dont les agents étiologiques seraient le virus Ebola ». Et ça c’était en 1982 en Guinée.

Présentement quelle est la solution que vous préconisez?

Ce qui est important dans ça, cest que ce ne sont pas que les chauve-souris qui seraient vecteurs du virus. Parce que eux (les chercheurs à l’époque ndlr) ont découvert des rongeurs, ils ont dit « ces rongeurs sont reconnus des réservoirs et des agents de transmission à l’homme du virus Ebola ».

Est-ce que vous avez une solution qui pourrait contribuer actuellement à travers ce document à arrêter ou à limiter les dégâts qu’Ebola est en train de causer dans notre pays ?

Mais, la médecine se base sur l’expérience, parce que le corps, il est le même chez le Blanc, chez le Noir, chez le Jaune, nous avons tous 4 membres, la tête et le tronc ; ça ne change pas.  Donc, ceux qui ont travaillé là, ils ont une expérience de plus de 30 ans. Ces gens-là savaient qu’Ebola existait, ils ont eu des cas, ils ont travaillé, ils ont su limiter. Et ces gens sont là encore et ont fait d’autres études plus poussées. Pourquoi ne pas les appeler immédiatement. Il faut les appeller et les mettre à contribution pour cette lutte.

C’est une occasion pour moi, de lancer un appel encore au Président de la République, M. Alpha Condé comme mon récent appel pour que Sackoba Keita actuel coordinateur de la riposte aie les mains libres et qu’on lui donne toutes les responsabilités pour la gestion d’Ebola. Parce qu’il a pu gérer toutes les épidémies, comme la méningite et le choléra. Comme le Président nesait pas que ces gens-là sont là, alors moi je profite de ma position de député à l’Assemblée et membre de la commission santé, ayant accès à beaucoup d’informations, pour lui demander d’ajouter à l’équipe de Sackoba, ces brillants professeurs qui sont encore ici et qui sont  dans l’ombre. Il s’agit de Professeur Ibrahima Boiro et de Dr Mamadou Cellou Baldé, c’est ma contribution en tant que médecin, en tant que Guinéen député pour qu’Ebola soit éradiqué.

Aminata : merci docteur ….

Propos recueillis par Abdallah Baldé assisté d’Oumar M’ Böh pour Aminata.com le jeudi 09 octobre 2014

 

 

 

 

 

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