Pour désamorcer les tensions entre Alpha Condé et ses différents voisins, dont Macky Sall représente la partie émergée de l'iceberg, François Hollande a été obligé de se rendre en Guinée pour lui apporter un soutien, et le convaincre d'assister au XV sommet de l'OIF à Dakar, où des discussions pourraient s’engager avec Macky Sall; en effet un boycott aggraverait son isolement dont, du reste, s’accommodent volontiers certains chefs d'Etat. Les inquiétudes montent dans les capitales occidentales dont certains avaient naïvement parié en 2010, sur sa capacité à stabiliser la Guinée, et maintenir de bonnes relations avec ses voisins, à l'instar du général Lansana Conté, qui avait réussi très vite, à normaliser des relations souvent houleuses qu'entretenait Sékou Touré, dont s'inspire Alpha Condé.
Chez Ernest Bai Koroma de sierra Leone, et Ellen Johnson Sirleaf du Liberia, et depuis des jours au Mali, les trois pays qui ont payé cher le choix entre responsabilité et solidarité épidermique entre Etats de la sous-région, Alpha Condé est devenu de plus en plus radioactif. Sa propension également à se comporter dans les sommets comme dans un conseil de ministres à "Sékoutoureya", exaspèrent au plus haut niveau. Monsieur sait tout, maîtrise tout; pourtant à l’exception des pays en guerre contre le terrorisme, Mali, Niger, Nigeria, la Guinée est le seul pays de l'espace CEDEAO, qui est frappé par des affrontements ethniques récurrents , entraînant des dizaines , voire des centaines de victimes, et réfugiés dans leur propre pays des mois durant. D'après certaines sources dignes de foi, le rapprochement soudain du président Condé avec la presse nationale guinéenne, dans une réadaptation de l'ancien "Dadishow" en "Condéshow", n'a qu'une seule justification, rompre son isolement .
A Dakar, François Hollande ne s'attendait pas à ce qu'Alpha Condé prenne la tête des frondeurs contre la position de la France, du Sénégal, et du Canada, celle de soutenir Michaëlle Jean, une canadienne d'origine haïtienne, afin de confier pour la première fois le secrétariat de la francophonie à un non-Africain, indispensable pour sortir l'Organisation de l'image d'association du monde noir francophone, et de continuité de la France-Afrique, que les pires dictatures de cet espace francophone du Continent avaient fini par prendre en otage avec l'assentiment passif, parfois tacite de Paris.
D’après notre source proche des milieux officiels, depuis plusieurs semaines, les attaques devenues quotidiennes du président Condé contre Macky Sall; commençaient à agacer du côté de Dakar. Macky ne supporterait plus ce qu'il considère comme un affront au peuple sénégalais, et un mépris pour la souveraineté du Sénégal, libre de fermer et d'ouvrir ses frontières. Jusqu'à quand Macky Sall restera sans répondre aux bravades du président Alpha Condé ? L'avenir le dira. Néanmoins, il en tire un bénéfice inestimable. Recevoir pour la première fois un chef d'Etat et de gouvernement étranger au continent, et en exercice, pour changer un peu des has been habituels. Comme Lula du Brésil, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair...
Derrière cette opposition à Michaëlle Jean, en faveur du Congolais Henri Lopes, Alpha Condé poursuit un objectif clair, bénéficier du soutien international de la Francophonie, comme sous Abdou Diouf, d'où le branle-bas de combat qui a caractérisé ce sommet. A la fin des courses, le candidat de son ami Sassou Nguesso ne prendra pas la direction de cette puissante machine, dont l'avis compte au premier plan en Afrique francophone; et si cela peut rendre au gouvernement canadien la monnaie de sa pièce, pour avoir signifié le refus de recevoir avant la fin d'Ebola, les lettres de créance du nouvel ambassadeur guinéen Saranmady Touré, bloqué depuis le mois d’août à Conakry, c'eût été de bonne guerre. Il aura fallu d’âpres négociations, et l'établissement d'une feuille de route pour Michaëlle Jean, afin d'amener Alpha Condé, Sassou Nguesso, Alassane Ouattara, Mahamadou Youssoufou, Kabila et Idriss Déby... à renoncer au vote, qui aurait permis à Henry Lopez de succéder à Abdou Diouf.
« Michaëlle Jean doit s'occuper des femmes et des jeunes, trouver les moyens pou.. les autonomiser, je pense qu'elle a une feuille de route très claire», a précisé Alpha Condé sur RFI.
«La désignation de Michaelle Jean au poste de secrétaire général de l'organisation internationale de la francophonie (OIF) est une défaite pour l’Afrique», déclare Alpha Condé, qui regrette le manque de panafricanisme: «Nous parlons très souvent de panafricanisme, mais.. dans nos comportements, c'est le contraire. En toute logique, le secrétaire général de la Francophonie (devrait) doit être un Africain. Nous ne sommes pas arrivés à nous mettre d'accord, c'est très gênant...». En réalité Alpha Condé, Sassou Nguesso, Obiang Nguema , ainsi que Biya, redoutent l'arrivée d'une occidentale à la tête d'une organisation qui pèse lourd. Les combines avec Abdoul Diouf pour reconnaître des élections truquées, et sa cécité devant les violences notamment contre les femmes, et les enfants etc., sont autant de défis qui pourraient entraîner d'importants bouleversements.
Le président Condé par mépris, inconscience, ou parfois pour la satisfaction d'un ego surdimensionné cachant un complexe venu du parcours chaotique de sa vie, affiche en ce moment des comportements qui trahissent la paranoïa des dictatures essoufflées. A l’extérieur, il faut créer des ennemis imaginaires, sur lesquels reporter la responsabilité des échecs; et en politique intérieure, maintenir la peur, la violence, et les divisions, très utiles dans un contexte de pauvreté, et de chômages. Tous les jours, il faut nourrir cette peur:
«Il veulent un coup d’État», puis le surlendemain revenir à la charge: «Je parle de ceux qui veulent faire un coup, ils ne peuvent faire un coup d’État et prendre le pouvoir ! ».
Le soutien supposé de François Hollande à Alpha Condé serait-il affecté ? Notre source explique qu'à ce niveau de relation, à court et moyen terme, les intérêts priment sur les états d'âme. Cependant, promettre à Hollande d'aller discuter avec Teodoro Obiang Nguema de Guinée équatoriale, et Denis Sassou-Nguesso du Congo, pour un éventuel désistement en faveur de Michaëlle Jean, puis aller dans les coulisses, négocier une entente entre ces deux chefs d'Etat, en vue de barrer la route à la candidate de Paris, et Dakar, Alpha Condé a franchi un palier dans l'excès.
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