Les militants bravent le soleil et la poussière
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- Catégorie : Focales
- Mis à jour le samedi 24 mars 2012 23:27
- Publié le samedi 24 mars 2012 23:09
- Écrit par Diawwo Labboyah
Le 24 mars, au stade de Coléah, commune de Matam, une foule de militants ont répondu à l’appel du Collectif des partis politiques pour la finalisation de la transition et de l’ADP (Alliance pour la démocratie et le progrès). Les rayons solaires et les nuages de poussière ne les ont pas déconnectés des discours de leurs leaders, qui n’ont pas tari de mots pour dépeindre la mal gouvernance et le malaise de leurs concitoyens. Cette fois-ci, loin des forces de l’ordre, les militants en délire, ont chanté, dansé et scandé des slogans hostiles au Pouvoir. Sur les pancartes et les banderoles, on pouvait lire : « Maalé saré khorokho (lisez le riz coute cher) »,« Non au parti-Etat », « Non au tribalisme »,« Election des députés, oui ! Sélection des députés, non ! », « Loucény Camara dégage », « Non à la fusicratie, oui à la démocratie », « Tout le monde a lutté. Non à l’exclusion », « La Guinée va mal, changeons ce changement », « Pas d’élections avec une CENI sous ordre », « À bas la fraude », « Non au bourrage d’urnes », « Les Guinéens ont faim », « Vive le Collectif et l’ADP », « Vive la démocratie », « Election transparente, gage de paix », « Pas d’exclusion de l’ADP et du Collectif ».
Excusez du peu !
Des discours, il yen aura eu pour tout le monde. Aboubacar Soumah, président du PPC (Parti pour le Progrès et le Changement) a ouvert les hostilités.
« La Guinée vit des jours sombres, dus à la restriction des libertés fondamentales, à la misère, au manque de vision politique, depuis l’avènement du régime du Président Alpha Condé au pouvoir. Après quinze mois de gestion politique et économique, lui qui prônait le changement est dans l’incapacité notoire de diriger le pays, pourtant doté de toutes les richesses ».
Et Faya Millimono, vice président de NGR (Nouvelle génération pour la République) d’enfoncer le clou :
« Nous ne pouvons vous remercier suffisamment, on a voulu vous dérouter. Nous avions demandé à avoir un meeting avec vous à Bonfi, on nous a dit qu’il faut venir à Coléah et nous allons ajouter que même si c’est à Sékhoutouréayah (Palais présidentiel) les Guinéens viendront pour dire à Alpha que ça ne va plus en Guinée. Il n’y a pas de manipulation qu’on n’a pas tentée, vous avez démontré qu’en Guinée, chaque mètre carré c’est le droit de tous les Guinéens d’y aller ».
Aboubacar Sylla de l’UFC (Union des forces du changement) a loué l’unité de l’Opposition guinéenne.
« Si on n’était pas en train de mettre en place un régime autocratique qui va devenir demain une nouvelle dictature dans notre pays, on ne se serait pas réuni ici pour en tirer des conséquences, prendre des mesures et empêcher notre pays de sombrer à nouveau ».
Mamadou Oury Ditinn Diallo du PUD, David Camara, Secrétaire général de la NGR, Charles Pascal Tolno du PPG et Lansana Kouyaté du Parti de l’Espoir pour le Développement national ont traduit le message de l’Opposition dans les principales langues nationales. Lansana Kouyaté n’a pas du tout été tendre avec le pouvoir en place :
« Les sacrifices que vous avez consentis ne seront jamais vains. La liberté sera libérée. Cela dépasse les considérations ethniques, régionales et religieuses. On veut aujourd’hui noyer les acquis, nous disons Non ! ».
Mouctar Diallo des NFD (Nouvelles Forces Démocratiques), a rappelé le « deux poids deux mesures » que les autorités ont observé en encadrant et soutenant le meeting du RPG (Rassemblement du peuple de Guinée) le Parti au pouvoir, le 16 mars à l’Héliport de Belle-vue et réprimé celui du lendemain 17 au Stade de Bonfi :
« Les organisateurs du meeting de l’Héliport avaient annoncé l’arrivé du Président Alpha Condé, fait du battage médiatique, donné de l’argent pour la mobilisation, déplacé des bus dans toutes les communes et même vers Coyah pour ne récolter que quelque 200 personnes. Et nous ici, ce n’est pas notre grand meeting, ce n’est qu’un essai. L’Opposition est majoritaire en Guinée. Votre mobilisation le prouve. Et comme vous, il y a des milliers de Guinéens à l’étranger, déterminés à dire non ! Non et non à la dictature ! On peut tuer et emprisonner les combattants mais pas le combat. Nous n’allons pas provoquer, mais nous n’accepterons pas de subir ».
Le leader des NFD poursuit :
« Le président Alpha Condé a dit qu’il ne faut plus que des Guinéens vendent du riz à d’autres Guinéens. Et à Kaloum, les gens ne pourront plus vendre leurs terrain et maison. Demain, il dira qu’il n’y a plus de mosquées et d’églises, on ne doit plus conduire des véhicules luxueux. Il va dire à tous les Guinéens de s’habiller en jaune (couleur du RPG) et il va continuer à nous appauvrir. Nous disons Non ! ».
LePrésident de l’UFR ne reconnait plus son compagnon de lutte :
« De tous les leaders, je suis celui qui ne comprend plus rien. Pendant dix ans, j’ai été dans l’Opposition avec Alpha Condé et nous avons parlé de ces questions-là. Alors quelqu’un qui dit que j’ai consacré ma vie à la démocratie, moi je veux des élections transparentes et dès qu’il arrive au pouvoir, il saute de l’autre côté, il dit non il n’y a plus d’élections parce que moi je suis là. Comment veux-tu reconnaître un tel frère. Quand je le vois, je dis Alpha c’est toi ça ?… Je ne comprends pas ce gouvernement. Alpha a combattu Lansana Conté pendant 25 ans, en disant que son régime n’était pas bon. Dès qu’il s’assoit, il appelle tous les voleurs qui étaient autour de Conté pour les mettre autour de lui ».
Cellou Dalein Diallo de l’UFDG, visiblement remonté a clos :
« Vous avez bravé la chaleur et la soif, mais vous avez également bravé l’intoxication. Je n’ai pas dormi, on a dit qu’il ne faut pas venir à Coléah, que le RPG a armé ses loubards pour violenter et blesser nos militants. Ils ont diffusé ça largement dans tous nos fiefs. Vous ne les avez pas écoutés et vous avez répondu massivement. On pensait que le combat pour l’instauration du droit, du respect des règles démocratiques et la protection des droits de l’Homme était terminé avec l’élection de Mr Alpha Condé. Nous sommes des leaders déçus parce que nous pensions que le Président Alpha Condé était le porteur de votre message. Nous pensions que le combat serait celui du développement et de la réconciliation ».
En véhicules, motos et à pieds, les militants ont raccompagné dans l’allégresse leurs leaders. D’autres meetings sont prévus dans les prochains jours à Conakry et à l’intérieur du pays. Aucun incident n’a été enregistré au moment où nous quittions les lieux. Comme pour dire que sans les forces de l’ordre, tout peut bien se passer.
