ALPHA CONDE UN « LEADER HISTORIQUE » AUX ABOIS

Depuis 2010, la Guinée offre le spectacle catastrophique de l’effondrement de ses élites et, de leur perversion dans la lutte égoïste pour le pouvoir avec Alpha Condé en vedette. On a le casting qu’on mérite.

Le funeste coup KO qu’il pensait avoir réussi l’a rendu lui-même groggy à tel point qu’il est désormais aux abois. Chaque semaine qui passe, il a maille à partir avec la jeunesse guinéenne qui ne cesse de lui rappeler à chaque occasion qu’il n’est qu’un mytho mégalomane.

Ce fut d’abord la jeunesse de Kaloum qui lors d’un face à face au stade de la mission scandèrent en présence de son cortège qu’il n’est qu’un « menteur », « un faux type », « un incapable », il doit démissionner. Mais c’était sans compter sur la volonté du sieur de s’accrocher à son fauteuil vacillant. Il veut son troisième quel que soit ce que cela peut lui coûter.

La semaine dernière ce sont les étudiants qui lui rappelèrent ses fausses promesses de campagne de 2010. Il n’en fallait pas plus pour que PINOCHIO CONDE se mettent à insulter les jeunes. Il n’y a pas de surprise en cela c’est sa culture. Au demeurant, quand on est endurci dans la honte comme c’est le cas de notre Pinocchio national, on est définitivement disqualifié pour faire la morale aux autres.

En réalité, le sieur Condé est pris dans l’engrenage de ses propres mensonges. Pour lui le mensonge n’est pas seulement un instrument de conquête du pouvoir, c’est une doctrine et une méthode de gouvernement.

Sossé nakhè « Woulé guinè Söthö ma, kènè a ma Dökhöma (…) ALPHA kha Nondi birin a na fala guinè nan barikhi ».

Ce qui signifie : « Le mensonge permet de conquérir une femme, mais ne permet pas de la conserver (…) La seule vérité d’Alpha, c’est quand il affirme que c’est une femme qui l’a mise au monde… »

Les guinéen sont loin d’être dupes. Ils savent que le TGV du changement promis en 2010 et 2015 ne tractent que des wagons de mensonges et de terreur. Les guinéens vivent à nouveau une autre époque aussi effroyable que celle du PDG, du CMRN et, de ses héritiers le CNDD, dominée par le mensonge, l’hypocrisie, et la terreur érigée en mode de gestion des affaires du pays.

C’est connu toutes les dictatures reposent sur un mensonge fondamental : elles n’ont d’autre objet que le pouvoir pour le pouvoir et le détournement de l’intérêt général au profit des intérêts sordides de quelques privilégiés.

Il est donc très aisé de comprendre pourquoi, l’immortel doyen Ansoumane Doré (paix à son âme) dans une de ses pertinentes sorties sur la toile écrivait à juste titre que : - « Je crois que ceux qui ont effectivement exercé le pouvoir politique en Guinée, jusqu’ici se sont comportés comme des hommes primitifs. La possession du pouvoir a tout annihilé dans leurs têtes y compris le pourquoi du pouvoir : qui y touche, crève, voilà la devise inscrite sur leur blouson ».

La problématique guinéenne est toujours dominée par la question de leadership. En effet, c’est connu qu’un peuple sans modèle est une masse sans orientation, ni ambition. Son avancement est laissé au gré des vagues dangereuses des alternances, et son évolution entre les mains d’individus sans scrupules et médiocres.

Or, depuis son accession à l’indépendance, la Guinée évolue dans une atmosphère dominée par l’incivisme, l’inconscience et l’irresponsabilité érigée en système de gouvernement. Pourtant, il est généralement admis que toute société humaine [de la famille à la nation entière] a forcément besoin de modèles qui façonnent son mode de vie, dirigent son comportement et bien sûr, orientent son développement.

Mais malheureusement pour les Guinéens, ils sont tombés depuis l’indépendance, dans les filets de mauvais modèles : c’est-à-dire des charlatans de la pensée, des fanatiques politiques et des vampires économiques.

Les guinéens apprennent à leur dépens que la tenue d’élection, bien qu’indispensable, ne suffit pas à instaurer la démocratie. Notre pays offre toujours le triste spectacle des dictatures africaines saugrenues avec un leader historique qui craint de perdre son pouvoir qui ne fait pas du tout cas de l’intérêt public. Comme par le passé, le quotidien du guinéen est faite d’une politique du ventre reposant sur un socle de mal, d’impunité, de complot, de tribalisme de culte de la personnalité, d’opulence et de gabegie.

Depuis 2010, avec l’installation du clan des siciliens à Sékoutouréyah, nous vivons dans une démocratie de type sicilienne où la politique n’est qu’un moyen de faire commerce et s’enrichir clandestinement voire frauduleusement.

Cette situation délétère illustre encore une fois, le gâchis et révèle une société désemparée sans avant-garde politique qui indiquerait les chemins possibles vers l’espoir pour notre pays pris à nouveau entre les serres maléfiques du clan Condé.

Et pour cause, la quasi-totalité des partis politiques et, ce qu’on appelle institutions républicaines ne sont que des véhicules d’intérêts économiques, qui cherchent à accéder au pouvoir pour en tirer des avantages matériels et financiers indus, voire criminels.

Chaque parti pousse son « présidentiable » qui n’est pas nécessairement celui qui guidera le pays avec le plus de sagesse en ne s’abritant pas derrière une frange extrémiste ethnique pour diriger la nation.

En observant de très près ce qui se passe actuellement, on est en droit de se demander si Alpha Condé et ses amis de l’opposition tout en s’affrontant publiquement, ne vivent pas en privé une coopération amicale de partenaires privilégiés en roulant les guinéens dans la farine et l’insalubrité.

Depuis l’installation de l’Assemblée Nationale, nos députés sont mis à nu. Ils ne pensent aussi qu’à l’argent à amasser, de quelque manière que ce soit et aux éventuels privilèges et richesses à accumuler. Par leurs attitudes mercantiles, ils se sont auto anesthésiés en tombant volontairement dans le guet-apens du rusé et dangereux Pinocchio. Ce sont tous des truands qui sont de plus en plus englués dans « les affaires ».

Nous devons reprendre notre casting pour arrêter la saignée de notre pays. Pour y parvenir, il faut chasser cet imposteur et sa clique de prédateurs.

Dr Abdoul Baldé (France)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tidiane KÉITA, incarnation d’un désespoir héroïque

 

24 Juin 1969

Le tyran sanguinaire Sékou TOURÉ reçoit son homologue Zambien, Kenneth KAUNDA. A cette occasion, comme d’habitude toutes les activités économiques et sociales sont suspendues à CONAKRY, sur ordre du P.D.G. Les populations sont « invitées », à vrai dire contraintes de sortir et de s’aligner au bord de la route du NIGER pour accueillir un Chef d’Etat dont la venue ne les concernait nullement. Tout le long de cette route du NIGER, la foule amassée est en « liesse », sur fond de balafon et de DJEMBÉ. En ce mois de juin à CONAKRY, règne une chaleur moite. Le ciel est nuageux, mais sans pluie.

Le cortège présidentiel et sa suite se dirigent vers la presqu’île de KALOUM. Au carrefour dit « CONSTANTIN » (pour ceux et celles qui connaissent l’agglomération de CONAKRY), la voiture à bord de laquelle se trouvent le tyran guinéen et son hôte, ralentit sa progression, prise d’assaut par une foule débonnaires de citoyens curieux

Dans la cohue, un jeune homme de trente, ou trente-cinq ans, se précipite sur la voiture présidentielle, en extrait le tyran, pour lui assener quelques coups de couteau dans le but manifeste d’en débarrasser le pays. Il est abattu immédiatement sur place, devant une foule hébétée, tétanisée par la violence inouïe, tant elle s’était convaincue que celui qu’elle nommait le « Responsable Suprême », ne pouvait pas ordonner un assassinat public instantané contre un compatriote, même hostile. Mais la réalité était là, incontestable.

On apprendra quelques heures plus tard, que l’héroïque jeune homme s’appelle Tidiane KÉITA, et que ses vieux parents, originaires de la région de KOUROUSSA, habitaient le quartier MADINA dans une maison dont ils étaient propriétaires, après de longues années de labeur. Monsieur Sékou TOURÉ, en bon tyran revanchard, ne se satisfait pas d’avoir fait tuer publiquement son agresseur. Il fait organiser une interminable vengeance collective contre son clan familial, fait détruire la propriété familiale par une population hystérisée, conduite par un cruel voyou du nom de CHERIF NABHANIOU. Les vieux parents innocents de Tidiane ne survivront pas à cette furie vengeresse que Sékou TOURÉ et son P.D.G. feront abattre sur eux, à CONAKRY, comme au village d’origine à KOURPOUSSA. Une punition collective et sans fin.

Alors pourquoi revenir sur le cas de quelqu’un qui a voulu « tuer » le « Responsable Suprême », me dira-t-on ? Après tout, il a « mérité » son sort. Peut-être. Et d’un point de vue moral, une tentative de meurtre ne devrait pas être célébrée. Du reste, dans le cas précis, il n’y a pas eu de célébration. Grave erreur des patriotes selon moi.

Il me parait inacceptable de laisser croire que Tidiane KÉITA fut un vulgaire assassin, ou un suicidaire. Une autre lecture de son geste est souhaitable, et nécessaire. Car un acte comme celui qu’il a tenté, est loin, très loin d’un fait divers criminel. A mon avis, ce geste du 24 Juin 1969, s’apparente plutôt à un ACTE POLITIQUE lourd, de type historique.

Geste altruiste d’un désespéré héroïque, dans un contexte sociopolitique caractérisé par une interminable tyrannie sanguinaire.

Nous sommes en 1969, presque dix ans d’ « indépendance ». L’immense majorité des Guinéens, enfermés dans une sorte de camisole par Sékou TOURÉ et son P.D.G., subissent une terrible OPPRESSION, sans oser, ou pouvoir le dire. Le régime s’est encore plus durci. Les « amis » idéologiques africains du P.D.G., sont balayés les uns après les autres par des militaires, ou à la suite d’une insurrection populaire. Le MALI, le GHANA…. et d’autres pays dont les populations ne supportent pas la tyrannie, se sont débarrassés de leurs apprentis-tyrans. La GUINÉE reste le seul pays sous la férule d’une bande criminelle conduite par Sékou TOURÉ. Toute la société guinéenne est bouclée à double tour. Des arrestations, des privations en tous genres, des assassinats politiques gratuits, sans fin. Aucune lueur d’espoir sur aucun plan. Un désespoir absolu pour ceux et celles qui n’adorent pas le P.D.G. et son CHEF, c’est-à-dire l’immense majorité des GUINÉENS. Dans le même temps, la Guinée demeurait un PARADIS pour un groupe ultra-minoritaire, violent, mais entièrement dévoué à Sékou TOURÉ.

Voilà brièvement présenté, le contexte sociopolitique dans lequel M. Tidiane KÉITA décide à son niveau, de débarrasser notre pays de la tyrannie moyenâgeuse du P.D.G., et AU PRIX de sa PROPRE VIE. « Au prix de sa propre vie ». Ce point mérite d’être souligné car en Guinée, les militaires n’ont jamais fait qu’au prix de la vie de leurs compatriotes civiles désarmés et innocents.

Alors, en quoi notre ILLUSTRE compatriote Tidiane KÉITA est-il un HÉROS désespéré qui a commis un acte de portée historique ?

Tidiane KEITA n’est pas un notable, ni politique, ni intellectuel. Juste un jeune homme qui cherchait à vivre, tranquillement comme ceux et celles de son âge. Mais rétif à la tyrannie, à l’injustice du P.D.G. ne lui était plus supportable. Sékou TOURÉ a enfermé la Guinée dans un filet aux mailles plus que serrées. Pas d’interstice, aucune possibilité d’action collective concertée. Une tyrannie dont aucun Guinéen d’alors n’imagine pouvoir sortir un jour. La résignation désespérée règne dans toutes les têtes.

Tidiane KEITA, vraisemblablement persuadé que seule une action individuelle déterminée peut mettre fin à cette tyrannie sanguinaire, décide de s’y engager. Il n’ignorait pas que, succès ou échec, il y laisserait sa vie. Malgré tout, il tente le coup, sans rien demander à personne, sans compromettre personne, n’ignorant rien de ce qui lui arriverait, n’obéissant qu’à ce que sa conscience lui dictait.

Tidiane KEITA n’est pas un illuminé, avide de gloire. Il en est même l’antithèse. Tidiane KEITA est un homme humble, un homme de DEVOIR. En cherchant à éliminer le tyran, il a accompli un acte d’un ALTRUISME absolu et TOTAL.

Ici, d’après moi, il faut distinguer l’acte matériel, de ce qui a motivé son auteur. Tidiane KEITA n’attendait rien pour lui-même, n’avait pas d’hostilité personnelle, pas même pour le sinistre Sékou TOURÉ. Encore une fois, c’est le sort réservé à la collectivité à laquelle il appartient (son pays) qui lui semblait intolérable, et d’ailleurs à juste raison.   Contrairement à ceux dont le DEVOIR était de préserver leurs compatriotes d’une tyrannie dont le caractère sanguinaire ne pouvait plus être contesté, lui a agi, d’une façon grandiose. Peu m’importe la réussite ou l’échec. Ce jour-là, Tidiane KEITA a lui seul, a été la Guinée toute entière.

Je formule un seul SOUHAIT : qu’on rebaptise désormais le carrefour CONSTANTIN, place «  TIDIANE KEITA », et que l’Etat guinéen restitue à sa famille (descendants, ascendants) les biens dont elle a été injustement spoliée. Ce ne sera que justice.

TIDIANE ! Je ne te connaissais pas. Personnellement, je te tiens pour un authentique héros ALTRUISTE. Tu ne voulais pas tuer. Tu voulais débarrasser ton pays de la TYRANNIE. Repose en paix ! Mon FRERE TIDIANE ! Tu es et demeures le DÉSINTÉRESSEMENT incarné.

Mamadou Billo SY SAVANÉ (France).

Le « Y’en a marre de la France » des mouvements citoyens africains

Cameroun, Gabon, Congo… ceux qui luttent dans la rue pour la démocratie dénoncent le soutien de l’ancienne puissance coloniale à des régimes autocratiques.

Les mouvements citoyens qui poussent partout en Afrique ne sont pas seulement unis par leur volonté de défendre la démocratie. Dans les anciennes colonies françaises, ils sont aussi soudés par un rejet violent de la France et de sa politique d’influence qui contribue, selon eux, à garantir l’impunité de régimes autocratiques. C’est à Sciences Po, dans l’antre de la fabrication des élites, que plusieurs d’entre eux ont choisi d’interpeller les « futurs dirigeants de la France » pour leur demander de « couper ça ».

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« Je ne suis pas venu vous parler de Paul Biya, cela ne m’intéresse pas de radoter sur la situation du Cameroun que tout le monde connaît. Je veux vous parler de vos responsabilités », a lancé le rappeur Valsero lors du colloque sur Les mobilisations citoyennes en Afrique, organisé dans l’amphithéâtre Caquot de la rue des Saints-Pères les 21 et 22 novembre. L’événement clôturait trois années d’un programme de recherche commun entre le département des études africaines de l’université Columbia à New York, l’université de Paris-I et le Centre de recherches internationales de Sciences Po.

« Implantée comme un virus »

« Il n’y a pas simplement un problème Paul Biya au Cameroun. Il y a un problème avec la France. S’il n’y avait pas la France, Biya ne serait plus président depuis des lustres », a poursuivi le chateur qui est aussi porte-parole du mouvement Croire au CamerounPaul Biya est au pouvoir depuis trente-quatre ans. « Nous avons le franc CFA, nous avons Bolloré qui contrôle les ports, le chemin de fer et maintenant les cinémas, nous avons l’ambassadeur de France qui a tellement de pouvoir, le PMU… tout cela est visible. La France s’est implantée comme un virus. Il est temps de jeter les bases de rapports sains, décolonisés. Vous serez de futurs dirigeants, vous devez réfléchir à cette responsabilité ».

Assis à côté de lui à la tribune, Mahamat Zene Cherif, coordonnateur du Collectif des jeunes Tchadiens, a tenu des propos semblables :

« Au Tchad, l’ensemble de la population aspire au changement. La seule difficulté que nous voyons pour changer [Idriss Déby arrivé au pouvoir grâce à Paris en 1990], c’est la France. Nous avons une base militaire française, nous voyons les avions Jaguar voler au-dessus de nos têtes mais la France garde un silence absolu sur la situation dans laquelle vit la population. Elle mise sur Déby au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais le jour où il va mourir, ce sera le chaos. »

Et que dire du Gabon, où la réélection contestée d’Ali Bongo Odimba fin août, nourrit une rancœur non dissimulée : « Nous sommes une génération qui veut tourner la page des années 1960. La France et les autres nations occidentales devraient changer de logiciel, explique Marc Ona Essingui, du mouvement Ça suffit comme ça ! Depuis cinquante ans, cette famille [Bongo] paupérise le pays, tue les intellectuels. La population a fait son travail lors des dernières élections. Elle s’est mobilisée pour défendre un Etat de droit. La communauté internationale doit agir en accord avec ses principes. Ce qui s’est passé au Gabon est dangereux pour le reste de l’Afrique centrale. Que peut-on exiger maintenant de Joseph Kabila [le mandat du président congolais s’achève officiellement le 19 décembre] ? »

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Cette flambée de colère anti-française, également relayée par Fou Malade, rappeur sénégalais, représentant des Y’en a marre, Lexxus Legal, rappeur du Congo-Kinshasa et membre du mouvement Filimbi (« coup de sifflet ») ou l’artiste reggae ivoirien Kajeem, n’était pas préméditée. « L’endroit a fait l’occasion. Dans les représentations, Sciences Po fait partie des lieux du pouvoir », réagit l’anthropologue Thomas Fouquet, chargé de recherche à l’Institut des mondes africains et co-organisateur de l’événement.

« Désespoir dans le cœur »

Elle fait cependant écho à un malaise profond. Exprimé à Paris par des artistes engagés dans des mouvements citoyens, il avait été au centre des débats des Ateliers de la pensée organisés fin octobre à Dakar par les intellectuels Felwine Sarr et Achile Mbembe. Ce dernier, invité à Science Po, s’est décommandé au dernier moment : il aurait dû y donner une leçon sur « l’émancipation ».

« Dites à vos dirigeants que s’ils n’arrêtent pas de venir foutre le bordel chez nous, cela va se retourner contre vous », Kajeem, artiste ivoirien

« Nous disons à nos dirigeants ce qu’ils doivent entendre. Faites la même chose avec vos dirigeants : dites-leur que s’ils n’arrêtent pas de venir foutre le bordel chez nous, cela va se retourner contre vous. Quand quelqu’un a décidé que sa vie ne vaut rien, la vôtre ne vaut plus grand-chose. Les jeunes Africains qui vivent avec le désespoir dans le cœur et traversent la Méditerranée ne sont plus très loin d’en être là », a mis en garde Kajeem.

Quelques jours auparavant, le 18 novembre, six de ces militants avaient été reçus pendant quarante-cinq minutes par le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, dans le cadre du Programme d’invitation des personnalités d’avenir (PIPA). « Nous avons dit que nous attendons un changement de la France », insiste Trésor Nzila, secrétaire exécutif de l’organisation des droits de l’homme du Congo-Brazzaville et membre de Tournons la page !

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Sur son site Internet, le Quai d’Orsay assurait, à l’issue de la rencontre, de sa « volonté d’entretenir un dialogue étroit avec la jeunesse et la société civile du continent africain ».



A ADDIS-ABEBA, LE SOMMET DE L’UNION AFRICAINE DOPE LES PRIX DE LA PROSTITUTION

Dans la capitale éthiopienne, les réunions internationales drainent leur lot d’hommes en quête d’« exotisme abyssin ».
Lors du 27e sommet de l’Union africaine, le 30 janvier 2016, à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Cheveux frisés relevés en chignon, du rose sur les lèvres, Bittania* a gardé sa minijupe, mais ce n’est plus son uniforme de travail. Sortie du métier récemment, elle raconte : « A partir de 2013, il y avait des Ethiopiens et des Chinois qui construisaient la ligne de chemin de fer qui va jusqu’à Djibouti. » Les ouvriers avaient besoin de prendre du plaisir entre deux poses de rails, et Bittania savait les divertir.

Quand le chantier prit fin en 2016, elle est partie s’installer à Addis-Abeba. Là-bas, elle savait qu’il y aurait des clients. Des « locaux » et surtout des « farendj », des étrangers. Pas étonnant dans la capitale de l’Afrique, où se trouvent une ribambelle de représentations diplomatiques et le siège de l’Union africaine, qui tient son 28e sommet les 30 et 31 janvier.

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En Afrique, les destinations du tourisme sexuel sont nombreuses : Grand Baie à Maurice, Mombasa au Kenya, Marrakech au Maroc… Il y a quinze ans, les autorités éthiopiennes dénombraient 150 000 prostituées à Addis-Abeba. Depuis, aucune statistique n’a été publiée, mais, selon un rapport du département d’Etat américain datant de 2015, elle serait la ville africaine abritant le plus de maisons closes. Des fillettes y seraient même prostituées dès l’âge de 8 ans.

Moins d’un euro la passe

Dans la rue, les Ethiopiennes en tenue aguicheuse et au maquillage excessif sont nombreuses la nuit. Elles sont jeunes, parfois mères de famille. Elles viennent souvent de la campagne et fuient l’extrême pauvreté qui touche un tiers de la population éthiopienne, et ce malgré des chiffres de croissance de près de 10 % par an.

Elles se cachent dans la pénombre des cases en tôle du quartier sulfureux de Tchitchinya, et attendent le client à la lueur de guirlandes multicolores. Certaines offrent une prestation dans d’obscurs salons de massage. D’autres patientent dans ce qui leur sert de maison, et peuvent avoir jusqu’à vingt rapports sexuels par jour. Une misère par passe : 20 birrs, soit moins d’un euro.

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Mais le moment où Bittania se faisait le plus d’argent, c’était lors des réunions internationales et autres sommets qui drainent leur lot d’hommes en costume-cravate en quête d’« exotisme abyssin ». Les étrangers payaient au moins le double et lui offraient des cadeaux. « Un téléphone, un ordinateur », précise-t-elle avec le sourire.

« Ces rassemblements, c’est une bonne période pour leurs affaires », confirme Yetenayet Andarge, l’une des coordinatrices de l’association locale Elillta Women at Risk (E-WAR), qui lutte contre la prostitution. Elles savent qu’elles gagneront plus et n’hésitent pas à augmenter leur prix à cette période. Mais encore faut-il se cacher des agents de police qui peuvent les chasser de la rue et les jeter en prison pour une nuit, comme l’ont confié plusieurs d’entre elles. Pour maintenir la sécurité en vue d’un tel événement, d’après les forces de l’ordre. « Pour ne pas salir l’image du pays », ironise un travailleur social qui requiert l’anonymat.

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« Business ladies »

En Ethiopie, la prostitution n’est pas interdite, mais l’usage de la force, la « transmission volontaire » du virus du sida et le harcèlement sont punissables par la loi. Les prostituées sont très mal perçues dans une société éthiopienne très pieuse. Elles peuvent « subir des abus, ne pas être rémunérées après l’acte, être battues ou violées en bande », déplore Yetenayet Andarge. Les étrangers, eux, leur demandent parfois des services « contre nature » que certaines refusent. D’autres acceptent mais réclament beaucoup d’argent.

L’association E-WAR a sorti plus d’un millier de femmes de la prostitution en vingt ans d’existence. Une fois prises en charge, les filles ont l’interdiction de retourner dans la rue. En contrepartie, elles reçoivent 700 birrs par mois (30 euros) grâce à des donateurs canadiens, britanniques, américains car E-WAR ne reçoit aucune subvention de la part du gouvernement. « Avec cette somme, il y a des femmes que nous ne pouvons pas atteindre », soupire Yetenayet Andarge.

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Les prostituées de luxe, par exemple. On les trouve dans des hôtels chics de la capitale. Contactées par des proxénètes, qui les recrutent souvent à la sortie de l’école, elles attendent le client riche, le diplomate. La rumeur publique ironise ainsi sur l’appétit des membres de certaines délégations pour ces « business ladies ». Elles étaient particulièrement du goût de certains dignitaires sud-soudanais – rebelles et progouvernement confondus – présents à Addid-Abeba durant des mois en 2015 pour assister aux pourparlers de paix qui n’ont pas mis fin à la guerre.

L’inaction du gouvernement éthiopien

Dans son rapport, le département d’Etat américain dénonce l’inaction du gouvernement éthiopien face à l’exploitation sexuelle. Au Bureau des femmes, de l’enfance et de la jeunesse de la ville d’Addis-Abeba, la directrice Alemtsehay Elias Berega réfute l’accusation. « Nous avons réduit le nombre de prostituées », dit-elle en évoquant la sensibilisation à longueur d’année et la volonté d’autonomiser économiquement ces femmes. Mais elle ne dispose d’aucun chiffre pour étayer ses propos.

Ici, les associations de lutte contre la prostitution se comptent sur les doigts de la main, et ne disposent pas d’assez de ressources. En Ethiopie, le champ d’action des associations caritatives est restreint : en 2009, le Parlement a adopté une loi limitant leurs financements extérieurs. Un moyen de mieux contrôler les ONG. Mais aussi une mesure dissuasive pour les travailleurs humanitaires, selon les organisations de défense des droits humains. « Si aucun effort n’est fait, il n’y a aucune garantie que nous ne devenions pas la capitale africaine des prostituées », conclut un travailleur social, qui souhaite garder l’anonymat.* Le prénom a été modifié.
 


ENTRE HABITUDE ET ABATTEMENT, COMMENT VIVRE AVEC LA SUCCESSION DES ATTENTATS

Jeudi 27 juillet, des riverains de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), lors d’un hommage au prêtre Jacques Hamel, tué par deux membres de l’organisation Etat islamique le 26 juillet.

« Je suis épuisée. » « Je commence à avoir peur. » « C’est la première fois que j’en fais des cauchemars. » « Qu’est-ce que l’on peut faire ? » En l’espace de quelques semaines, la France a été la cible de trois attaques terroristes revendiquées par l’Etat islamique. Celles-ci ont été commises au domicile d’un couple de policiers, le 1er juin, à Magnanville (Yvelines), sur la promenade des Anglais, à Nice, le soir du 14 juillet, et dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) pendant la messe, le 26 juillet. Elles ont causé la mort de 87 personnes, de tous les âges et de tous les horizons.

Avec cette offensive terroriste – qui s’ajoute à celle commanditée récemment sur le sol allemand – le sentiment de sidération se dispute désormais à celui d’habitude.

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« Une absence de sens »

Un premier constat s’impose : avec la succession des attaques « le niveau de terreur augmente », analyse Antoine Pelissolo, docteur en médecine, chef de service dans le pôle de psychiatrie du CHU Henri-Mondor à Créteil (Oise), spécialiste des troubles anxieux.

« Il n’y a plus de période de répit. L’effet de multiplication de ces attaques nous replonge dans la peur et nous empêche de passer à autre chose. »

Ce « niveau de terreur » est accentué par un sentiment d’insécurité lié au fait que les attaques ne sont désormais plus circonscrites à Paris et s’étendent un peu plus à la sphère de l’intime : un domicile conjugal, une fête familiale, un lieu de culte. « Il y a une dispersion des cibles. Donc on se dit qu’il n’y a plus d’endroits de sécurisation. La menace est perçue plus proche de soi, plus concrète », résume Antoine Pelissolo, aussi professeur de psychiatrie à l’université Paris-Est-Créteil, qui précise que ce sentiment d’insécurité est accru par la répétition dans le temps de ces attaques et la diversité des cibles.

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A ce sentiment d’insécurité s’ajoute un sentiment d’incompréhension lié aux profils des terroristes : un individu inconnu des services de renseignement, un candidat au djihad de 19 ans assigné à résidence et placé sous bracelet électronique, ou encore un jeune homme remis en liberté après avoir été condamné pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. « Les profils des suspects interrogent davantage que les précédents attentats. Ils interrogent l’ensemble de la société et de ses valeurs. Ces profils alimentent ce sentiment d’absence de sens », estime le professeur Pelissolo.

Les enfants « plus forts »

Les enfants, eux, semblent épargnés par ce sentiment de sidération éprouvé à la suite de cette multiplication d’attaques revendiquées par l’organisation Etat islamique (EI). « L’effet vacances atténue l’impact que cela peut avoir chez les plus jeunes. S’ils ne sont pas en collectivité, les vacances constituent une période où les enfants sont moins stressés, où ils ont la possibilité d’évacuer », estime Stéphane Clerget, pédopsychiatre et praticien à l’hôpital de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

Le spécialiste constate qu’avec la succession des attentats depuis un an et demi, les enfants ont intégré ce danger lié à la menace terroriste : « La multiplication fait que, chez eux, cela devient un événement possible. Ils s’y sont adaptés bien mieux que nous. Les enfants intègrent plus facilement la nouveauté et s’habituent aux nouveaux dangers », constate le pédopsychiatre, qui précise que « la menace terroriste va colorer les angoisses des plus jeunes, si tant est que des angoisses sont déjà présentes ».

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L’ambivalence du sentiment « d’habituation »

Chez les adultes, la réalité est plus ambivalente : si le sentiment « d’habituation » finit par émerger, il n’efface pas le sentiment d’accablement ressenti à chaque nouvelle attaque. « Nous, les adultes, nous sommes les plus touchés, nous avons vécu dans l’idée de la sécurité absolue, d’une absence de guerre sur notre sol, ce qui est un leurre. Nos enfants, eux, n’ont pas connu cette période, donc ils s’adaptent », résume le Dr Clerget.

Dans le meilleur des cas, les adultes vont, pour se protéger« vivre avec »« Nous avons des facteurs de tolérance, de résilience, et d’adaptation. Et heureusement », estime le docteur François Ducrocq, psychiatre au Centre hospitalier régional universitaire de Lille (Nord). « Certaines personnes sont davantage disposées à répondre au danger, à y répondre de manière sereine, à pouvoir relativiser, à mettre les événements à distance », ajoute le Pr Antoine Pelissolo, professeur de psychiatrie.

Mais s’habituer ne veut pas dire reprendre une vie « comme avant », préviennent les spécialistes. « Nous allons développer des stratégies d’adaptation, comme éviter la foule ou moins prendre les transportsen commun », détaille le psychiatre François Ducrocq. Une attitude contre-productive pour Laurie Hawkes, psychologue clinicienne, auteure de La Peur de l’autre, qui conseille de « ne rien changer à ses habitudes, d’autant que ce type d’événement, imprévisible, ne possède aucun schéma repérable ».

Le risque du déni

Le risque étant que certaines personnes, pour s’épargner de trop grandes angoisses, adoptent une posture de déni, « comme ne plus du tout écouter les informations, où se dire que ça arrive aux autres », liste Antoine Pelissolo, évoquant « un risque d’effet boomerang » :

« Il ne faut pas faire sans, mais négocier avec. Si on veut s’adapter aux choses, il faut les tolérer, donc les digérer. »

Les spécialistes conseillent plutôt « la rationalisation » de ces événements. « Que ce soit pour les enfants ou les adultes, il s’agit de bien comprendre que ce sont des événements dramatiques, mais qui restent rares, par exemple, contrairement aux accidents de la route qui font beaucoup plus de morts, mais qui n’empêchent personne de prendre la voiture », conseille Stéphane Clerget.

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Antoine Pelissolo conseille, lui, de ne pas laisser ces événements prendre le dessus sur ses projets personnels et rester acteur de sa vie :

« Il faut continuer à vivre ses valeurs personnelles. Il faut rester sur ses projets de vie, maintenir son cap, sans pour autant nier la réalité. Il faut rester acteur de sa vie, ne pas être abattu, en se réfugiant dans des activités sur lesquelles on a une emprise, comme la famille et les amis. »

Une façon de répondre, par effet de contraste, aux terroristes dont l’un des projets est d’attaquer la sphère de l’intime.