LA SALE GUERRE DE SÉKOU TOURÉ CONTRE LES PEULS (PREMIÈRE PARTIE)
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- Mis à jour le mercredi 3 janvier 2018 14:56
- Publié le mercredi 3 janvier 2018 14:46
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Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique
Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat. La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.… Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno S. Bah
Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35
https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/sekou-toure-22-aout-1976.jpg?resize=300%2C196 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976
Table des matières
Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits
- Le navétanat
- Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux
- “Un esprit raciste très néfaste”
- “Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”
- “Un roi trahi par les Peuls du Fouta”
- “Les fils aussi félons que leurs pères”
- “Peuls, racistes forcenés sans patrie”
- “Pour que continue la Révolution”
Le marxisme-tribalisme
Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).
https://i2.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/saifoulaye-sekou-mafory.jpg?resize=300%2C217 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; border-width: 1px; border-style: solid; border-color: rgb(221, 221, 221); height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; overflow: hidden; padding: 10px; border-radius: 10px; background-color: rgb(245, 245, 245); display: block;">Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)
Note. — Le processus de marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes, “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
De 1947 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953. Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move.»…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en 1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry à partir de 1971, date à laquelle il décapita la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye. En 1976 sa haine décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Kadidiatou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.…– T.S. Bah
“Toute l’ethnie est coupable”
Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :
- des étrangers
- des suppôts du colonialisme
- ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.
Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.
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De violents brassages de populations
L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.
https://i1.wp.com/www.webguinee.net/blogguinee/wp-content/uploads/2017/12/laveu-telli.jpg?resize=300%2C211 300w" sizes="(max-width: 709px) 85vw, (max-width: 909px) 67vw, (max-width: 984px) 61vw, (max-width: 1362px) 45vw, 600px" style="box-sizing: inherit; height: auto; max-width: 100%; vertical-align: middle; display: block;">L’aveu de Telli Diallo sous la torture
Peuls, victimes et non agents du colonialisme
Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.
L’exil des Peuls
Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.
A suivre..
Une ombre sur le Rio Pongo
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- Mis à jour le mercredi 3 janvier 2018 14:27
- Publié le mercredi 3 janvier 2018 14:27
- Écrit par Ourourou Bah
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Des hauts plateaux du Fouta-Djallon, par des chemins sinueux, des rivières s’épanchent vers l’est et le sud de l’Afrique de l’ouest. Vers la côte d’autres se déversent en flots et en chutes. Ensuite ils se dispersent dans le parterre des riches plaines alluvionnaires de l’extrême Basse-Guinée - créant l’impressionnant réseau des « rivières du sud ». Les noms des fleuves et des rivières sont des mélanges de langues et de légendes locales auxquels s’ajoutent les dénominations étrangères qui évoquent la traite des noirs et les rudes conquêtes auxquelles la région fut soumise : on parle de Cogon ou Rio Componi, de Bourounao et de Tinguilinta ou Rio Nunez, de Forécariah, de Méllacorée, de Fatala ou de Rio Pongo etc. Les fleuves du sud s’entrelacent dans des écheveaux avant de s’ouvrir sur l’océan en plusieurs estuaires dont le plus dramatique est celui du Rio Pongo ou Fatala. L’estuaire du Rio Pongo fut le point d’aboutissement principal des routes de la traite des noirs de l’intérieur du continent. Aussi, avant le choix du Liberia, il fut considéré comme point de rapatriement des esclaves libérés du 19ème siècle. C’est dans cette embouchure - après des tortures au camp Boiro - que fut jeté vivant un homme au parcours honorable et exceptionnel : Karim Bangoura.
Naissance et formation
Karim Bangoura naquit le 17 juillet 1922 à Wonkifong, province du Soumbouya-Coyah. Il est issu d’une famille de la chefferie locale dont le règne remonte aux années 1800. Parmi les régnants de sa famille dans le Wonkifong-Soumbaya il y a son oncle, l’Almamy Belia Bangoura. A la mort de cet oncle, l’Almamy Sogbe Ismael Bangoura, père de Karim, fut désigné chef de canton Wonkifong-Coyah. Il s’installa plus tard à Coyah dans un domaine royal. Il prospèrera et fut respecté parmi les siens. Mortifié par l’arrestation de son fils, l’Almamy du Soumbouya-Coyah mourra à la fin des années 1971.
Karim Bangoura fit ses études primaires et secondaires en Guinée. Après cette formation, il reçut une formation militaire en Côte d’Ivoire. Il en sortit avec le grade de sergent-caporal. Remarqué par ses superviseurs pour son intelligence, il sera encouragé à fréquenter l’école William Ponty d’où il sortit dans la prestigieuse branche des instituteurs.
Carrière et engagement politique
De 1945 à 1956, Karim Bangoura fut instituteur à l’école de Sandervalia, à Conakry. En même temps, il participe activement à la vie politique de la Guinée qui s’animait suite à l’abolition de l’indigénat. Il fut parmi les fondateurs du Bloc Africain de Guinée (BAG) avec Barry Diawadou, Amara Soumah and Framoï Berété. En 1954, il sera élu comme conseiller de l'Union Française en remplacement de Diawadou Barry. Il y siégera avec le groupe radical, tendance Mendès-France. Entre 1957 et 1958 il fut conseiller de l’Union Française à Versailles.
En même temps, Karim Bangoura participa à la création de l'Union de la Basse-Guinée. L’Union connaitra de profondes scissions en son sein. Une partie rejoindra le RDA. Le groupe restant fondera, le 25 juin 1949, le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée sous la direction de Karim Bangoura et de Naby Youla. Le Comité de Rénovation de la Basse-Guinée s’opposa aux violences politiques du PDG. Ses responsables chercheront en vain à les contenir. Karim Bangoura dénonça la complicité du Haut-commissaire Bernard Cornut-Gentille auquel il adressa un télégramme de reproches :
“Gravité des incidents de Coyah marque faillite politique de complaisance avec le RDA que vous avez instaurée.
Le chauffeur de mon père tué, la maison de mon oncle saccagée et ses filles violées, soulignent étendue de vos responsabilités.
Ma douleur immense m'encourage à vous dénoncer auprès des hautes autorités de la métropole comme soutien officiel et déclaré des extrémistes africains fauteurs de troubles.
Les agissements du RDA restent votre œuvre. La carence de l'autorité locale en découle.
La mise à feu et à sang de ce pays jadis paisible continuera à peser sur votre conscience, car vos rapports officiels n'ont pas traduit la vérité sur le caractère du RDA.
Je reste fidèle à la France et à la Guinée, et vous pouvez compter sur ma détermination farouche contre votre politique néfaste pour la présence française.”
Face à la collusion entre le Haut-Commissaire et Sékou Touré, les forces d’opposition se regrouperont sous la bannière du PRA. Elles organiseront des actions punitives contre les milices du PDG/RDA. En même temps, les autres sections africaines du RDA feront pression sur Sékou pour fin aux violences de ses milices. Sékou observera un arrêt temporaire, attendant des occasions propices. Il liquidera tous ses adversaires une fois qu’ils s’uniront pour acquérir l’indépendance.
Au service de la Guinée indépendante.
Entre 1959-1962 Karim Bangoura est Directeur de Cabinet au Ministère de l’Information et du Tourisme sous le Ministre Camara Balla. Karim Bangoura se fait remarquer par son engagement pour la jeunesse et la promotion de la culture. Un engagement qu’il démontrera le reste de sa vie. Il supervise notamment la production des Premiers Disques 45 tours (rouge) sur la musique Guinéenne.
En 1963, il est nommé comme troisième ambassadeur de la Guinée aux Etats-Unis, aux Canada, couvrant en même temps l’Angleterre. Il exercera cette fonction de 1963 à 1969 poursuivant l’œuvre de Diallo Telli et Dr. Seydou Conté. Karim Bangoura y montre des qualités qui lui valent l’admiration de tout le monde diplomatique à Washington. Il sera honoré comme meilleur ambassadeur à Washington.
A l’instar de ses prédécesseurs, Karim Bangoura cultiva des relations avec plusieurs personnalités politiques des Etats-Unis pour élever le profil de la Guinée. Il était apprécié par les grandes figures du mouvement d’émancipation des noirs aux Etats-Unis : Dr. Martin Luther King et Harry Belafonte ainsi que les ambassadeurs des USA en Guinée comme James Loeb et Roobinson Mcllvaine. Ils constituèrent un lobby puissant pour la Guinée auprès des sénateurs et représentants influents de l’époque ainsi que des membres du gouvernement : Edward Brooke du Massachussetts, Frank Church de Idaho, Daniel Inouïe de Hawaii, la famille Kennedy, John et ses frères Senator Edward Kennedy, Robert Kennedy, Sergent Shriver, fondateur du corps de la Paix avec le Président Kennedy, le secrétaire du département d’état Dean Rusk. Tout le gotha diplomatique de Washington était souvent présent lors des réceptions de la fête de l’indépendance de la Guinée. Ces relations assureront à Karim Bangoura des réalisations importantes au profit de son pays.
D’impressionnantes réalisations
Karim Bangoura négocia avec Henri Norman, directeur du corps de la paix, l’envoie du bateau Hôpital Hope en Guinée. Le bateau était complètement équipé pour des soins gratuits dont beaucoup de guinéens bénéficièrent.
Profitant de ses entrées dans la sphère de l’administration américaine, Karim Bangoura négocia aussi le premier financement du plus grand projet CBG d’une valeur initiale de 250 millions de dollars, le plus grand projet minier en Afrique à l’époque. Ce fut un point fort de sa carrière. Ce projet fit vivre le régime de Sékou Touré pendant des années. En d’autres circonstances, il aurait contribué à faire décoller l’économie guinéenne.
En même temps, l’ambassadeur cultiva de bonnes relations avec Joseph Harari de l’American Trade Sale ainsi qu’avec les responsables de la Fondation Ford. Grace à lui la Panam Airways lança son vol transatlantique en Afrique de l’Ouest qui reliait Conakry à New-York. A bord du premier vol, il y avait de fameux journalistes du temps tel que Collingwood ainsi que Sergent Shriver, Lansana Beavogui et Achkar Marof.
Ancien instituteur, Karim Bangoura avait le culte de l’éducation. Comme ambassadeur, il suivait de près les étudiants boursiers guinéens par le canal du Bureau Culturel de l’Ambassade. Ses encouragements contribuèrent à l’éducation de plusieurs guinéens dans les meilleures universités américaines. Parmi eux, il y a feu Edouard Benjamin, El Hadj Thiam Tafsir, El Hadj Abdoulaye Bah, El Hadj Alpha Bah etc... Tous gardent de Karim Bangoura de souvenirs émouvants et ressentent avec amertume sa tragique fin.
Dans le collimateur de Sékou Touré et de Ismael Touré.
En 1969, Karim Bangoura est nommé comme Ministre des Mines et de l’Industrie. A ce poste, il supervise les travaux initiaux de la CBG. Ismael Touré convoitait le poste et s’irritait de l’admiration que les étrangers avaient pour Karim Bangoura pour son intellect et son dévouement à la Guinée. Il développa une animosité profonde contre Karim Bangoura et cherchera à le compromettre auprès de Sékou Touré. Il lui proposa notamment de l’aider à renverser son demi-frère.
En outre, Sékou n’avait pas oublié que Karim Bangoura avait dénoncé ses relations avec le Haut-Commissaire, Bernard Cornut-Gentil. Ismael fit feu de tout bois pour récupérer le poste qu’il jugeait lucratif de ministre des mines. En 1970, Karim Bangoura est nommé ministre des Transports. A ce poste aussi, il laissa des marques indélébiles. En moins d’un an, il améliora le transport urbain et inter-régional de la Guinée. Il mit en place notamment le service des TUC – Transport Urbain de Conakry.
Le débarquement du 22 Novembre offrira aux deux frères - Sékou et Ismael Touré - l’occasion de se défaire de l’homme dont l’aura, l’intelligence et l’intégrité étaient un rappel constant de leur imposture et de leur médiocrité.
Durant le débarquement du 22 Novembre 1970
Après le débarquement de Novembre 1970, Sékou voulait convaincre l’ONU que la Guinée était sous l’attaque d’un pays colonialiste en passant sous silence la participation de guinéens au débarquement. En outre, il voulait dissimuler le marchandage qu’il avait fait avec les colons portugais – sur le dos du PAICG - pour faire libérer les prisonniers détenus par le mouvement de libération. Sékou privait ainsi le PAIGC d’un moyen de négociation contre leurs adversaires colons.
Mais, les rapports de Sékou Touré avec le secrétaire général de l’époque, U-Thant Sékou s’étaient détériorés suite à l’arrestation de Achkar Marof anciennement représentant de la Guinée à l’ONU. U-Thant était intervenu en vain auprès de Sékou Touré pour obtenir la libération du diplomate guinéen. Sachant que Karim Bangoura jouissait d’un grand prestige à Washington et à l’ONU, Sékou le supplia de convaincre les institutions onusiennes. Karim Bangoura se rendit au domicile de René Polgar, le représentant du PNUD à Conakry. Il le convainquit de soutenir la thèse de l’invasion étrangère. Le Portugal fut condamné par le conseil de sécurité de l’ONU. Un support international presque unanimement pour la Guinée s’en suivit.
Dans l’engrenage des purges
Assurée du soutien international et de l’effet des pendaisons et assassinats du 25 Janvier 1971, Sékou entreprit une seconde phase de purges et d’assassinats avec l’aide d’un agent tchécoslovaque, le docteur Kozel et d’autres comparses comme Siaka, Ismael et Emile Cissé.
« Le système des enquêtes fut décentralisé. Le Comité Révolutionnaire établit des commissions à Kankan, Kindia, et pour un certain temps à Gaoual et à Koundara ». Les Guinéens vivaient en sursis. Chaque soir, chacun attendait avec inquiétude les informations de 20 heures à la radio nationale dont les éditoriaux étaient des imprécations contre des personnes détenues ou en liberté. Ensuite c’était la récitation des aveux de détenus enregistrés sous la torture. Ceux qui étaient dénoncés et laissés en liberté subissaient un véritable ostracisme. Parents et amis les évitaient. Les arrestations s’opéraient de façon inattendue et capricieuse, de jour comme de nuit, sur les lieux de travail, à domicile, ou sur la route. L’ordre fut donné aux 8000 comités de base du Parti de procéder à l’arrestation des personnes dénoncées et de les transférer aux permanences fédérales du Parti. Une psychose de justice de foule s’installa dans tout le pays avec des règlements de compte, de la délation tout azimut et des comportements sombres de survie personnelle à tout prix.
Les arrestations étaient systématiquement suivies de la « diète » - une privation totale de nourriture - pour affaiblir les détenus avant de les soumettre aux séances d’interrogatoire sous la torture. La quasi-totalité des accusaient n’avait pas la force de résister. Les détenus acceptaient de reciter les aveux préfabriqués contre un morceau de pain et une tasse de boisson chaude. Ils s’accusaient de crimes monstrueux et dénonçaient des amis ou des parents en liberté ou déjà en prison. Le cycle se répétait tous les soirs.
Arrestation, tortures et assassinat
C’est dans ce climat qu’un soir de juillet 1971, le commentateur de la radio évoqua le nom de Karim Bangoura à plusieurs reprises.
« Après un moment, il fit un rectificatif disant qu'une erreur s'était glissée au cours du bulletin- Il s'agissait bien évidemment du traître Karim Fofana et non du secrétaire d'Etat Karim Bangoura.
Le père de Karim Bangoura, inquiet, fut reçu quelques jours après par Sékou Touré en compagnie de son fils. Sékou les rassura, et précisa même :
- C'est l'un de mes meilleurs cadres. Ce sont les ennemis de la Révolution qui font courir les fausses rumeurs de son arrestation. Il n'est pas question de l'arrêter.
Poussant le cynisme à son comble, quelques jours après, Karim Bangoura fut chargé de l'inauguration de l'usine de céramique que les Coréens venaient de réaliser à Matoto. C'étaient des missions dévolues jusqu'alors aux seuls membres du Bureau Politique du parti.
Cependant, le 1er août 1971, le nom de Karim fut de nouveau cité dans une déposition. Aucun rectificatif n'ayant été fait jusqu'à la fin de la déposition, les responsables du comité mirent à exécution les consignes du parti. Karim Bangoura sera arrêté à son domicile à Matam-Lido dans la journée, en présence de sa maman.
« Bien entendu Sékou Touré pourra toujours dire qu'il avait tenu parole. Il n'avait pas arrêté Karim puisque c'est le peuple qui l'avait fait. »
Comme tous les suppliciés du PDG, Karim Bangoura sera torturé et fera des aveux grossiers. On le fera avouer d’avoir été recruté par la CIA moyennant la somme de 400 mille dollars par mois (Note 2). Il sera jeté vivant dans le fleuve Fatala (Boffa), à partir d'un hélicoptère. Les rumeurs de l’époque dirent que le mode d’assassinat avec été prescrit par les chamans comme sacrifice pour la gloire de Sékou Touré.
Notes :
Note 1 :
Beaucoup de données de cet article ont été fournies par la fille ainée de Karim Bangoura, Madame Amy Soumah. Elle a ces mots : « Je souhaite fermement que Dieu me donne le temps de collecter tous ces mémoires avec précision et détails à l’appui. Je suis si fière de [mon père] et chaque jour que je respire, je m’inspire de ses actions ».
Note 2:
William Attwood, ambassadeur des USA à Conakry (1962-1964), écrivit le 9 août 1988 : “Mon ami Karim Bangoura, ancien ministre de l'information, a succombé à la diète noire après avoir signé une fantastique confession dans laquelle il m'accusait de l'avoir recruté pour la CIA et de lui avoir donné une Ford ainsi que 400.000 dollars par mois ! Bangoura, en réalité, était l'un des très rares hommes politiques africains que j'ai rencontrés et qui ne m'aient jamais demandé la plus petite faveur.”
Note 3 :
Cet article est tiré d’une série d’émission radios que Pottal-Fii-Bhantal et Radio Gandal organisent chaque 15 jours sur l’histoire contemporaine de la Guinée. La version pular sur Karim Bangoura est disponible en ligne sur YouTube.com. https://www.youtube.com/watch?v=hN_rpWQA7hM
Ourouro Bah
Star Wars 8 : la critique qui ne vous gâchera pas Les Derniers Jedi
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- Catégorie : Culture
- Mis à jour le mardi 12 décembre 2017 19:47
- Publié le mardi 12 décembre 2017 19:27
- Écrit par PAR PHILIPPE GUEDJ
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Luke Skywalker, dernier jedi ?
Luke Skywalker, dernier jedi ?
N.B. : Malgré tous nos soins pour ne rien révéler de compromettant, il est certain que la lecture de cette critique vous donnera plus d'informations et d'impressions que si vous vous abstenez de lire quoi que ce soit. C'est logique mais on aime autant le souligner...
C'est avec une certaine fébrilité teintée d'un nouvel espoir que nous avons foncé dans Les Derniers Jedi. Après un Réveil de la Force égaré dans son overdose de fan service et noyant sa vacuité dans une agitation stérile, cet Épisode VIII saurait-il enfin nous transporter dans les étoiles ? Commençons par la bonne nouvelle : le padawan Rian Johnson (réalisateur du thriller de SF Looper), nouveau venu dans la galaxie et crédité comme unique scénariste du film, a su échapper au piège du clonage de l'héritage lucasien pour explorer enfin des univers inédits.
Pas de panique : on retrouve intacts les petits sentiers tracés par J. J Abrams dans l'Épisode VII et ce nouveau chapitre s'ouvre par ailleurs sur le même procédé d'ellipse pessimiste que jadis L'Empire contre-attaque. Dans La Guerre des étoiles, les rebelles avaient beau avoir fait sauter l'étoile Noire et conclu le récit en vainqueurs, l'opus suivant les montrait retranchés sur la planète gelée Hoth, en fuite face aux troupes impériales. En 2018, rebelote : malgré la destruction de la base Starkiller dans Le Réveil de la Force, la Résistance est loin d'être sortie de l'auberge. La flotte du général Leia continue d'être poursuivie par l'impitoyable Premier Ordre, tandis que, sur une île reculée de la planète Ahch-To, Rey supplie l'ermite Luke Skywalker de rejoindre les rebelles en détresse. Et accessoirement de l'aider à maîtriser la Force qui bouillonne en elle. Le temps presse, le côté obscur menace en la personne du tentateur parricide Kylo Ren...
Élégants clins d'œil aux fondamentaux
Le grand mérite des Derniers Jedi est d'avoir su poser une ambiance très différente du Réveil de la Force et une narration relativement originale dans sa volonté de déconcerter. À deux ou trois lignes près, la structure du scénario ne ressemble à aucun autre Star Wars, final y compris, et Johnson s'efforce d'élargir l'univers créé par Lucas. La comparaison avec L'Empire contre-attaque n'est pas illogique dans la mesure où Les Derniers Jedi montre aussi une rébellion au bord du gouffre et complexifie la narration du volet précédent. Nouveaux personnages, nouveaux mondes, nouvelles bébêtes (on ne balance pas les Porgs, ils sont presque mimi)... Et un Luke Skywalker enfin en pleine lumière après son apparition muette en conclusion du Réveil de la Force, belle récompense pour un Mark Hamill à la hauteur, physiquement comme dans son jeu. Saluons aussi l'élégance des discrets clins d'œil aux fondamentaux, moins lourdement assénés que dans l'Épisode VII, comme ce touchant rappel à l'ordre opéré par R2-D2 à l'encontre d'un Luke confiné dans ses regrets.

Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill), maître Jedi brisé et retiré sur une île de la planète Ahch-To.
© Lucasfilm/Disney
Débutant par une enivrante bataille spatiale égalant les meilleurs combats de Rogue One, dans ses axes de caméra étourdissants comme son intensité tragique, Les Derniers Jedi offre également son lot d'images à couper le souffle. Plus tard dans l'histoire, un usage kamizaze du passage en vitesse lumière va même nous livrer sans conteste l'un cinq plus beaux plans jamais vus de toute la saga. À cet instant, on n'est pas loin de la sidération tant le spectacle est total. La planète Crait, à la surface de glace abritant un sous-sol de granit rouge, offre par ailleurs aux combats un cadre digne d'une toîle de maître et témoigne de la puissante « vista » esthétique de Rian Johnson. Enfin, à l'actif des Derniers Jedi, notons aussi une cohérence féministe bienvenue avec le précédent opus, via la nouvelle venue Rose et le général Leia, qui se paiera Poe Dameron lors d'un mémorable savon. Avec au passage, une réflexion intéressante sur la notion de sacrifice liée au nombril masculin.
Un film de transition sans véritable coup de théâtre
Il y a hélas une mauvaise nouvelle. Au fil d'un temps de vol trop long de 2 h 30, Les Derniers Jedi n'évite pas de trop nombreux trous d'air. À côté des réussites graphiques, on est tout d'abord étonné d'autres choix malheureux qui manquent de faire basculer le film dans le comique involontaire : témoin, le repaire aux parois rouges de Snoke et ses gardes kitsch, louchant sur le palais de Ming dans Flash Gordon ou le look douteux de l'amiral Holdo (Laura Dern en sosie décoloré de Valérie Lemercier). La parenthèse laborieuse dans la cité-casino de Canto Blight, version grand luxe de la Cantina de Tatooine, rappelle quant à elle curieusement les goûts visuels de Lucas période prélogie voire le Besson de Valérian (ce n'est pas un compliment). Même Leia, choyée au montage pour d'évidentes raisons, frise dangereusement le grotesque au détour d'une scène sidérale qu'on vous laissera le soin d'apprécier (ou non). On est heureux, dans ce contexte, que le toujours très soupe au lait Kylo Ren ait enfin décidé de se débarrasser de son casque « ridicule » (dixit Snoke lui-même !), ornement inutile depuis Le Réveil de la Force.
Mais le plus gênant est l'impression d'un film de transition avec l'Épisode IX, sans aucun véritable coup de théâtre et aux sous-intrigues peu excitantes. À trois reprises, Les Derniers Jedi flirte avec la tragédie ou un choix scénaristique radical, qu'il choisit finalement d'éviter. Des trames entières s'avèrent inutiles et surtout, les temps forts émotionnels du film échouent à produire les frissons espérés, de par une impression d'écriture trop mécanique. Même l'intrigue autour du Seigneur Snoke laisse un sentiment de promesse non tenue, eu égard à la pompe qui l'entourait depuis Le Réveil de la Force.
Reste la tentative ambitieuse d'explorer plus avant la question ô combien délicate – Lucas lui-même s'y est cassé les dents – de la religion jedi. Puisque le côté obscur surgit toujours pour faire face au côté lumineux de la Force, ne faudrait-il pas, au fond, jeter l'ensemble aux oubliettes ? Oubliant par instant ses péripéties à n'en plus finir et son cahier des charges commercial, l'Épisode VIII frôle la philosophie, posant des problématiques qui, à défaut d'être approfondies, rendent un peu à la saga sa dimension métaphysique.
Las, malgré toutes ses qualités, Les Derniers Jedi retient encore trop ses chevaux et ploie sous le poids des contraintes inhérentes à la colossale entreprise Star Wars. Les derniers liens à trancher avec les figures du passé en font partie et l'on sent que Johnson, fan absolu comme J. J Abrams, n'a pas su ou pu s'en affranchir sereinement, comme le prouve la réapparition assez maladroite d'un autre totem fétiche de la saga. Pour l'avenir de la franchise, Lucasfilm et ses commis réalisateurs devraient peut-être suivre l'injonction lancée par Kylo Ren à Rey en plein milieu des Derniers Jedi : « Il faut laisser mourir le passé. » Ce sera peut-être pour la prochaine trilogie ?
« Les Derniers Jedi », de Rian Johnson (2 h 30). Sortie nationale le 13 décembre.
Consultez notre dossier : Star Wars, l’histoire sans fin
THIS GEORGETOWN FRESHMAN IS 63, AND ATTENDING THE SCHOOL THAT ENSLAVED HER ANCESTORS
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- Mis à jour le mercredi 3 janvier 2018 14:04
- Publié le mercredi 3 janvier 2018 14:04
- Écrit par Baxhir Bah
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Washington (CNN)Mélisande Short-Colomb sits cross-legged on the purple comforter draped over her twin bed. She lives in the dorms here at Georgetown University, where she just wrapped up her first semester as a freshman.
Georgetown's unspoken history
'Those bricks were carried by members of my family'
Signer la pétition contre les viols et les assassinats de 2009 https://www.change.org/p/1946560/
Bashir Bah
Philippe Labro : la mort de « mon ami Johnny me fout un coup » (VIDÉO)
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- Mis à jour le mercredi 6 décembre 2017 18:41
- Publié le mercredi 6 décembre 2017 18:24
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
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C'est avec beaucoup d'émotion que l'écrivain rend hommage à Johnny Hallyday, son ami de longue date pour lequel il a écrit 27 chansons.
Mercredi 6 décembre 2017, 2 h 34. La terrible nouvelle tombe. Johnny Hallyday s'est éteint à l'âge de 74 ans. « Johnny Hallyday est parti. J'écris ces mots sans y croire. Et pourtant, c'est bien cela. Mon homme n'est plus. Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité. » Tels sont les mots choisis par son épouse Læticia pour annoncer le décès de la plus grande légende du rock'n'roll français. Une nouvelle qui suscite des milliers de réactions parmi ses innombrables fans, mais aussi de la part de toutes les personnalités qui l'ont côtoyé au fil de ses soixante ans de carrière. Parmi celles-ci, Philippe Labro.
Journaliste, écrivain, réalisateur, mais aussi parolier de renom, Philippe Labro a écrit pas moins de 27 chansons pour Johnny Hallyday. Au micro du Point, dans les couloirs de CNews, l'homme de lettres apparaît complètement bouleversé par la mort de son fidèle ami et reconnaît volontiers que son décès lui « fout un coup ». Philippe Labro décrit un artiste « d'une grande intelligence, d'une grande intuition, d'un immense instinct, d'une grande timidité et d'une immense générosité », et salue un talent vocal qui « sublime les paroles que l'on écrit pour lui ».
Si la France perd une légende du rock, Philippe Labro perd un ami. « J'ai rarement eu un ami comme lui. »
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