Justice / jugements de mineurs : Des condamnations d'une à deux années avec sursis surcis suivies suivis d'amandes

Actualité de Guinée Conakry, 15/03/2017 Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com. Accusés de délitd’attroupement, outrage et destruction de biens publics, le procès des enfants mineurs arrêtés lors des récentes manifestations des élèves qui ont eu lieu à Conakry s'est tenu ce mercredi 15 mars, au tribunal de première instance de Kaloum.

Le verdict de ces enfants aux nombre de 14, est le suivant :

Le président du tribunal pour enfants, maître N'faly Sylla a ordonné dans un premier temps que 5 enfants, soient relaxé pour délit non constitué.

En suite, un second groupe composé également de cinq personnes ont été condamnés à 1 an de prison pour chaque enfant mais avec sursis suivi d'une amande de 100.000 fg par enfant.

Et enfin, le dernier groupe qui est composé de quatre jeunes ont été condamnés chacun pour à deux ans de prison assortis aussi de sursis avec une amende de 200.000 GNF, que chaque parent ou tuteur payera pour son enfant.

En dépit de ce jugement, Abdoul Sacko, président du conseil régional des organisations de la société civile de Conakry, donne ses sentiments par rapport à ce jugement d’un tribunal pour enfants : « Ce qui est déplorable, c'est les conditions de vie très inappropriées du tribunal pour enfants ».

Il est à noter qu'un tribunal pour enfants digne de nom, n'existe jusqu'à présent pas en Guinée.

Yaya Diallo.

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Manifeste : halte à la misogynie raciste !

 

L'écrivaine Gerty Dambury et la politologue Françoise Vergès ont co-écrit ce texte après l'agression verbale d'une femme metteure en scène par un de ses homologues masculins, à Marseille. De nombreux intellectuels antillais et africains ont partagé leur colère et également apposé leur signature à la fin du manifeste.

Avant-propos

Ça s’est passé le 22 mai 2015,  mais ça aurait pu être n’importe quel autre jour : un homme de théâtre, de gauche,insulte une metteure en scène avec des propos misogynes et racistes d’une rare violence.
Le monde de la culture continue à être le théâtre de manifestations quotidiennes de mépris misogynes et racistes et ce, malgré une image de progrès et d’ouverture.
Nous publions ce manifeste pour marquer un moment où nous, artistes, chercheurs, intellectuels, citoyens, posons la question : la culture est-elle un espace qui accepte ces pratiques ou au contraire ouvre l’espace du débat citoyen sur les discriminations et la misogynie raciste ? Les signataires vivent en France hexagonale, en Angleterre, en Italie, aux États-Unis, aux Antilles, à Tahiti et à la Réunion.

Il y a les « Sale noiraude », « T’es une Black moche, même pas baisable » et « T’as quoi sous ton voile ? »

Halte à la misogynie raciste

Chaque jour en France, une misogynie renforcée de racisme s’exprime. Son but est de blesser et de nuire, d’offenser et de porter atteinte au plus intime. Il y a les « Sale noiraude », « T’es une Black moche, même pas baisable », et « T’as quoi sous ton voile ? », mais aussi de manière plus perverse, plus perfide, les « Vous êtes sûres que vous savez faire ça ? », « Vous avez vraiment les compétences ? »

Soyons claires : nous ne parlons pas ici des racistes que les médias aiment épingler, ceux de l’extrême-droite. Nous parlons ici de femmes et d’hommes qui signent des pétitions humanitaires et dénoncent le racisme, qui ont défilé le 11 janvier, qui clament haut et fort leur amour de l’Afrique et des Africains, qui organisent débats et colloques sur « L’Autre », qui citent Voltaire, Lévinas, ou Ricoeur, mais qui sont convaincus, profondément convaincus, qu’ils savent mieux ce qui est bon pour « nous ».

Nous parlons ici plus précisément du monde de la culture, des directeurs de théâtre, des metteurs en scène, des professionnels des musées… tout ce monde qui véhicule l’idée d’une culture française fixe et atemporelle et regarde avec ignorance assumée, indifférence ou mépris, ce que nous proposons, ce que nous créons, ce que nous imaginons.

Soyons claires : nous savons que cette caste saura au moment donné nous jeter quelques miettes, offrir à l’une une direction, à l’autre un poste de responsabilité. Nous ne nous faisons pas d’illusions. Depuis toujours, la domination culturelle d’un groupe ou d’une classe s’exerce aussi par l’adoption par les dominés de la vision du monde des dominants. Ces derniers acceptent alors comme « allant de soi » ce qui les opprime et divise.

Que l’on ne nous dise pas que nous sommes trop « sensibles ». Ce sont elles/eux qui sont sensibles au fait que les privilèges dont elles/ils ont joui – sans jamais avoir à remettre en question les fondements même de ces privilèges (les siècles de colonialisme esclavagiste et post-esclavagiste, la Françafrique…) – sont de nouveau remis en question mais cette fois-ci sur ce qu’ils conçoivent comme « leur » sol, dans « leur » pays.

Le 22 mai dernier, un homme, directeur de théâtre a lancé à une metteure en scène et dramaturge : « T’as vu ta gueule de sauvage, t’es même pas baisable, espèce de black de merde ». Cela fait suite à « la guenon », aux menaces de viol, aux insultes sur les réseaux sociaux, aux exclusions non dites (ou dites). « Sauvage », « pas baisable », « black de merde », « guenon » : le refoulé colonial revient avec force.

Ce discours a un vocabulaire, il est colonial et une grammaire, la métaphore animale.

Ce discours a un vocabulaire, il est colonial et une grammaire, la métaphore animale.Nous prenons le parti de réagir collectivement face à cette attaque faite à une femme noire dont le positionnement contre les formes persistantes d’un racisme sournois dans ces milieux dérange profondément, à l’instar d’autres femmes non-blanches, universitaires, journalistes, artistes, écrivaines.

Si nous parlons en tant que femmes, c’est parce que nous savons que misogynie et négrophobie ont une longue histoire intime. Mais nous refusons l’injonction à nous séparer de nos pères, frères, amants, qui sont chaque jour victimes d’attaques racistes et qui meurent sous les coups alors que leurs assassins restent impunis. Notre féminisme ne se réduit pas à une demande d’égalité, il s’attaque à un ensemble d’oppressions.

Nous observons que la postcolonialité française traverse une crise que nous avons en partie provoquée dans le but d’accomplir une décolonisation de la « République », si nous voulons que cette dernière retrouve son sens premier, la « chose commune ».

Nous allons continuer à distiller des idées progressistes, à travailler aux marges et dans les interstices, envahir le langage courant, imposer nos thèmes et nos concepts dans le débat universitaire et public.

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir », a écrit Frantz Fanon.

Dans la relative opacité des temps que nous vivons, nous faisons nôtres ces phrases de la poétesse Audre Lorde : « Chaque femme possède un arsenal de colères bien rempli et potentiellement utile contre ces oppressions, personnelles et institutionnelles, qui ont elles-mêmes déclenché cette colère. Dirigée avec précision, la colère peut devenir une puissante source d’énergie au service du progrès et du changement. Et quand je parle de changement, je ne parle pas d’un simple changement de point de vue, ni d’un soulagement temporaire, ni de la capacité à sourire ou à se sentir bien. Je parle d’un remaniement fondamental et radical de ces implicites qui sous-tendent nos vies ».

Nous allons continuer à signer des pétitions, protester, écrire, assigner en justice, et à agir collectivement. Nous ne nous laisserons pas faire. Nous accueillerons celles et ceux qui sont solidaires de notre démarche.

Françoise Vergès et Gerty Dambury, le 12 juin 2015

Retrouvez le manifeste sur le site de la compagnie de Gerty Dambury

Extrait de la liste des signataires du manifeste :
ABONNEC, Mathieu, artiste
ATTIA, Kader, artiste
BACHELOT-N’GUYEN, Marine, auteure, metteure en scène
BAMS, auteure, compositrice, interprète
BARILLOT, Bruno, ex délégué pour le suivi des essais nucléaires pour le gouvernement de la Polynésie
BLUZET Dominique, Directeur de Les Théâtre
BOBEE David, Directeur du Centre Dramatique de Haute Normandie
BOKOUM Saïdou, écricains, dramaturge, metteur en scène

BROOK, Irina, metteure en scène
CHALAYE, Sylvie, chercheure, professeur des universités, Paris-Sorbonne nouvelle
CONDÉ, Maryse, écrivain
DELPHY, Christine , Directrice de recherche émérite CNRS
DEMBÉLÉ Bintou, chorégraphe et danseuse
DIALLO, Rokhaya, journaliste et auteure
DIKOUMÉ Raymond, auteur, metteur en scène, comédien
DOUMBIA, Eva, metteure en scène et dramaturge
EYENE, Christine Eyene, chercheur en art contemporain, Univers
GAEL, Yann, comédien
GAY, Amandine, réalisatrice
IMHOTEP, beatmaker du groupe IAM
JEAMMET Danière, journaliste honoraire
KRETZSCHMAR Julie, metteure en scène, directrice des Rencontres à l’Echelle
LEBLANC Christian, administrateur de la Compagnie Pippo Del Bono
LECLAIRE Jalil, comédien et metteur en scène
LE, Lam, cinéaste, scénariste, directeur artistique of Central Lancashire
LOÏAL, Chantal, chorégraphe et danseuse
LOWY, Michael, directeur de recherches émérite au CNRS
MAGNIN Jean Daniel, directeur littéraire du Théâtre du Rond Point
MARIE-LOUISE, Jean-Erns, comédien
MBEMBE Achille, Philosophe, historien
NDIAYE Pap, historien
NGUYEN, Vinh-Kim, Chair « Anthropologie Santé mondiale, Collège d’études mondiales, médecin, anthropologue
NLEND, Léonce, Henri, comédien, metteur en scène
PELISSIER, Blandine, auteure, comédienne, chanteuse
PRAT Reine, Inspectrice générale de la création et des enseignements artistiques, retraitée du ministère de la culture
QUINTRAND Apolline, Directrice du Festival de Marseille
RAHARIMANANA Jean-Luc, écrivain
RICHARD, Firmine, comédienne
SACCARD Frédéric, Directeur Adjoint de la Commune à Aubervilliers
SEDIRA, Zineb, artiste
SEMA-GLISSANT, Sylvie
SEMIRAMOTH, Françoise, plasticienne
STAMBUL, Pierre, vice-président de l’Union Juive Française pour la Paix
UNION FÉDÉRALE DES SYNDICATS CGT DU SPECTACLE PACA
VARIKAS, Eleni, professeur émérite

Françoise Vergès est politologue et Gerty Dambury est dramaturge et metteure en scène
 
 

Assassinat de Thomas Sankara : pétition pour l'ouverture d'une enquête parlementaire

 

 

Mariam Sankara est invitée par le groupe des députés GDR (Front de gauche) à l'Assemblée nationale, où elle se rendra très prochainement. Elle y viendra avec son avocat Maitre Benewendé Sankara, pour appuyer la demande, des députés des groupes Front de gauche et Europe Ecologie les Verts, d'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire sur l'assassinat de Thomas Sankara. Cette pétition vient en appui de cette démarche.

PÉTITION POUR L’OUVERTURE D’UNE ENQUÊTE PARLEMENTAIRE DU PARLEMENT FRANÇAIS SUR LES CONDITIONS DE L’ASSASSINAT DU PRÉSIDENT THOMAS SANKARA ET DE SES COMPAGNONS (octobre 1987)

Une trentaine de députés du CNT (Conseil National de la Transition du Burkina Faso) viennent d’envoyer un courrier aux présidents de l’Assemblée nationale française et des différents groupes parlementaires français, « au nom de la coopération entre les peuples » et en particulier de la France et du Burkina, pour les « saisir aux fins d’une demande d’enquête parlementaire [ndlr - française] sur le cadre de l’assassinat de Thomas Sankara ». Un premier courrier allant dans le même sens et envoyé le 26 avril 2011 par les députés du groupe parlementaire burkinabè "Alternance - Démocratie et Justice" de l'Assemblée nationale du Burkina Faso est resté jusqu’ici sans réponse.

Par deux fois les députés du Front de Gauche et des Verts ont officiellement déposé à l’Assemblée nationale française une proposition de résolution « tendant à la création d’une commission d’enquête relative à la recherche de la vérité dans l’assassinat de Thomas Sankara »  une première fois le 10 juin 2011 (enregistré sous le N°3527 dans la législature précédente) et une seconde fois le 5 octobre 2012 sous le N°248 de l’actuelle législature. Malgré de nombreux courriers envoyés, cette proposition de résolution n’a toujours pas été mise à l’ordre du jour par les parlementaires français.

Dans la proposition de résolution on peut lire notamment :  « Il est de notre devoir de tout entreprendre pour faire éclater la vérité et la justice sur cette affaire. Nous devons, en particulier, faire la lumière sur l’hypothèse accréditant la mise en cause des services secrets français, compromis avec des militaires burkinabè ».

De nombreuses initiatives dans le monde sont organisées dans le cadre de la campagne « Justice pour Sankara - Justice pour l’Afrique » : des réunions publiques et manifestations, des conférences de presse et une première pétition qui a déjà rassemblé plus de 14.000 signatures. Ces initiatives demandent justice mais aussi l’ouverture des archives (y compris classées « secret défense ») dans les pays susceptibles d’être impliquées dans cet assassinat, dont la France.

28 ans après l’assassinat du président Thomas Sankara et quelques mois après que Blaise Compaoré ait quitté le pouvoir, le gouvernement du Burkina Faso vient enfin d’ouvrir une enquête officielle. Il est grand temps que la France joue enfin son rôle dans cette recherche de vérité.

La gestion idoine de cette affaire, très symbolique de par la popularité de Thomas Sankara et de par les actions parfois controversées voire décriées de certaines sphères françaises, serait un premier pas pour rompre avec la Françafrique, pour rompre avec ses actions déstabilisatrices et pour reconstruire des relations plus sereines et plus constructives avec le continent africain. Et en particulier avec sa jeunesse, laquelle se revendique largement des idéaux de Thomas Sankara.

C’est pourquoi nous soutenons cette demande d’enquête parlementaire et demandons que le Parlement français joue pleinement son rôle, qu'il mette sans tarder cette résolution à l’ordre du jour et qu'il accepte cette enquête parlementaire.

Réseau International "Justice pour Sankara justice pour l'Afrique"

Pour signer la pétition cliquer sur le lien https://www.change.org/p/public-et-d%C3%A9cideurs-parlementaires-ouverture-d-une-enqu%C3%AAte-parlementaire-sur-les-conditions-de-l-assassinat-de-thomas-sankara

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