Les fonds étrangers désormais accueillis à bras ouverts en Afrique

 

 
Henry Kravis cWEF-Flickr

Henry Kravis est l'un des cofondateurs du fonds américain Kohlberg Kravis Roberts & Co. © WEF/Flickr

Les patrons africains sont nombreux à s'ouvrir à des investisseurs venus d'ailleurs, qui apportent de l'argent frais mais aussi l'expertise qui fera décoller leur entreprise.

Cela pourrait être la plus grande opération de capital-investissement de l'année : le fonds américain Kohlberg Kravis Roberts (KKR) a annoncé il y a quelques semaines l'acquisition d'Afriflora, le producteur néerlandais de fleurs basé en Éthiopie. Le montant de l'opération n'a pas été dévoilé, mais certaines sources parlent de 200 millions de dollars (153 millions d'euros). Cette première incursion sur le continent de l'un des plus grands fonds au monde - KKR gère 95 milliards de dollars d'actifs ­- est le signe que le marché africain du capital-investissement gagne en maturité.

Le paysage a bien changé depuis le milieu des années 1990, quand les premiers fonds qui s'intéressaient au continent étaient le plus souvent les bras financiers des principaux donateurs, comme le français Proparco ou l'agence de développement britannique Commonwealth Development Corporation (CDC). La multiplication de fonds nationaux et régionaux, et le fait que les entreprises sont de plus en plus disposées à ouvrir leur capital à des investisseurs extérieurs, ont changé la donne. L'arrivée récente de poids lourds - les américains Carlyle, KKR et Blackstone et le français Wendel - vient confirmer cette tendance.

"Les patrons africains ont compris qu'ils ne peuvent pas tout financer en empruntant auprès des banques" 
Serge Thiémélé, associé au cabinet Ernst & Young en Côte d'Ivoire

Avantages

"Malgré le niveau élevé de liquidités dont disposent les établissements bancaires locaux, les entreprises africaines manquent souvent de moyens pour financer leur développement. C'est la raison pour laquelle elles se tournent vers les fonds de capital-investissement", explique Serge Thiémélé, associé au cabinet Ernst & Young en Côte d'Ivoire. "Les patrons ont compris qu'ils ne peuvent pas tout financer en empruntant auprès des banques. D'autant que, si leurs fonds propres sont limités, leurs possibilités d'endettement le seront aussi", avance-t-il.

Pourtant, certains hommes d'affaires africains rechignent encore à recourir à ce type de montage financier. C'est le cas notamment des créateurs d'entreprise, qui craignent de perdre le contrôle de leur société. Céder une partie du capital - même en échange de trésorerie - est une tendance relativement nouvelle. Mais certains entrepreneurs commencent à y voir des avantages.

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"Je préfère posséder 30 % d'un grand groupe que 90 % d'une petite entreprise", affirme Mossadeck Bally, le fondateur d'Azalaï - l'une des rares chaînes hôtelières détenues par un Africain, et qui est présente dans cinq pays d'Afrique de l'Ouest. Ce Malien, à qui l'on doit la rénovation de l'Azalaï Hôtel Salam à Bamako, est un ardent défenseur du capital-investissement. Par deux fois, il a fait appel au fonds Cauris. "Ce qu'apporte le partenaire, ce n'est pas seulement de l'argent", explique-t-il. Et d'énumérer les autres avantages liés à ce type d'opération : contacts, aide dans la gestion, formation du personnel, élaboration d'une vision stratégique. "Cauris nous a aidés à restructurer notre groupe", conclut-il.

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Autre bon exemple de cette collaboration fructueuse : l'arrivée de Wendel au capital d'IHS - une entreprise africaine qui opère sur le marché des tours télécoms. En 2013, IHS était demandeur de prêts à court terme pour étendre son réseau de tours au Nigeria. Wendel, quant à lui, voulait investir, mais sur une plus longue durée. C'est quand l'opérateur a eu l'opportunité de s'implanter sur les marchés ivoirien et camerounais que le fonds français a accepté de s'impliquer.

"Au total, nous avons apporté 420 millions de dollars au capital d'IHS, ce qui lui a permis de lever 1 milliard de dollars supplémentaire", explique Stéphane Bacquaert, le directeur général de Wendel. "Nous avons partagé notre expérience en Afrique francophone, un marché que nous connaissons mieux que le Nigeria", ajoute-t-il. Alors qu'un investissement de court terme dans IHS pour son expansion au Nigeria aurait certainement été profitable pour Wendel, le groupe français a préféré opter pour une vision à long terme avec cette expansion régionale - ce qui a permis à l'opérateur d'entrer dans la cour des grands.

Désengagement

Lorsqu'elles courtisent ou sont courtisées par les fonds de capital-investissement, les entreprises africaines doivent cependant anticiper le moment où l'investisseur décidera de récupérer sa mise initiale et d'empocher la plus-value. "Il est important que les deux parties aient bien fixé les modalités de désengagement et les échéanciers du partenariat avant de s'associer", avertit Serge Thiémélé.

Le fait que les multi­nationales sont de plus en plus nombreuses à chercher des opportunités de développement en Afrique - et donc disposées à reprendre les parts détenues par les capital-investisseurs - peut faciliter cette transition. Ainsi, Danone a racheté le groupe laitier Fan Milk au fonds Abraaj en 2013. Une opération qu'Arif Naqvi, le directeur général d'Abraaj, a qualifiée de "plus grande transaction de capital-investissement [dans l'industrie des biens de consommation] en Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud".

D'après Nina Triantis, directrice générale chargée des télécoms à Standard Bank, ce type d'opération pourrait se multiplier dans les prochains mois, un grand nombre de contrats signés en 2005 et en 2006 approchant de leur phase de désengagement. Michelle Essomé, qui dirige African Private Equity and Venture Capital, dit avoir été surprise de constater que 200 désengagements avaient été réalisés entre 2007 et 2013 sur l'ensemble du continent, d'après les recherches menées par son association. Et concernant le retour sur investissement, "il était deux fois supérieur à celui de l'indice All Share Index de la Bourse de Johannesburg". Des chiffres qui tendent à prouver que ce type de partenariat est "gagnant-gagnant".

source : Jeune Afrique

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