Le Champ de COK
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- Publié le jeudi 22 octobre 2009 10:05
Pour le maintien du Président auto-promu, des Guinéens ont été tués.
Et même s’il a dit en être désolé en ce qui le concerne, très, très désolé,
Il faudrait sans délai entamer une procédure afin de le faire destituer
Plutôt que feindre d’espérer, demain ou après-demain, le voir évoluer.
L’histoire se passe de nos jours et je m’en vais vous la raconter telle quelle !
Ayant débuté assez festive pour finir vite dans la tragédie, elle est bien celle
De femmes, d’hommes et d’enfants qui avaient souhaité rallier le Terrain des Jeux.
Au Capitaine, Président auto-promu, ils voulaient, là-bas, rappeler le seul vrai enjeu :
Devient Président en pays libre celui-là même qui, par la majorité des citoyens, est élu
Et non avec des galons même si à une camarilla, l’heur de plaire et de complaire il a eu.
Contre les manifestants, le Capitaine n’hésite pas un instant à faire donner l’artillerie lourde
Preuve qu’il commettrait pires crimes encore si, à ses concitoyens, répugnaient ses bourdes.
Des personnes par ses soudards drogués et avinés sont aussitôt violées, volées et massacrées.
À l’aune d’une journée, ses sbires auront fait pire que ceux des anciens chefs du pays exécrés.
Et, après, comment se sent-il, pensez-vous ?
Il en est, pour solde de tout compte, désolé,
Le Capitaine, Président auto-promu, voyez-vous !
Apprenti poète, j’en suis, moi, par la colère interpellé !
Du Capitaine, Président auto-promu, je n’avais pas une idée nette.
Je ne suis pas friand des images tant prisées sur la Toile par certains,
Et, je me détourne toujours de celles à la télé exhibant les horreurs de la Planète
Aussi bien celles occasionnées par les éléments déchaînés que par leurs complices humains.
Après avoir visionné quelques extraits de son fameux Show
Tranchant mécaniquement à propos de tout et de rien, à chaud
Par sa parole décousue fustigeant, humiliant, sans s’interrompre,
Se faisant par conséquent applaudir plusieurs fois à tout rompre,
Devant l’effroi de quelque Entrepreneur jugé pas du tout scrupuleux
Ou le désarroi d’un Collaborateur à vrai dire un Serviteur peureux,
Après l’avoir vu, tel le Roi Soleil, recevoir du fond de son lit
Et brandir, peut-être à l’envers, un livre que, prétendument, il lit
Un écrit à forte probabilité de relent sectaire : \"La pensée positive\",
J’ai pris la possible mesure de son action, à tout parier, négative.
Alors, je suis révolté !
Révolté que des ambassadeurs lui aient remis des lettres de créance
Et qu’affairistes de tous bords, pour obtenir des concessions minières
Ou pour les conserver, s’abaissent à maintenir leur piètre allégeance
Au mépris des règles les plus simples de l’art et des bonnes manières.
Il dit : je suis désolé ?
Je lui réponds : je suis attristé.
Il est désolé ?
Je suis blessé.
Il est désolé ?
Je suis chagriné.
Il est désolé ?
Je suis consterné.
Il est désolé ?
Je suis déchiré.
Il est désolé ?
Je suis écœuré.
Il est désolé ?
Je suis éploré
Il est désolé ?
Je suis éprouvé.
Il est désolé ?
Je suis mortifié.
Il est désolé et même très, très désolé ?
Plus que jamais, moi, je suis navré.
Et, plus effroyables sont mes trop longues nuits blanches.
Puissent-elles me procurer beaucoup de force et de lucidité seulement
Pour pouvoir témoigner en direct des multiples horreurs du moment,
Retracer, de la généalogie des familles sacrifiées, les moindres branches,
Imaginer surtout pour les petits Guinéens des histoires à lire et à relire
Des poèmes, des contes et des légendes qui leur redonneront le sourire
Qui ne raconteront pas des flots de larmes et des torrents de sang qui coulent
Mais du miel et du lait qui, partout sauf dans les caniveaux, s’écoulent
Quand ils sont déversés par des producteurs de pays riches excédés
De ne pas voir tous leurs gains bien acquis, à leur juste hauteur, rétrocédés.
Des récits pleins de miel et du lait pour les enfants en aide à leurs mères
Avec aussi des rivières qui charrient des engrais pour fertiliser les terres !
Il est désolé ?
Je suis, au choix
Ou tout à la fois :
Accablé, affligé, bouleversé, brisé, effondré, éploré, endeuillé,
horrifié, peiné, sidéré, stupéfié !
Soit, pour chacun des joueurs de foot d’une équipe guinéenne, un état d’âme
Dû à la barbarie de la répression militaire particulière à l’égard des dames.
Mais plus que jamais je suis déterminé
Avec les seules armes qui sont les miennes, les mots,
À mettre des noms exacts sur nos petits et grands maux
À guerroyer contre toutes les brutalités faites hommes.
S’ils méritent toujours et encore qu’ainsi on les nomme,
Les monstres ayant en cette \"matrie\" dénommée la Guinée
C’est-à-dire la femme par qui eux-mêmes en principe sont nés
Violenté, humilié des femmes dans un stade plein comme un œuf
En cette date désormais triplement symbolique du 28 septembre 2009.
Il n’en est, hélas, que désolé, tout désolé, très, très, très désolé, je le sais !
C’est l’unique mesure d’empathie à sa disposition face à l’horrible nombre de décès.
