Le président Alpha Condé charge les leaders syndicaux

« Je ne suis pas content de vous »

Chassez le naturel, il revient toujours au galop, dit-on. Le président Alpha Condé est fâché contre les leaders syndicaux, qui menacent de décréter une grève générale illimitée dans tout le pays, si jamais le gouvernement ne cesse pas ses immixtions dans ses affaires internes. Lors d'une audience qu'il leur a accordée le mercredi 28 décembre.., il a traité ses hôtes, qu'il admirait autrefois, de « politiciens ». Comme dans un air de campagne ou tout au début de son mandat.

La Bourse du Travail de Boulbinet, le temple des syndicalistes,  a accueilli du beau monde, ce mercredi 28 décembre. En effet, les leaders syndicaux Amadou Diallo, Yamoudou Touré, Louis M'Bemba Soumah et Cie étaient en communion avec leur troupe pour éclairer leur lanterne sur l'évolution de la crise qui secoue le mouvement syndical depuis septembre.

La salle de réunion, poussiéreuse et obscure, a tôt été prise d'assaut par une horde de partisans. A midi, les leaders syndicaux sont entrés dans la salle, sur les airs de l'hymne et des slogans du genre : « Camarade salut ! Vive la CNTG ! Vive l'inter- centrale ! » Peu après, le bouillant syndicaliste Yamoudou Touré s'est mis à haranguer la foule. Dans un discours musclé mais clair,  il a expliqué à tous le fond la crise qui secoue la confédération nationale des travailleurs de Guinée, les tentatives infructueuses de médiation pour réconcilier les deux parties, l'ingérence du pouvoir, la position des instances syndicales internationales et le verdict du Tribunal de Travail, qui a annulé les deux scrutins :

« Le groupe de Yamoussa Touré nous appelle encore pour un autre jugement » a-t-il poursuivi.

« Voilà pourquoi nous vous appelons aujourd'hui pour vous donner des détails. Mais je vous dis qu'il n'y a pas de problème. L'équipe d'Amadou Diallo est reconnue sur le plan national, africain et international. Qu'on n'oublie pas. C'est ici que les mots « Liberté ! », « changement ! » sont partis.

Mais quand on le disait à l'époque, on ne parlait ni de peuhl, ni de malinké, ni de soussou ou de forestier. Pour toutes ces raisons, nous devons nous lever Nous sommes menacés aujourd'hui parce que l'indépendance syndicale est menacée. Aujourd'hui, nous voyons les autorités s'immiscer dans nos affaires internes. C'est pourquoi nous nous sommes élevés. Autant un gouvernement ne doit pas s'ingérer dans les affaires politiques, (sic, ndlr) autant il ne doit pas s'ingérer dans les affaires syndicales. Cela est clair et net. Malheureusement aujourd'hui, nous sommes persécutés sur le plan national. Nous venons de recevoir des assignations du ministre de la justicepour que la justice soit appliquée, pour que la liberté syndicale chèrement acquise soit respectée, pour que l'indépendance syndicale soit sauvegardée », a-t-il souligné.

« Au moment où je vous parle, c'est en votre respect que nous sommes venus vous rencontrer parce que nous sommes appelés par le chef de l'État maintenant. Toute affaire cessante, il doit recevoir tous les signataires de la première déclaration et des autres déclarations. Mais qu'à cela ne tienne, nous vous rappelons le maintien du contenu de toutes nos trois déclarations. Nous allons respectueusement répondre à l'appel de Mr le Président de la République pour l'écouter. Dès après l'audience, nous viendrons vous faire le compte- rendu. Ce que nous allons décider, après cette rencontre, nous le déciderons ensemble », a-t-il dit.

A leur retour du Palais Sékoutoureya, Amadou Diallo s'est confié à notre rédaction. « Effectivement, nous avons été reçus par M. le Président de la République au Palais Sékoutoureya. De façon globale, nous avons parlé de la crise qui mine la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG). Le climat social étant un peu dégradé, le président de la République a dit en toute honnêteté qu'il n'est pas content de nous parce qu'il dit que nous sommes en train de sortir des déclarations qui ont tendance à compliquer la tâche pour son gouvernement. Comme quoi, il est en train de s'immiscer dans les affaires syndicales, alors qu'il dit qu'il est loin de cela. Il nous a même traités de politiciens et nous a taxés d'opposants. Il dit qu'il y a un pacte de partenariat et de bonne collaboration qui nous lie au gouvernement, cela s'est terminé désormais », a-t-il narré.

« Franchement, toutes les centrales syndicales à l'unanimité ont rejeté cette déclaration. On lui a dit, Mr le Président, nous ne sommes pas des politiciens, mais des syndicalistes. Et mieux, on lui a dit que nous sommes des partenaires, que nous ne sommes pas des opposants et que nous ne saurions l'être. On a dit que nous ne ressemblons pas à des politiciens. On l'a mis en confiance. En réponse, il a promis de nous rencontrer ultérieurement, quand son calendrier le permettra », a expliqué Amadou Diallo.

« La fermeture de la Bourse du Travail aura une conséquence dangereuse. N'importe quelle juridiction du pays qui se hasarderait à fermer la Bourse du Travail, le temple des travailleurs, tous les travailleurs du pays se feront entendre. Et nous irons en grève. C'est indéniable », a-t-il prévenu. S'agissant de la convocation de son équipe, Amadou Diallo promet de s'y rendre. « Nous sommes appelés à la Cour d'Appel de Conakry. Nous sommes des citoyens. Nous répondrons à l'appel de la justice », a-t-il conclu.

BAH Abdoulaye

                               

 

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