Après la mise au point des Affaires étrangères
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le mercredi 23 mai 2012 01:55
- Publié le mercredi 23 mai 2012 01:44
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum
L'Observateur persiste et signe
C'est avec plaisir que notre Rédaction a reçu et lu la pathétique mise au point du département des Affaires étrangères tendant à défendre l'indéfendable. Sans vouloir perdre le temps autour des polémiques inutiles susceptibles d'enfouir le vrai débat ou de le reléguer au second plan, admettez simplement que nous n'avons, en matière de déontologie, de leçons à recevoir de personne surtout pas d'un département qui peine à relancer la diplomatie guinéenne, incapable de traduire dans les actes l'offensive diplomatique voulue par le nouveau président Alpha Condé, par la régularisation de nos arriérés au niveau des instances internationales. Et pour nous, c'est cela le débat de fond, et non une obstination à soutenir X ou Y ambassadeur rappelé, quoi que ces derniers aient des droits que les autorités du département des affaires étrangères sont tenus de respecter. Pour nous, c'est le recul de la Guinée sur la scène internationale et les effets négatifs de cette situation sur le développement du pays qui constituent les éléments de préoccupation nationale. Et tant que les choses resteront en l'état, les lecteurs, les Guinéens peuvent compter sur notre rédaction toujours disposée à interpeller les autorités des Affaires étrangères, à les mettre sur la sellette, à exposer sous les feux de projecteurs les principaux responsables de cette dégradation diplomatique guinéenne. C'est ce souci qui guide notre journaliste, Mouctar Diallo, dont le professionnalisme, la clarté et l'objectivité sont reconnus et salués chaque lundi par des milliers des lecteurs de notre journal. Nous n'insisterons pas outre mesure sur les qualités de ce brillant journaliste, car nous ne revendiquons pas l'insolente prétention que vous avez de vouloir faire passer le secrétaire général (Aly Diané, mais que vous vous abstenez de nommer) pour ''le saint des saints''. Et, cette hésitation ou refus de nommer explicitement Aly Diané (le secrétaire général) alors que vous vous débattez à le faire couvrir de fleurs, prouve un manque de conviction et de courage évidents dans le délicat et ardu exercice dont-on vous a chargé de laver l'honneur d'un supérieur accusé, à tors ou à raison, d'être au cœur de ''réseaux mafieux d'enrichissement au sein du ministère des affaires étrangères'', de harcèlements téléphoniques nocturnes par bon nombre d'ambassadeurs rappelés. Alors vérifiez et rassurez-vous d'abord que les roses destinées à M. Aly Diané sont sans épines. Nous n'incriminons personne, mais nous trouvons impensable que certaines pratiques puissent prospérer dans nos ambassades quand le secrétaire général, Aly Diané est un diplomate de carrière.
Et comme au Brésil, où des preuves irréfutables attestent que l'ancien ambassadeur, M. Fodé Touré à débourser plus de 30.000 USD pour régulariser les retards de soldes du personnel local, et où l'ancien chargé d'affaires Kèlètigui Fama Touré, sous le poids des réclamations de l'ancien ambassadeur Fodé Touré, a avoué « je ne peux rien, j'ai renvoyé l'argent à Conakry », nous persistons et signons sur l'existence du réseau d'enrichissement mafieux. Mais, la vérité voudrait qu'on reconnaisse que cette mafia est circonscrite à un réseau que nous nous attèlerons dans les prochains jours à démanteler sur la base de documents matériels incontestables.
En attendant, et pour être juste, nous accueillons comme une bonne nouvelle pour les ambassadeurs rappelés le fait que ''les sommes dues ont été totalement perçues en monnaie locale, équivalent à leur traitement en devises à l'extérieur.'' Cependant, on pourrait bien se demander après combien de temps et à quel prix ?
Alors que le secrétaire général qui -soit précisé en passant - a été ambassadeur de Guinée au Canada est couvert de toutes les vertus, les diplomates rappelés sont jetés au pilori, accablés de tous les péchés et crimes. Nous vous laissons assumer la responsabilité des accusations imprécises et allusives que vous lancez contre des personnes dont vous seul êtes en mesure d'identifier. Et si vous avez des preuves de malversations, de vols ou de détournements contre un ambassadeur rappelé ou en fonction, il vous appartient au niveau du département de le traduire et de le poursuivre devant les tribunaux et non de proférer des menaces par voie de presse. Une pareille démarche ressemble plutôt à du chantage frisant une réelle incompétence et irresponsabilité, prouvant une fois de plus la justesse de notre ligne rédactionnelle dont l'unique but est la qualification de la diplomatie guinéenne. Donc, vous avez toute la latitude de poursuivre quiconque d'entre eux s'était ou se livre à des malversations.
Et vous pouvez, dans ce cas, compter d'ores et déjà sur le soutien sans faille de L'Observateur à défendre les valeurs, à lutter contre l'impunité. Notre problème pour l'heure est bel et bien la place et le niveau de notre diplomatie sur la scène internationale. Que vaut-elle aujourd'hui par rapport à hier ? Quel est le bond réalisé depuis son arrivée par le président Alpha Condé ? Que font les nouvelles autorités des affaires étrangères pour dynamiser la diplomatie guinéenne ? Est-il normal que les présidents Alhassane Ouattara de Côte d'Ivoire, Macky Sall du Sénégal, Mamadou Issoufou du Niger (pour ne parler que des nouveaux chefs d'état élus) obtiennent respectivement plus de 400 millions d'euros, 150 millions d'euros et 80 millions d'euros en France contre 5 millions d'euros seulement pour le président Alpha Condé ? Est-ce une fatalité si ces mêmes pays ont pu signer le programme indicatif du 10e FED avec l'Union Européenne (2008 - 2013) et commencer à décaisser les fonds qui leur sont alloués (entre le double et le triple des 250 millions affectés à notre pays), alors que la Guinée (à moins d'un an de la fin de l'échéance) traine encore les pieds et risque de perdre les 250 millions d'euros accordés ? Pourquoi tous ces pays bénéficient des enveloppes, et au niveau de tous les partenaires bi et multilatéraux, plus importantes que la Guinée ? Ce sont ces questions et d'autres dans le même ordre qui exigent des réflexions sur des propositions de solutions, l'utilisation des diplomates qualifiés, chevronnés et compétents par le département des affaires étrangères qui intéressent les Guinéens et qui trouvent leur échos dans nos colonnes. Et non la préoccupation actuelle du département à chercher à installer des chargés d'affaires où on peut encore, rien que pour gérer le quatrième trimestre conformément aux instructions clairement exprimées dans une note circulaire du département et adressée aux ambassades où le président de la République n'a pas encore nommé de nouveaux ambassadeurs. Et si des ambassadeurs sont effectivement nommés dans plus de 20 pays, le mérite (si mérite y en a) revient uniquement au seul président de la République, contrairement à votre subtile mais visible stratégie de vouloir revendiquer ces nominations à ''New York, Washington, Paris, Brasilia, Berlin, Malabo, Pékin, Moscou, Tokyo, Kuala Lumpur, Pretoria, Abuja, Addis-Abeba, Dakar, Ankara, Bissau, Genève, Monrovia, Luanda, Abu Dhabi, Bruxelles et à Riyad'', dans le but de masquer votre attachement au système des chargés d'affaires et à l'affairisme qui s'y attache. C'est d'autant vrai que des chargés d'affaires, conformément à la note circulaire ministérielle, avaient été d'abord nommés dans de nombreuses capitales comme à Brasilia, Malabo, Moscou, Bruxelles etc. avant que de nouveaux ambassadeurs ne soient nommés par le président de la République dans ces pays. Pour contraindre les ambassadeurs de quitter au profit des chargés d'affaires triés sur le volet, on a même poussé la bassesse diplomatique jusqu'à écrire aux ministères des affaires étrangères de ces pays pour désavouer le représentant de son pays. C'est honteux. D'ailleurs, en Belgique où le nouvel ambassadeur n'a pas encore pris fonction, votre argumentaire qui veut que '' pour suppléer à l'absence d'ambassadeur, c'est le diplomate au rang le plus élevé et le plus ancien dans le grade qui assume temporairement cette fonction'' est battu en brèche et violé par le choix qui a été porté sur le chronique abstentionniste Amir Sampil au détriment du premier conseiller politique, Mohamed Camara, plus gradé et toujours présent. C'est une preuve de partialité et d'affairisme. Il est réjouissant de savoir que cinq (5) autres ambassadeurs désignés sont dans l'attente de leurs agréments. Mais, pourquoi n'avoir pas attendu dans chaque cas qu'un nouvel ambassadeur soit nommé avant de faire revenir l'ancien ? Pourquoi se cacher derrière un décret pris dans une période exceptionnelle par un président illégal non reconnu par la communauté internationale, dans l'impossibilité de nommer un ambassadeur, pour justifier ou masquer ses actes ?
Il est absolument scandaleux et honteux pour une autorité de la taille du ministère des affaires étrangères d'affirmer que ''les adieux aux autorités des pays où les ambassadeurs étaient en poste n'est qu'une pratique facultative, non consacrée''. C'est la preuve de l'aveuglement affairiste et le comble de l'incompétence que d'oser proclamer qu'un ambassadeur qui présente solennellement sa lettre de créance à un chef d'état au nom de son homologue guinéen doit quitter sur la pointe des pieds le pays où il a été nommé pour représenter sa nation et son président de la République.
Une fois encore, il est important d'insister sur le fait que nous sommes lucides ici à L'Observateur pour éviter la confusion des genres, ou de défendre une chose et son contraire. Et à ce titre, nous sommes pertinents et cohérents quand nous soutenons le principe de garder la résidence de Guinée à Londres comme partout ailleurs où la Guinée dispose d'une représentation diplomatique (pour ne pas créer de difficultés de logement au futur ambassadeur) en nous opposant à la démarche d'un chargé d'affaires de vouloir résilier le contrat et de continuer à percevoir les frais de location du trésor public pour les utiliser à d'autres fins. Donc ressaisissez-vous Monsieur le rédacteur de la mise au point du ministère des Affaires étrangère, car le ridicule et la naïveté que vous proférez avec désinvolture ne sont pas du côté que vous fixez.
En vérité, nous persistons et signons, votre méthode consiste à installer, (si le président de la République ne vous devance pas par une nomination d'ambassadeur), un chargé d'affaires serviable et corvéable dès que les crédits sont disponibles pour une représentation diplomatique. C'est ce système mafieux que nous combattons et continuerons de combattre pour le rayonnement d'une diplomatie crédible, efficace et productive. Ce combat, nous le mènerons contre vents et marrées. Récit à suivre
La Rédaction
