Pharmacies par terre : un danger pour la santé publique
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le lundi 3 septembre 2012 19:37
- Publié le lundi 3 septembre 2012 19:37
- Écrit par Saïdou Nour Bokoum

Depuis quelques années, le phénomène de contrefaçon des médicaments est devenu récurent dans le secteur de la santé. La situation préoccupe plus d’un Guinéen. De l’avis de bien d’observateurs, ce phénomène est un problème de santé publique. « Le problème de la contrebande des médicaments est une menace sérieuse pour la santé publique. Le phénomène n’est pas guinéen seulement, dans la sous région ouest africaine depuis quelques années, on s’est vu menacé sérieusement par l’introduction frauduleuse des médicaments qui ne répondent pas aux normes. Ces porteurs terrestres, aériens et maritimes modifient parfois les doses ou bien les molécules indiquées ne sont pas vraies ou encore c’est les noms qu’on falsifie carrément ; par exemple au lieu de dire Zintel, ils disent Zintell », dit Dr Mohamed Kerfalla Camara, membre de ONPG (Ordre national des pharmaciens de Guinée). Il est difficile pour le consommateur de reconnaître un produit contrefait, pourtant les risques sont nombreux nous a expliqué un spécialiste.
« Il y a d’abord les risques d’ordre sanitaire, les intoxications aigues et chroniques. Les risques d’échecs thérapeutiques, ce pourquoi vous avez pris le médicament n’est pas traité, il peut y avoir une intoxication quand le dosage n’est pas normal ou quand le médicament indiqué n’est pas celui qui est dedans. Il y a aussi des conséquences économiques, les patients vont dépenser de l’argent pour rien. Nous recevons régulièrement des patients dans l’exercice de notre métier d’officine qui viennent avec des emballages des médicaments qu’ils disent qu’ils avoir achetés au marché, mais quand leur malade les absorbe, la situation s’est s’aggrave. Très souvent quand ils vont à l’hôpital, les médecins leur recommandent de venir à la pharmacie. C’est en ce moment qu’ils viennent ici en colère prendre le bon médicament. Cela nous arrive souvent mais pas des médicaments issus des pharmacies d’officines mais ceux des marchés de la rue », poursuit Dr. Camara.
Depuis dix ans, l’ordre national des pharmaciens de Guinée a intégré dans sa stratégie de communication et de sensibilisation, un volet d’identification et de reconnaissance des médicaments contrefaits. C’est très difficile pour un citoyen lambda de faire la différence entre un vrai médicament et un faux.
« J’avoue que nous somme confrontés à ce problème qui nous pénalise, car malheureusement nous les pharmaciens privés nous achetons au prix fort les médicaments à des sociétés grossistes agrées. Nous somme à l’abri de ce phénomène mais ceux qui sont sur le marché noir ne peuvent dire qu’ils ne touchent pas à ces médicaments contrefaits et d’ailleurs ce sont des médicaments issus de la contrebande », conclut Dr. Mohamed Kerfalla Camara.
Dr. Léno Youssouf, pharmacien à Dixinn, ajoute : « Nous nous approvisionnons à partir des fournisseurs privés de la place. On voit des médicaments contrefaits sur le marché, mais nous n’en prenons pas. Parce qu’en tant que professionnel, une simple observation suffit pour dire que ce sont des médicaments contrefaits. La question de cherté des prix à la pharmacie et alors qu’ils sont à prix abordable au marché, est un faux débat. Le médicament coûte moins cher en Guinée comparativement à d’autres pays. La santé n’a pas de prix ».
Mme. Diallo Mariam, cliente, rencontrée chez un étalagiste de médicament à Madina, affirme que parfois elle rencontre des produits contrefaits ou périmés. « J’ai rencontré une fois un produit périmé, je suis revenue chez le vendeur, il a changé. Quand on nous prescrit une ordonnance, le plus souvent on ne trouve pas tous les produits à la pharmacie de l’hôpital. Des fois aussi, c’est cher. On vient à Madina parce que ce qu’on trouve les mêmes produits qu’à la pharmacie ».
M Souleymane Sow, vendeur de médicament à Madina, affirme que « depuis dix ans je suis dans ce petit commerce où je gagne ma vie. Je prends avec les semi grossistes, mais je n’ai jamais eu de problème avec mes clients concernant le phénomène de contrefaçon. Donc je suppose que mes produits sont de qualité » dit-il dit. Et pas un seul mot de plus. Certains vendeurs n’ont pas voulu répondre aux questions car disent-ils, c’est une activité illicite qu’ils effectuent.
Selon Dr. Moussa Konaté, directeur national de la pharmacie centrale de Guinée, le système de contrôle de qualité est de tel sorte que dès que les médicaments viennent, on les met en quarantaine pour contrôler leur qualité :
« S’il y a doute, soit on les détruit ou on les retourne chez le fournisseur. Depuis l’année dernière, nous n’avons pas rencontré une livraison dans laquelle nous avons constaté des médicaments qui n’étaient pas dans les normes. Le responsable du service assurance qualité peut en témoigner ».
Du côté du service assurance qualité, Dr. Abdoulaye Tangaly Diallo précise que le système d’assurance qualité n’est pas seulement le médicament en soi, mais c’est toute une procédure qui est mise en place depuis la sélection même du fournisseur, sa crédibilité jusqu’au niveau de l’utilisateur :
« C’est un processus et s’il est respecté, il est exclu qu’on mette des médicaments contrefaits sur le marché. Donc fort de toutes ces dispositions et de ces préalables cela va de soi que nous sommes certains que la qualité y est. Pour le moment même si on en trouve, c’est géré à l’interne au niveau du service et le feedback, c’est entre le laboratoire et le fournisseur. Cela n’arrive pas au niveau des utilisateurs ».
La pharmacie centrale se bat pour lutter contre le marché parallèle. Car 80% des médicaments sur le marchés noir sont contrefaits estime Dr. Konaté. On ne saurait dire l’origine, on n’en sait rien en Guinée. La lutte contre le marché parallèle des médicaments passe nécessairement par la revalorisation de la Pharmacie centrale déclare, Dr. Konaté qui ajoute que son département doit être revalorisé pour faciliter la lutte contre la contrebande. Depuis 2011 la pharmacie centrale n’a pas de subvention. Elle aurait perdu son capital. Dr. Konaté dit avoir hérité une dette de 25 milliards de francs guinéens.
Selon lui, l’Etat a créé une entreprise qui fait une gestion autonome et distribue des médicaments de qualité à des coûts abordables à la population, mais l’Etat ne met pas les moyens à la disposition de l’entreprise. D’où le manque de médicament dans les structures sanitaires :
« Il faut appliquer les textes de lois. Malheureusement nous on ne le fait pas, alors que d’autres viennent s’inspirer de nos textes et ça marche pour eux », conclut-il.
Pour Dr. Leno, l’Etat doit prendre ses responsabilités pour bannir les « pharmacies par terre. Nous nous avons joué notre rôle, qui était de diminuer les prix et la marge qui nous revient. Cela constitue une difficulté majeure. Les pharmaciens ont étudié la pharmacie pour servir les populations, mais nous avons beaux sensibiliser, ils ne vont pas comprendre. Il faut que la population comprenne que les médicaments sont dans les mains des professionnels que sont les pharmaciens. Parce que là au moins il y’a une garantie et surtout que nous nous respectons les normes de conservation ».
Dr. Camara de l’Ordre national des pharmaciens rappelle que la grande loi sur la pharmacie guinéenne est celle qui accorde le monopole aux pharmacies :
« Elle dit que nul ne doit toucher aux médicaments s’il n’est détenteur d’un diplôme de formation et cela sous-entend celui qu’il a fait des années d’études pharmaceutiques », rappelle-t-il. Pour lui, cette loi est menacée parce que les pharmaciens n’ont pas l’exclusivité de la commercialisation, de la production, de la détention et de la délivrance de médicaments.
Asmaou
