COTE D’IVOIRE : Comment Ouattara a marabouté Hollande
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le samedi 26 juillet 2014 05:01
- Publié le jeudi 24 juillet 2014 20:43
- Écrit par Afrique 2050
Au plus bas dans les sondages en France, François Hollande a vécu vingt-quatre heures de lévitation politique à Abidjan, le 17 juillet. Immuabilité de la relation franco-africaine, cette première visite d'Etat depuis celle de Jacques Chirac en 1995 a paru gommer des années de tensions bilatérales. Elle a surtout permis à Alassane Ouattara de montrer toute l’amplitude d'une symbiose parfaite avec Paris grâce à un invité totalement acquis à sa cause. Reportage.
Proximité. Tutoiement de mise et assaut d’amabilité : François Hollande a marché sur les pas de ses prédécesseurs en Côte d’Ivoire durant une journée d'un intense cérémonial. Dès son arrivée, l’exécutif ivoirien attendait le "grand chef blanc" au grand complet, quelques heures avant que ce dernier n'entame une visite de la lagune Ebrié. De retour sur la terre ferme, le président français a été convaincu par le ministre ivoirien des transports, Patrick Achi, de prendre un bain de foule. Il ne s'est pas fait prier. Et peu importe si les pêcheurs de la lagune avaient été rendus furieux par l’interdiction d’emprunter les eaux boueuses durant cette visite. François Hollande, qui a progressivement bâti sa politique africaine autour de l’intervention Serval, s'est trouvé sur la même longueur d'onde que son homologue ivoirien. Sous le charme, il n'a cessé d'axer ses interventions sur le rôle de catalyseur tenu par Alassane Ouattara, patron sortant de la Cedeao, pour impliquer ses pairs africains dans cette opération jugée "exemplaire". "Vous nous avez sauvés", lui a répondu le libéral président ivoirien que la conseillère Afrique de l'Elysée, Hélène Le Gal, n'hésite d'ailleurs plus à embrasser ostensiblement. Magie de l'Afrique
Médiations. L’économie a dominé cette journée. Malmené par la concurrence, Paris reste nostalgique du "miracle ivoirien". Alors que Félix Houphouët-Boigny répondait sans hésiter aux sollicitations des opérateurs français, il faut désormais à ces derniers une force de négociation pour affronter un environnement complexe. Et ce d’autant plus que "l’émergence" du pays prédit pour 2020 n’est qu’un doux mirage. Ces difficultés ont incité Hollande à être très attentif aux revendications des milieux d’affaires, n'hésitant pas à prendre des notes lors d’une réunion avec les patrons l’ayant accompagné (Pizzorno, SNCF, Airbus Helicopters, Sanofi…). Autre médiation : celle avec un Pascal Affi Nguessan tout penaud mais convaincu d'avance, à qui François Hollande a rappelé la nécessité de faire revenir le FPI dans le jeu politique. Un message d’autant plus aisé que le parti de Laurent Gbagbo, exsangue financièrement, n'a guère d'autres options. ADO ramait depuis des mois pour ajouter une dose de pluralisme à son régime en tentant de ramener ce parti à la raison. Il n'espérait pas tant de la médiation hollandaise… Liesse. A la résidence de France en début de soirée, François Hollande a été accueilli sous les applaudissements nourris de la communauté française. Comme si celle-ci, épuisée par une décennie de crises politico-militaires, voulait définitivement conjurer cette période. Après avoir galvanisé quelque 300 invités sous le vaste chapiteau dressé par les services de Georges Serre en raison de pluies diluviennes, François Hollande s’est prêté au jeu des selfies dans une ambiance survoltée. Bousculé par le ressac des mains tendues entre les bougainvilliers et les plateaux à petits fours, il n’a réussi à s’extirper de cette foule bigarrée qu’après quarante minutes. Souriant mais en nage. Plus tard, c’est dans la salle de réception de l’hôtel Ivoire qu'il a retrouvé ses hôtes pour le dîner officiel. Un exercice rodé. 520 invités ont eu droit à un banquet devant une affiche géante du duo Hollande-Ouattara. Assis entre le couple présidentiel ivoirien, à proximité d’Henri Konan Bédié et d’Henriette Diabaté, François Hollande a de nouveau salué la "relation historique" des deux pays dans les senteurs des "piccata de bœuf au piment d’espelette" et des "grenadins de veau à la bourgeoise". En 2004, plus d'une cinquantaine d'Ivoiriens perdaient la vie devant ce même hôtel face aux tirs de l’armée française. La page semble avoir été tournée.
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