Evénements de Womèi : qui donc a le gène de la barbarie ?

Les événements de Woméi ont servi d’exutoire à un certain nombre de nos compatriotes pour étaler, qui son ample inculture, qui sa profonde haine et son mépris séculier à l’endroit des nombreuses communautés ethnolinguistiques qui peuplent le sud du pays Beaucoup n’y sont pas allés avec le dos de la cuiller. Ils se sont disputé les propos les plus malveillants mais aussi les plus ineptes pour décrire ce qu’ils croient être le psychique du Forestier barbare et sauvage. L’un deux, héraut d’un Parti politique et coutumier du langage revêche, s’et même hasardé à éructer :

« Le Forestier a la sauvagerie et la barbarie  dans le gène ».

C’est le comble. Convenons-en. Un jugement de valeur aussi pérentoire ne peut reposer que sur l’ignorance ou la mauvaise foi. Il faut d’abord lever cette équivoque sémantique qui confond subrepticement Forestier et ethnie. Sans doute, pour des raisons de commodité administrative doublée d’une évidente paresse d’esprit, le colon français avait regroupé sous le même vocable les différentes ethnies du sud du pays couvert, à l’époque, par une abondante et luxuriante végétation. Ainsi, par analogie avec les termes Malinké, Peul et Soussou, l’habitude a fini par assimiler le substantif « Forestier » à une communauté ethnolinguistique monolithique. Ce qui ne reflète pas la réalité. S’agissant des violences meurtrières qui endeuillent la Guinée Forestière, en particulier la Préfecture de N’Zérékoré, depuis deux décennies, elles ne naissent pas des pulsions de barbarie et de sauvagerie des Hommes. Loin s’en faut.Tout au long de l’histoire de l’humanité, des groupes d’hommes appartenant à des races aussi diverses que les Blancs, les Jaunes, les Noirs, les Rouges, ont commis des actes aussi répréhensibles que ceux de Womèi sans que personne n’évoque la barbarie congénitale de leur communauté. Ceux qui l’ont fait comme les Blancs à l’endroit des Noirs ont été traités de racistes. Sous le Troisième Reich, les Hitler et Goebbels ont trucidé des millions de Juifs dans les fours crématoires ; beaucoup de Soviets sont morts dans le Goulag, expédiés là pour purger des peines liées à des délits d’opinion ; en Guinée même, sous la révolution, des gens ont assassiné par fusillade, pendaison ou diète noire ceux qui ne pensaient pas comme eux.

Allons donc !

Qui accuse aujourd’hui l’ensemble de leur communauté d’avoir dans son gène de la barbarie ? Personne n’a l’intelligence aussi rabougrie pour traiter la complexe question de gêne avec autant de légèreté. La violence récurrente en Guinée Forestière a des causes profondes et immédiates qui varient en fonction de la nature des conflits. La nature des derniers événements de Womèi est bien différente de celle des affrontements intercommunautaires qui secouent régulièrement l’agglomération de N’Zérékoré. Il est impérieux pour les pouvoirs publics d’identifier les causes exactes des conflits afin d’y apporter les vraies solutions et de créer les conditions d’un retour à des relations sociales et intercommunautaires conviviales durables. Le sens de la justice doit prévaloir dans le traitement des événements de Womèi. Il ne faut punir que ceux qui le méritent y compris ceux dont les maladresses et/ou les abus d’autorité ont conduit à cette situation déplorable. Nombreuses et lourdes sont les frustrations qui se sont empilées dans le subconscient de certaines populations de la Guinée Forestièreet qui constituent à présent le substrat de l’irascibilité des populations et de l’environnement délétère qui y prévaut.

 

                                                                                                                             Kayoko Doré

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir