Ebola : le monde dans tous ses états !

 

Un étudiant en soins infirmiers répète les procédures de protection individuelle à Farmers Branch, dans le Texas, le 14 octobre, lors d’une session de formation mise en place après la crise d’Ebola.

Un deuxième cas de contamination sur le sol américain par Ebola d’une soignante a été diagnostiqué aux Etats-Unis, mercredi 15 octobre. Il s’agit d’une infirmière de l’hôpital de Dallas (Texas) qui avait pris en charge Thomas Duncan, un malade libérien mort le 8 octobre. Ce nouveau cas révèle une série de défaillances dans la gestion américaine du virus.

Le président américain a dû bouleverser son agenda, annulant deux déplacements liés à la campagne des élections de mi-mandat, mercredi 15 et jeudi 16 octobre, pour suivre de près ce dossier dont ses adversaires républicains commencent à s’emparer. Barack Obama a aussi provoqué, mercredi, une vidéoconférence avec le président François Hollande, la chancelière allemande, Angela Merkel, et les chefs de gouvernement britannique et italien, David Cameron et Matteo Renzi, leur demandant de faire un effort plus important dans la lutte contre le virus Ebola qui a tué près de 4 500 personnes en Afrique de l’Ouest, selon un dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

ACCUMULATION DE FAUX PAS

Aux Etats-Unis, les faux pas se sont accumulés. Le 25 septembre, Thomas Duncan s’était présenté dans un hôpital de Dallas pour se plaindre de fièvre et de maux de ventre, précisant qu’il venait du Liberia. L’hôpital l’avait alors renvoyé chez lui, pour finalement l’accueillir trois jours plus tard dans un état critique. Cette absence de confinement, alors que le malade était contagieux, a révélé l’impréparation du système de santé américain. Depuis, deux infirmières ont été contaminées. L’une d’entre elles n’a pas été dissuadée de voyager alors qu’elle avait signalé son état fiévreux aux Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). Thomas Frieden, le directeur du CDC, a reconnu mercredi qu’elle n’aurait pas dû effectuer un aller-retour par avion à Cleveland, les 10 et 13 octobre. Elle a effectué le vol retour en compagnie de 132 passagers que les autorités américaines cherchent à contacter.

« Ce que nous avons tous appris ces dernières semaines, c’est que des gens ainsi que des hôpitaux et des cliniques non spécialisés n’ont pas beaucoup d’expérience dans le traitement de ces sujets », a convenu M.Obama mercredi, au terme d’une réunion de crise. Il a fait passer le même jour un message d’urgence aux responsables européens.

Au cours de l’échange souhaité par M. Obama, M. Hollande a plaidé pour l’augmentation des moyens financiers consacrés à la lutte contre le virus, le renforcement des effectifs médicaux et paramédicaux dans les pays déjà touchés par l’épidémie, et celui des moyens d’évacuation. Mme Merkel a fait part de son intention de mettre des avions rapidement à disposition des équipes médicales européennes opérant dans les pays africains touchés par le virus. « De plus en plus de pays s’engagent, mais il faut maintenant faire très vite, et que les centres de traitement en construction soient pourvus de personnels formés », estime Tarik Jasarevic, porte-parole de l’OMS.

« URGENCE D’UNE COORDINATION »

De leur côté, les ministres de la santé européens et des experts devaient se réunir, jeudi à Bruxelles, pour débattre notamment de la nécessité d’imposer des contrôles systématiques à l’arrivée dans les aéroports, comme l’ont déjà décidé, à des degrés variables, la France, le Royaume-Uni et la République tchèque, imitant l’exemple de certains aéroports américains et canadiens. En France, ces contrôles doivent débuter à l’aéroport de Roissy dès vendredi matin. Certains Etats restent dubitatifs compte tenu de la période d’incubation de vingt-et-un jours du virus et la Commission européenne privilégie la nécessité « absolument essentielle » de contrôles stricts au départ des pays africains concernés au premier chef. Le Conseil international des aéroports européens, qui représente 450 aéroports de 44 pays, insiste sur « l’urgence d’une coordination » pour éviter « un patchwork de mesures aux implications négatives ». De son côté, l’OMS rappelle que les contrôles dans les aéroports d’arrivée ne font pas partie des préconisations et qu’il faut éviter toute mesure limitant les voyages.

La Commission européenne joue quant à elle la prudence afin d’éviter toute panique. Elle souligne que le plus important est de délivrer une information précise aux personnes en provenance des pays touchés pour réagir plus efficacement au virus. Chaque gouvernement reste libre de fixer ses propres règles, mais « elles ne seront vraiment efficaces que si elles s’appliquent de manière coordonnée », a indiqué, dans une récente lettre aux ministres des Vingt-Huit, le commissaire européen à la santé Tonio Borg.

La réunion de jeudi n’est pas la première tentative européenne pour coordonner la riposte face à Ebola. Mais l’apparition de cas en Espagne et en Allemagne changent la donne. « Nous sommes bien forcés de constater que, dans de nombreux Etats membres, nous sommes au degré zéro en matière d’information, de formation des personnels concernés ou de création des installations médicales adéquates », souligne un responsable de la Commission de Bruxelles.

La perspective esquissée par l’OMS, qui juge « quasiment inévitable » que le virus contamine des pays européens, oblige les responsables de l’UE à ouvrir « un front intérieur », comme le dit l’un d’eux, alors que la politique retenue jusqu’à présent privilégiait l’endiguement de la maladie en Afrique. L’OMS craint jusqu’à plus de 10 000 cas nouveaux par semaine à la fin de l’année en Afrique de l’Ouest.

 

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