« Aujourd’hui, l’UFR est un Parti inconséquent. Il veut le beurre et l’argent du beurre », selon Sékou chérif Fadiga, porte-parole de l’UFDG (interview)
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- Catégorie : Politique
- Mis à jour le samedi 9 avril 2016 22:24
- Publié le samedi 9 avril 2016 21:50
- Écrit par Alphonse Camara
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Sékou-Chéri-Fadiga. Crédits www.nrgui.com
Guinée-Conakry nrgui.com 7/04/2016- Sékou Chérif Fadiga est le porte-parole de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, membre du Bureau Politique National. Dans cette interview avec nrgui.com, il parle du retrait de Sidya Touré et de Lansana Kouyaté de toutes les manifestations de l’opposition. Les raisons de la recomposition de la CENI et le rejet de l’UFR des démembrements de la CENI dans les préfectures. (Première parti
nrgui.com : Comment se porte l’Opposition après le retrait de Sidya Touré et de Lansana Kouyaté de toutes ses activités?
Sekou Cherif Fadiga : Il me semble que l’Opposition se porte tout à fait bien, malgré qu’un homme comme M. Lansana Kouyaté, soit en ce moment en marge de nos activités. Mais s’agissant de Sidya Touré et de son parti l’UFR, vous savez que la rupture est consommée. Parce que lui-même a déclaré depuis longtemps, qu’il se retirait de l’Opposition puisque prêt à collaborer avec le président de la république et donc avec la mouvance présidentielle. Nous en avons pris acte même, si aujourd’hui nous apprenons que ce même Parti et son chef disent qu’ils sont de l’Opposition.
Ce qui n’a aucun sens en démocratie. Donc je vous dis tout simplement que l’Opposition se porte bien. Je peux dire que Lansana Kouyaté, toujours de l’Opposition. Il n’a jamais déclaré qu’il est avec le pouvoir en place. Vous savez, aucun Parti n’a le monopole de l’opposition. L’UFDG n’a jamais prétendu qu’elle a la paternité de l’Opposition, qu’il faut être sur la même ligne qu’elle, pour être de l’Opposition.
Mais les partis de l’opposition, comme le dit clairement la loi, ce sont les partis qui se prononcent contre les actions ou les actes que pose le pouvoir en place. Dès lors que M. Lansana Kouyaté est dans cette voie-là, il est tout à fait de l’Opposition. Qu’il soit maintenant en accord avec nous ou pas, nul ne peut lui contester le droit d’appartenir à l‘Opposition. C’est ce qui n’est pas le cas de l’UFR.
M Sidya Touré a déclaré, si vous vous souvenez bien, au lendemain de sa décision, il a annoncé qu’il se retirait de l’opposition guinéenne. Avec son expression consacrée selon laquelle « le chat de l’opposition n’attrape pas de souris.. ». Donc, il a décidé librement de quitter cette opposition pour rejoindre le camp présidentiel.
La preuve, c’est un conseiller du président de la République avec rang de Haut Représentant. Son directeur de cabinet est aujourd’hui ministre de l’élevage. Que faut-il constater d’autre pour conclure qu’il est effectivement de la Mouvance ? Ce n’est pas le cas de Lansana Kouyaté qui critique sévèrement les actes que posent les décisions de M. Alpha Condé tout comme nous.
nrgui.com Avec le retrait de ces deux grands poids de l’Opposition, peut-on dire que c’est un manque de solidarité ?
Sékou chérif Fadiga : Chaque Parti est libre de décider de ce qui correspond aux intérêts singuliers de ses militants. Si Lansana Kouyaté estime aujourd’hui qu’il n’a pas d’intérêt à participer aux manifestations, ce n’est pas notre voie, mais nous le considérons comme un membre à part entière de l’Opposition. Et seul M. Sidya Touré n’a pas la qualité aujourd’hui de revendiquer quoi que ce soit de l’Opposition
nrgui.com Lansana Kouyaté a décidé de mettre fin sa participation à toutes les manifestations de l’opposition. Comment appréciez-vous cette décision ?
Sékou chérif Fadiga : C’est son droit. Son Parti n’est pas arrimé à un autre Parti. Si nous avons décidé de commun accord avec tous les autres Partis qui acceptent cette voie de faire des manifestations, chacun est libre de faire ses choix. Donc, si le Parti de M. Lansana Kouyaté décide son désaccord avec nous quant à ses choix, c’est sa liberté.
nrgui.com Qu’est-ce que vous reprochez à l’UFR par rapport à sa représentativité au sein des démembrements de la CENI à l’intérieur du pays ?
Sékou chérif Fadiga : C’est parce qu’aujourd’hui, l’UFR est un parti inconséquent. Il veut le beurre et l’argent du beurre. Quand ça l’arrange il est pour. Là où la mouvance présidentielle accepte de lui concéder des sièges dans les démembrements, il est de la Mouvance. Lorsque ça ne l’arrange pas, lorsque cette Mouvance lui refuse de lui céder le moindre siège, il vient dans le camp de l’Opposition pour réclamer les sièges qu’il prétend avoir dans les démembrements. Ce n’est pas normal.
On ne peut pas avoir un pied dans la Mouvance et un autre pied dans l’Opposition. C’est ça sa démarche aujourd’hui. Il y a des préfectures ou des sous-préfectures dans lesquelles c’est la mouvance présidentielle qui lui cède des sièges par un quota qui lui revient. Alors, il ne peut pas à la fois bénéficier des avantages de la Mouvance et réclamer quelque chose à l’Opposition. Ce n’est pas normal.
nrgui.com Est-ce pour cette que l’Opposition demande la recomposition de la CENI ?
Sékou chérif Fadiga : Mais absolument, la CENI a été fondée sur un esprit de parité et un arbitrage pour faciliter les choses. C'est-à-dire d’un côté, vous avez la mouvance présidentielle qui a un certain nombre de représentants et de l’autre côté, le même nombre de sièges pour l’Opposition. Maintenant, pour départager ces deux camps, vous avez l’administration et la société civile. Donc, il revient à l’Opposition de partager ses quotas, et c’est la même chose pour la Mouvance et ses alliés. Vous ne pouvez pas être dans un camp et aller dans l’autre pour réclamer quelque chose. Vous ne pouvez pas réclamer l’héritage de votre père et celui du père de vos cousins. Ce n’est pas possible
Lors de son Assemblée Générale, Sidya Touré a dit que l’opposition républicaine est aujourd’hui sans repère. Il l’a même qualifiée d’opposition armée. Qu’en dites-vous ?
C’est ridicule ! M. Sida Touré est resté longtemps avec nous dans l’opposition. Mais l’opposition guinéenne n’a jamais été armée en munitions. Nous sommes armées en valeurs démocratiques qui nous animent. Nous n’avons pas d’arme à feu pour engager des actes de belligérance. Ce n’est pas notre démarche.
M. Sidya sait mieux que quiconque que l’opposition guinéenne n’a pour arme que ce qu’elle a de valeur démocratique. Maintenant qu’il ait décidé de quitter, cela est son droit. Mais, vous savez qui veut abattre son chien l’accuse de la rage. Il peut aller là où il veut, mais les valeurs qui nous animent, ce ne sont pas les discours qui nous amèneront à les abandonner. Aussi nous, nous avions nos repères. Les repères, ce n’est pas lui qui les fixe.
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A suivre dans la deuxième partie de cette interview qui concerne le cas de Bah Oury et les manifestations des femmes de l’Opposition dans nos prochaines éditions.
Propos recueillis par Alphonse Camara pour nrgui.com
