Partant du principe, régulièrement vérifié, que toute personne, du bambin au plus vénérable des ancêtres, sera mue par l'irrépressible envie de tapoter tout tambour à sa portée, les six cents spectateurs à peine installés s'en donnent à cœur joie.
Un capharnaüm sonore qui enfle à l'approche de l'heure annoncée du début du spectacle. Et fait office d'ovation à l'entrée de Doug Samuel, coconcepteur, avec Philippe Fournier, du spectacle, maître de cérémonie chargé de diriger tout au long de la soirée les apprentis musiciens.
Il sépare la salle en deux, fait jouer ceux de droite, puis ceux de gauche. Main droite, un coup, main gauche, un coup. Puis deux frappes, puis une formule un peu plus complexe, pour arriver jusqu'à un roulement. Il sait que lorsqu'il fait le signe d'arrêter, il y aura forcément des retardataires – ou des rétifs à la discipline – qui continueront quelques secondes. Gros yeux, puis sourire.
PEAUX CLAQUANTES
Les peaux des instruments ne sont pas trop tendues. Ce qui étouffe un peu le son et évite des traumatismes aux articulations des phalanges. Doug Samuel et les percussionnistes qui le rejoindront sur scène jouent des modèles plus imposants, aux peaux claquantes. Ils ont aussi l'espace qui permet l'amplitude gestuelle, part importante du jeu de djembé, la tenue correcte de l'instrument, entre les jambes, la peau vers l'extérieur du corps. Ce que les sièges rapprochés ne permettent guère pour les spectateurs.
L'exercice de présentation et d'échauffement mène jusqu'à l'arrivée d'un quatuor de saxophones, des percussionnistes Adama Diarra et Fatoma Dembele, le reste de l'orchestre mené par le bassiste et arrangeur Davide Mantovani, le joueur de kora, la harpe-luth mandingue, et chanteur Seckou Keita et la chanteuse Kristel Adams. Car Do You Speak Djembe ? est aussi un concert. Le répertoire allie les percussions à des airs de musique classique (Haendel, Bizet…), se promène de chansons traditionnelles ou compositions en bambara et wolof jusqu'à des tubes estampillés musiques du monde (Yeke Yeke de Mory Kanté, Asimbonanga, composé par Johnny Clegg pour son groupe Savuka, Mas Que Nada, de Jorge Ben…), avec passages vers la pop (All by Myself, d'Eric Carmen, Black or White, de Michael Jackson et Bill Bottrell…). A l'occasion, le public est convié à accompagner les musiciens selon des indications de Doug Samuel.
De cet assemblage stylistique un peu disparate, le plus intéressant réside dans les arrangements des vents, la manière dont les percussions (djembé, balafon, conga…) s'insèrent, et plus particulièrement dans la part traditionnelle du spectacle. Ainsi, les chansons Miro et Hakko, de Seckou Keita, et les structures rythmiques issues des musiques rituelles ou liées à des événements de la vie sociale. Là, sur scène, c'est le jeu des questions-réponses instrumentales et des défis à démontrer son habileté. Celle acquise après des années de pratique, mais qui a débuté lorsqu'un maître a montré à l'élève sa première frappe.
Do You Speak Djembe ? à L'Alhambra, 21, rue Yves-Toudic, Paris 10e. Tél. : 01-40-20-40-25. Les 21, 22, 23, 29 et 30 août et 5, 6, 18, 19, 26 et 27 septembre, à 21 heures. De 29 € à 35 €. Alhambra-paris.com

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