Elhadj Mamadou Sylla Alliance avec Alpha Condé, rébellion de 2000, Dadis, Cellou, accords politiques, Lansana Conté, patronat, etc.
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- Mis à jour le samedi 29 août 2015 13:50
- Publié le samedi 29 août 2015 12:12
- Écrit par Alpha Oumar Diallo
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Elhadj Mamadou Sylla
Après plusieurs mois de suspens, le président de l’Union pour la démocratie de la Guinée (UDG), Elhadj Mamadou Sylla a pris sa décision de soutenir Alpha Condé à la présidentielle du 11 octobre. Reconduit à la tête du parti, « Sylla patronat » compte continuer à jouer son rôle dans l’échiquier politique du pays. Au cours d’une interview qu’il nous a accordée, il dit tout.
Aminata.com: pourquoi vous avez décidé de soutenir la réélection du président Alpha Condé?
Elhadj Mamadou Sylla: vous savez, c’est historique. Tout Guinéen sait que je suis un homme de parole et reconnaissant. Le Pr. Alpha Condé m’appelle petit frère, je l’appelle grand frère même quand il est devenu président. Notre relation a commencé après la mort du président Lansana Conté. En 2009, je pense qu’il devait organiser un anniversaire à Kenyen rails, c’est en ce moment qu’il m’a invité pour participer à cet évènement. C’était au temps de la junte militaire en 2009. Ce jour là il m’a invité au podium, il a soulevé ma main puis il a dit que je suis son frère, il a dit que nous sommes deux, lui et moi qui n’avons pas géré, nous ne sommes pas comptables en Guinée. Cela veut dire que c’est avant le premier tour, notre relation a continué dans les forces vives. C’est moi qui finançais les forces vives. Cette relation a continué jusqu’aux deux tours de la présidentielle. Après le premier tour il est venu me voir pour me dire que si c’était moi qui passais au deuxième tour, il allait me soutenir mais comme c’est lui qui a passé, il m’a invité à le soutenir. Quand il a été élu, le contact a continué. Trois ans après quand il y a eu les législatives, j’ai dit que je vais présenter ma liste, il [Alpha Condé] a dit non, toi et moi sommes ensemble. Il a refusé l’alliance à tout le monde sauf moi. On signé le protocole d’alliance, je devais donner dix noms pour la députation sur la liste du RPG arc-en-ciel. Après les résultats, on a eu trois députés. Vous avez vu, quand quelqu’un te fait ça, toi aussi à un moment donné tu peux toujours l’aider.
aminata : Mais après les législatives, vous vouliez être 1er vice-président de l’assemblée nationale. Finalement vous n’avez pas eu le poste?

M. S. : Vous savez dans la maison, vous pouvez vous discuter en tant que famille. C’est comme le père et son fils, le mari et sa femme. Cela ne veut pas dire qu’il y a de la méchanceté, vous pouvez aller jusqu’à divorcer. Vous savez que je suis un homme libre. J’aime ma liberté. On est aussi un parti libre, c’est pourquoi on dit ce qu’on pense. Chaque moment où il faut donner le point de vue sur la situation politique, on donne notre avis. De fois, les gens disent que je veux aller à l’opposition mais ce n’est pas ça.
aminata A un moment donné on pensait que vous vouliez rejoindre l’opposition. Pourquoi vous n’avez pas rejoint l’opposition?

M.S. Je vous ai dit, le président m’a toujours sollicité de rester avec lui. Aux législatives, il m’a choisi seul pour être son allié alors qu’il a refusé aux autres, c’est une véritable confiance. L’UDG est un parti social-démocrate, j’ai laissé les membres dire ce qu’ils pensent. C’est ça aussi la démocratie dans notre parti. Je peux proposer quelque chose et la majorité peut dire non monsieur le président.
aminata Qu’est-ce vous personnellement vous vouliez car ces derniers temps Cellou Dalein Diallo a multiplié les contacts avec vous pour tenter d’avoir votre soutien. Pourquoi il n’a pas réussi à vous convaincre?
M.S. Je suis très d’accord avec Cellou aussi. On est ami, c’est vrai. Vous avez vu pendant sa convention il m’a invité, lors de mon congrès il est aussi venu. Chacun de nous est monté dans la tribune pour parler de la qualité de l’autre. Ce qui a gêné un peu surtout ces derniers temps qui m’a mis dans une position où je dois me décider avec qui aller.
J’ai finalement décidé d’aller avec le Professeur car il y a déjà une confiance. On est parti ensemble lors des élections législatives. Aujourd’hui à l’Assemblée nationale on a trois députés c’est vrai mais on est parti ensemble sur la liste du RPG arc-en-ciel. Aujourd’hui rompre cette alliance c’est comme si je romps tout. C’est gênant.
aminata Mais même si vous quittiez l’alliance avec le RPG arc-en-ciel, vous allez toujours rester avec vos trois députés
M.S. On ne sera pas avec le groupe parlementaire du RPG arc-en-ciel. C’est un peu gênant. Vous parlez de Cellou. Il est monté à la tribune, je ne sais pas si vous étiez pas dans la salle du congrès. Il a parlé de ma qualité d’homme de parole, ... Lui-même reconnait ça en moi. Si je dis que j’enlève mes députés pour virer avec un autre, vous savez c’est un peu difficile. Je suis un homme de parole. Les gens ne vont pas comprendre cela. Ils vont dire que j’ai trahi, je suis ingrat. Il y a tout cela qui a pesé. Les gens vont dire que le président a tout fait, ils sont partis ensemble, pendant que son mandat n’est pas fini je pars avec un autre. Les gens vont dire encore que demain je vais quitter Cellou pour une autre personne. Vous savez chez nous ici, les politiciens ne sont pas stables, tout le temps ils tournent. A mon niveau, j’ai les moyens de ma vision. Le problème matériel ne va pas me détourner de ma vision car j’ai les moyens.
aminata : Vous aviez quand même multiplié des critiques à l’égard du bilan de monsieur Alpha Condé en affirmant par exemple qu’il était négatif.
M.S. J’ai toujours dit que tu ne peux pas être sur un arbre et couper sa racine. Je suis dans la mouvance présidentielle, je ne peux pas dire que tout ce qui est fait n’est pas bon.
aminata Que pensez-vous de la signature des derniers accords entre la mouvance présidentielle et l’opposition?
M.S. C’est une bonne chose, ces accords étaient longtemps attendus, peut-être que c’est venu tardivement mais c’est mieux que rien. Tout ce qui peut faire la quiétude, la paix dans le pays je vais soutenir. C’est dans la paix qu’on peut développer. Sans la paix personne ne peut penser au développement. On pense d’abord à la paix à la survie avant de penser à l’économie et aux affaires, le bien être. J’ai toujours dit que je n’ai pas intérêt qu’il y ait de problèmes car j’ai investi beaucoup en Guinée. En cas de problème je ne souhaite pas, celui qui n’a rien peut prendre sa valise ou son sac à dos mais celui qui a construit des immeubles c’est difficile. On a vu dans d’autres pays des gens qui étaient très riches tombés d’un coup, le lendemain ils n’ont rien à cause de la guerre.
aminata Quel regard portez-vous sur les différents retours manqués de Moussa Dadis Camara?
M.S. Vous savez que je suis le premier à dire que Dadis devait rentrer. J’ai été le premier à le dire. J’avais dit qu’à l’époque il n’était pas inculpé, il avait été juste entendu en tant que témoin. J’avais dit que s’il voulait venir se présenter à la justice il devait rentrer. Je ne connais pas le secret du pouvoir car avec le pouvoir même si c’est son fils, il peut ne pas avoir les mêmes visions. Je dis que quand un Guinéen veut venir chez lui c’est son droit. Vous savez que dans un pays, le chef est plus fort, il est aussi de la mêlé. Mais avec toutes les forces du président, je ne parle de notre pays, en général, il ne peut jamais dire à un citoyen de sortir de son pays. Il a tout le pouvoir sauf ça. Quand un citoyen est hors la loi, on le juge puis on le condamne et finalement on le met en prison si il est coupable.
aminata Vous réclamez son retour?
M. S. Pas de réclamation. Je dis que c’est son droit. J’ai dit que je ne connais le secret du pouvoir. Je ne sais pas. Je dis en tant que citoyen qu’il doit venir se présenter à la justice. Quand tu dis que tu veux juger quelqu’un c’est quand il est devant toi. Mais si l’intéresser n’est pas devant toi comme tu peux le juger, si on doit l’envoyer en prison comment on peut le faire? S’il n’est pas là, on peut payer de vol spécial pour l’envoyer au pays pour le juger. Mais s’il dit qu’il veut venir, en ce moment il n’y a pas de dépense à faire. S’il est coupable tu le mets en prison. S’il n’est pas coupable, il va aussi se défendre. C’est un exemple que je donne. Je crois que c’est aussi simple que ça. Je répète encore je ne connais pas le secret du pouvoir.
aminata Vous aviez promis de faire de révélation sur la rébellion de 2000. Monsieur le président, qu’est-ce qui s’est passée pendant cette période?
M. S. Je me rappelle j’avais dit que le moment venu tout Guinéen saura ce qui s’est passé réellement dans l’affaire de rébellion. C’est vrai que j’étais le fournisseur principal à l’époque pour le matériel qui a aidé l’armée guinéenne à vaincre cette rébellion. Je suis témoin de beaucoup de choses.
aminata Vous connaissez les véritables auteurs?
M. S. Le moment viendra où tout le monde saura. Vous savez que l’histoire est têtue. Les gens qui sont témoins diront ce qui s’est passé pour chaque période.
aminata Des mauvaises langues accusent le président actuel Alpha Condé d’avoir financé la rébellion de 2000.
M. S. Je ne peux pas vous dire quelque chose sur ça.
aminata Le patronat que vous dirigez a été confronté à des contestations en son sein. Comment vous avez géré cette crise?
M. S. J’ai été victime de ma bonne foie dans l’histoire de patronat avec ce qui s’est passé. D’abord j’avais de problème avec l’Etat à travers le ministre de l’emploi. Vous savez c’est la tripartie, le ministère de l’emploi, le syndicat et le patronat. Quand le ministre a voulu invité d’autres personnes par rapport à nous, je lui ai rappelé que ça ne se fait pas. Ces personnes ne sont pas connues mondialement surtout au Bureau international de travail (BIT). Je ne voulais qu’on arrive là-bas pour coincer l’Etat. Si un ministère est coincé c’est tout le pays. Je lui ai expliqué par écrit, par téléphone pour lui dire ce qui doit se passer. Je ne voulais pas qu’il y ait de sanction de la communauté internationale. Je n’ai pas été entendu. Le ministre est parti, il a fait le contrait de l’esprit de tripartite. Quand on est parti, j’ai porté plainte contre lui. Le dossier a été traité. On lui a demandé de se défendre malgré toutes les réponses qu’il a données, le BIT a dit que ce n’est pas normal ce qu’il a fait. On m’a donné raison. Là aussi j’ai eu la grande surprise, c’est l’homme que j’ai coopté pour gérer pendant le moment comme je suis occupé à autres choses. Je lui ai nommé intérimaire. A ma grande surprise, celui qui me poignardait dans le dos. Par intérim, c’est chaque fois que je ne suis pas là, il peut gérer à ma place en m’informant partout. Dès que je rentre dans le pays normalement il doit s’effacer. Les gens sont complexés, ça ne veut pas dire que tu es du gouvernement qu’on ne peut pas porter plainte contre toi. Tout le monde est justiciable dans un pays. On a vu des présidents destitués dans le monde. Il voulait faire de choses, il pensait que ça allait marcher. Le patronat que je dirige marche bien. Même hier j’étais au patronat. J’ai mis une commission au nom de tout le bureau exécutif qui est en train de préparer le congrès. On m’a dit hier qu’il y a eu plus de quinzaine de fédérations élue sur 24. Dès que toutes les fédérations seront élues, nous ferons le congrès.
aminata Que vous inspire de guéguerre qui règne après le congrès au PUP dont vous étiez membre?
M. S. C’est très malheureux ce qui se passe là-bas. Hier en venant, sur le pont 8 novembre, j’ai vu des femmes avec des pancartes qui proféraient des injures, ça criait. Il semblerait que c’est le groupe de Cheick Amadou Camara. Je pense que ce n’est pas bon pour un parti politique. Je n’ai pas appris ça dans un parti où ce genre de chose passe. Malheureusement, nous tous on était dans cette formation politique. Je regrette beaucoup ce qui se passe là-bas. Même ce matin, je parlais avec un ancien président du PUP, je lui ai dit de trouver la solution.
aminata Êtes-vous disponible pour mener une médiation entre les protagonistes?
M. S. Si on sollicite ma médiation je suis prêt. Les Guinéens me connaissent pour dire la vérité. Tout le monde me connait pour ça. Je pense que ce n’est pas bien. Il faut que les deux groupes se retrouvent pour discuter.
aminata L’un des protagonistes c’est Fodé Bangoura, vous aviez eu de souci avec lui pendant le règne du président Conté, il vous avait mis en prison en 2006. Êtes-vous en contact avec lui?
M. S. Oui je parle bien avec lui. Il est venu à mon congrès. J’ai été à son congrès. Il n’y a aucun problème entre nous. On se fréquente, on se parle.
aminata Qu’est-ce que vous retenez du Président Lansana Conté?
M. S. C’est un homme bien. Je retiens de lui d’un homme de parole. J’ai retenu deux choses chez lui. Il était un homme de parole, quand il dit quelque chose il le fait. Le second, c’est un monsieur, il est patient. Si je n’étais pas patient, beaucoup de choses se seraient passés, aujourd’hui je ne serai pas là. La patience j’ai pris ça chez lui. Il m’a dit un jour Sylla: « il ne faut pas jamais gaspiller tes balles. Il a dit quand tu vois ton venir pour t’attaquer. Tu as un fusil. Il faut le charger pour l’attendre. N’attends même pas un mètre, il faut venir jusqu’à le toucher. Quand tu tire tu vas l’atteindre. Mais Quand tu tire de loin tu risque de le rater. Si tu le rate il sera un panthère blessé, il pourrait te tuer ». C’est les deux choses que j’ai retenues de lui.
Entretien réalisé par Alpha Oumar Diallo pour Aminata.com
NB de nrgui.com : la transcription est entièrement faite par www.aminatata.com
