CHALKBOARD, L’APPLICATION D’ÉDUCATION EN LIGNE QUI SE PASSE D’INTERNET

Basée au Ghana et, depuis peu, en Côte d’Ivoire, la start-up a développé un programme d’e-learning à destination des universités consultable par textos.
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Cissé Hamed Sékou, responsable des pays francophones chez Chalkboard, présente l’application au Bénin.

Ils ont créé une application d’e-learning (éducation en ligne) en Afrique. Jusque-là, rien de nouveau… Ils ont créé une application d’e-learning en Afrique qui fonctionne sans Internet et pas obligatoirement sur un smartphone… Beaucoup plus intéressant. Sur un continent où le prix de la connexion est exorbitant par rapport au niveau de vie, les innovations qui permettent de contourner quelque peu Internet retiennent forcément l’attention. « Ils », ce sont l’équipe de Chalkboard Education (l’application porte le même nom), une start-up basée au Ghana et depuis peu présente en Côte d’Ivoire.

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« Il y aura, au bas mot, 150 millions de jeunes à former d’ici cinq ans en Afrique. Dans les conditions actuelles (infrastructures, moyens humains), c’est mission impossible. Des milliers d’entre eux resteront forcément sur le carreau. Il y a donc un besoin urgent de trouver des nouvelles façons d’éduquer, de former aux divers métiers. Et l’e-learning permet de répondre à ce besoin, explique Adrien Bouillot, créateur et cofondateur de Chalkboard. Mais, au-delà de cet aspect, l’e-learning, c’est aussi un marché annuel de 500 millions de dollars [415,5 millions d’euros] en Afrique. Notre but est donc d’avoir une activité qui impacte positivement la société et qui, bien sûr, rapporte aussi de l’argent, car nous ne croyons pas du tout à la charité sur le long terme. »

Jusqu’à 1 600 téléchargements

L’aventure Chalkboard, Adrien la commence en 2014. Il est encore étudiant en communication à Sciences Po Paris et se rend rapidement compte qu’il ne se voit pas faire carrière dans la publicité ou les relations publiques. Tout ce qui touche à l’éducation, en revanche, l’attire, lui, le fils d’une maman professeure pour enfants en difficulté. Après l’obtention de son diplôme en 2015, il s’envole pour le Ghana, pays qu’il connaît un peu déjà, pour des raisons « personnelles ». Pendant trois mois, il se renseigne sur le système éducatif ghanéen, sur les universités, discute avec les professeurs, les étudiants. Bref, il fait une véritable étude de marché. A son retour à Paris, il a déjà son idée en tête. Prochaine étape : trouver un lieu d’incubation pour faire naître le projet et le financer. Plus facile à dire, qu’à réaliser…

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« Le problème à Paris, c’est que l’on a l’impression que si l’on ne crée pas le prochain Uber [application de transport] ou Tinder [application de rencontre], cela n’intéresse personne », explique Miora Randriambeloma, qui a très vite rejoint Adrien dans son projet et cofondé avec lui la société. Elle aussi diplômée de Sciences Po, elle aussi fille d’une maman professeure d’université.

Par défaut donc, ils prennent la direction le Portugal et l’accélérateur de start-up Lisbon Challenge. « Plus ouvert envers les projets destinés aux pays en développement et émergents », selon l’entrepreneur. Ensuite, retour au Ghana. Sur fonds propres (économies et jobs parallèles), l’application est développée en France. Sa première version est testée avec l’université du Ghana, à Accra, où un professeur de français joue le jeu, en mettant à disposition ses cours. Grâce à la Banque publique d’investissement française (BpiFrance) et son soutient de 25 000 euros, ils améliorent l’application et peuvent véritablement se lancer. Jusqu’à 1 600 étudiants ghanéens de diverses universités téléchargeront l’application, en phase de test pendant toute l’année scolaire 2016-2017.

Le principe est simple : Chalkboard va directement à l’université pour installer 
l’application sur les téléphones des étudiants ou leur envoie par SMS les informations 
pour la télécharger. Une fois installée, celle-ci permet de lire ses cours, de faire des exercices ou de répondre aux tests, toujours grâce aux textos et à la technologie USSD 
(Unstructured Supplementary Service Data), qui permet l’échange instantané de 
données.

Bientôt au Burkina Faso, au Kenya et au Nigeria

En cette rentrée, Chalkboard se trouve donc au moment crucial de son développement. La phase de test terminée, il faut désormais vendre l’application. Un véritable défi. Pour le relever, la start-up pourra compter sur le « fonds d’impact » Trecc (Transformer l’éducation dans les communautés productrices de cacao) de la fondation suisse Jacobs, en Côte d’Ivoire, qui vient de lui accorder un financement de 200 000 euros.

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Vendre l’application donc ? Mais à qui ? Au Ghana, Chalkboard vise surtout les universités, notamment privées, très nombreuses. L’application serait achetée par ces dernières et mises à disposition, gratuitement ou non, selon le choix des établissements. En Côte d’Ivoire, où les universités publiques sont reines et tentaculaires, l’entreprise mise plutôt sur des instituts privés de plus petite taille et les ONG. « On s’adapte au contexte et au système éducatif de chaque pays », précise Adrien Bouillot. Les tarifs de l’application, eux, varient selon les universités, le nombre d’étudiants et le nombre de cours.

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Adrien Bouillot et Miora Randriambeloma avec leur équipe Chalkboard.

Quant aux critiques qui reprochent au e-learning de ne régler que superficiellement le problème de nombreux systèmes éducatifs africains – qui auraient surtout besoin d’investissements, de professeurs et de salles de cours – tout en déshumanisant l’enseignement, les deux cofondateurs les balaient d’un revers de main. « Les retours sur le terrain démontrent le contraire, avance Miora Randriambeloma. Quand on donne un cours dans un amphi de 500, 600, voire plus d’étudiants, tout le monde ne peut pas suivre. Avec l’application, on découvre le cours, on se l’approprie, et l’on va ensuite, avec ses questions, en amphithéâtre. Des professeurs nous ont ainsi expliqué que leurs cours étaient devenus plus participatifs, avec des questions, des débats… C’est donc, au contraire, une manière de réhumaniser l’enseignement. »

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Chez Chalkboard, les arguments sont toujours bien rôdés. La mise en scène et la communication d’une équipe ancrée dans la génération du millénaire (15-35 ans), bien soignées. L’équipe, justement, composée aujourd’hui de neuf personnes, est jeune, cosmopolite. Tous ont moins de 30 ans et viennent de France, de Madagascar, du Kenya, du Ghana, du Nigeria et de Côte d’Ivoire.

La start-up vise une rentabilité globale dans cinq ans, tout en étant rentable sur chaque pays où elle est présente au bout de deux ans. D’ici là, elle prépare surtout une levée de fonds dans les prochains mois afin de recruter et de s’installer prochainement au Burkina Faso, au Kenya et au Nigeria.

Par Haby Niakaté (Abidjan, correspondance)

Le Monde

 


Les start-up africaines, entre émancipation et exaspération

L’émerveillement du Nord pour les start-up du Sud, frugales, résilientes, innovantes, n’est pas dénué de paternalisme post-colonial, estime la chercheuse Stéphan-Eloïse Gras. Elle appelle à rompre avec le modèle, cynique, de la Sillicon Valley.
Le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg lors de sa visite à l’incubateur de start-up iHub à Nairobi, le 1er septembre 2016

En 2007, la monnaie mobile M-Pesa faisait son apparition au Kenya et en Tanzanie. On soupçonnait mal alors qu’elle était sur le point de transformer durablement le destin d’un continent considéré perdu, quand The Economist titrait, le 11 mai 2000, « Hopeless Africa ». Une décennie plus tard, M-Pesa peut être considérée comme une des plus importantes banques pour les pays émergents, ayant ses équivalents dans une dizaine de pays, dont l’Inde, la Roumanie et l’Afghanistan.

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Le mobile banking est peut-être l’un des cas les plus notables du saut technologique africain, surnommé « leapfrog » (littéralement « saut de grenouille »). Les transferts de compétences ne sont en effet plus linéaires, du Nord vers le Sud. Aujourd’hui, 80 % des Kenyans utilisent leur smartphone pour payer leurs factures, envoyer de l’argent à leurs proches ou payer un taxi, soit 70 % du volume global des transactions effectuées dans le pays, ce qui en fait un élément structurant, d’après la Banque mondiale, de croissance inclusive. Depuis lors, des services mobiles ou numériques imaginés en Afrique et pour l’Afrique se sont multipliés, de Nairobi à Dakar en passant par Le Cap, Accra ou Kinshasa, révolutionnant le rapport aux infrastructures.

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Dans la continuité de M-Pesa, le système M-Kopa équipe désormais des centaines de milliers de Kenyans en électricité grâce à des panneaux voltaïques domestiques et un service de paiement à la demande permettant d’acquérir l’équipement, selon le modèle du pay-as-you-go, l’application mobile M-Farm permet aux populations de contrôler le cours des produits agricoles, la box BRCK équipe les écoles en zones rurales grâce à des contenus mobiles embarqués sur une tablette autosuffisante en énergie et un routeur 3G, et plus récemment, la start-up tanzanienne Jamii permet à des populations en extrême pauvreté d’accéder à des produits d’assurance micro-santé.

« LES PAYS PLUS DÉVELOPPÉS LORGNENT DU CÔTÉ DE CETTE RÉGION DU MONDE QUI PARVIENT À FAIRE PLUS AVEC MOINS, SAUTER DES ÉTAPES ET ALLER PLUS VITE, MÊME QUAND ELLE NE PART DE RIEN »

Si les pays du Nord ont vu leurs économies bouleversées par les transformations numériques depuis belle lurette, l’Afrique fait figure de pionnière là où les démocraties du Nord semblent à la traîne. Le Ghana est le premier pays au monde à s’appuyer sur la blockchain pour sécuriser son cadastre, la University of South Africa – la plus grande université du continent avec près de 300 000 étudiants – est 100 % en ligne. Les exemples ne manquent pas.

Comment faire saliver le Nord

Frugal, agile, résilient, circulaire… l’entrepreneuriat africain a acquis en une dizaine d’années une réputation d’innovateur envers et contre tout, source d’inspiration pour le reste du monde. Les pays plus développés lorgnent du côté de cette région du monde qui parvient à faire plus avec moins, sauter des étapes et aller plus vite, même quand elle ne part de rien. A ceux qui voudraient jouer de la comparaison avec la Chine ou les pays d’Asie du sud-est, on rétorquerait que les similarités ne sont qu’apparentes. Car le leapfrog africain dépasse la seule question technologique pour embrasser les bouleversements organisationnels et culturels. Certains pays africains – le Rwanda, le Ghana – sont en passe de redéfinir les modèles institutionnels et de gouvernance, là où le monde occidental semble continuer à se heurter aux limites de ses plus anciennes institutions.

Paradoxe et casse-tête pour le Nord, c’est en Afrique que le questionnement des acquis de nos économies de marché est le plus percutant. Les réflexions qui accompagnent le saut infrastructurel de l’Afrique, dans sa grande diversité, pèsent lourd, à un moment où l’Occident parvient difficilement à prendre la pleine mesure de sa transformation numérique, de l’épuisement de ses modèles de croissance, d’exploitation des ressources naturelles et de la « fatigue démocratique », pour reprendre l’expression de l’intellectuel belge David Van Reybrouck. En Afrique, ces interrogations ne résonnent pas de la même façon. A-t-on encore besoin d’un réseau électrique souverain ? Où en sont nos e-gov (administrations ou gouvernements électroniques) quand le Ghana gère ses droits de propriété en ligne, grâce à sa plateforme Bitland ? Comment organiser l’inclusion de cultures, de langues et d’ethnies diverses ? Quelles pédagogies pour éduquer les masses quand 80 % des enfants africains de moins de 12 ans apprendront à lire sur un écran d’ici 2025 ?

« COMME AU NORD, L’ÉMANCIPATION POLITIQUE ET L’ÉMERGENCE D’ÉCOSYSTÈMES VERNACULAIRES PROPICES À UN DÉVELOPPEMENT INCLUSIF ET LOCAL SONT INTIMEMENT LIÉES »

Le saut technologique africain vient ébranler un rapport au monde maillé de repères structurels et culturels, comme d’infrastructures financières, énergétiques, politiques ou éducatives qu’on ne peut soustraire à l’histoire des (dé) colonisations. Il faudrait toutefois se garder de réduire ce saut infrastructurel à un « miroir inversé » adressé au Nord ou encore à une revanche des « subalternes ». Car l’Afrique est emmaillotée dans les mêmes tensions et paradoxes que le reste du monde.

Les start-up en Afrique : une question (géo) politique

Dans ce contexte, l’émergence d’écosystèmes entrepreneuriaux est un enjeu post-colonial de l’insertion du continent dans la globalisation. Comme au Nord, l’émancipation politique et le développement de réseaux vernaculaires propices à un développement inclusif et local sont intimement liées. Car l’histoire scientifique et technique sous-tend le développement des consciences politiques et de leurs organisations. Tout comme en Chine, en Inde ou au Brésil, le déploiement d’internet au Kenya, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Cameroun ou bien au Nigeria, donne voix aux revendications des classes moyennes.

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L’écosystème numérique africain est aussi le reflet de l’histoire – certes courte mais bien globale – d’internet et des technologies numériques. Avant que les GAFA (les géants du net, GoogleApple, Facebook, Amazon) ne lorgnent sur la croissance exponentielle du mobile et sur le taux de connectivité du continent, des applications technologiques locales très avancées ont vu le jour, la plupart du temps dans le monde anglophone. MXIT, par exemple, était un réseau social d’auto-publication né en Afrique du Sud en 2007 qui aurait drainé jusque 30 millions d’utilisateurs en 2011, devant Facebook… Et les investissements, avant d’être captés par la puissance centripète californienne, venaient du « Sud global », avec des géants hybrides aujourd’hui tels que le Sud-Africain Naspers Media, qui est au capital à 47 % du géant chinois Tencent.

Aujourd’hui, le développement d’écosystèmes numériques en Afrique pousse à interroger les piliers et cycles de vie d’une start-up locale. Si la tentation du solutionnisme technologique, comme de tous les solutionnismes, est contagieuse, la fièvre entrepreneuriale n’y est pas tant perçue comme une libération du carcan des « vieilles » institutions, que comme une stratégie de survie sur un continent où la pression démographique, le taux chômage, la complexité des cadres réglementaires nationaux et supra-nationaux, l’accès à l’éducation et aux capitaux sont hautement problématiques. Le manque de « seed capital » (celui nécessaire au lancement d’un projet) et de prêts bancaires adaptés à l’amorçage est cruel et brutal en Afrique. Le FMI considère que 84 % des PME en Afrique n’accèdent pas aux fonds nécessaires pour pérenniser leur activité, et le taux de mortalité des start-up peut atteindre 90 %. Si 60 % des jeunes africains de moins de 34 ans considèrent que l’entrepreneuriat est leur seule voie de survie et qu’ils possèdent les compétences nécessaires pour le faire, moins de 45 % d’entre eux ont achevé un cycle d’études secondaires. Et seules 7 % des cycles supérieurs et universités en Afrique proposent des cursus dédiés à l’entrepreneuriat et au numérique…

« PAR OPPOSITION AU MODÈLE CALIFORNIEN, LES ENJEUX CLEFS DU DÉVELOPPEMENT DES START-UP AFRICAINES SONT IMMÉDIATEMENT CEUX DE L’INCLUSION ET DE L’ÉDUCATION »

La plupart des entrepreneurs et talents tech sont des repats (Africains de la diaspora rentrés au pays) formés dans les écoles universités américaines, européennes, qui, fatigués de se heurter au plafond de verre, reviennent adapter les technologies et les modes d’organisation qu’ils ont observées. C’est le modèle d’un Rocket Internet (entreprise allemande, à l’origine notamment du site de e-commerce Jumia) ou de McKinsey. Mais nombre de ces talents vont également se former en Inde ou en Chine, où la vie est moins coûteuse et les technologies plus avancées.

Un contrepoids au modèle californien

Cela incite à penser l’entrepreneuriat numérique en marge du modèle hyper-concentré et hyper-capitalisé de la Silicon Valley, où le ticket d’entrée élevé, la conscience politique des licornes (start-up valorisée à plus d’un milliard de dollars) proche de zéro, ainsi que le cynisme généralisé quant à l’efficacité de l’action collective ont anéanti les questions d’émancipation politique. Lesquels, il n’y a pas si longtemps, étaient inhérentes au monde de la tech.

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Par opposition, les enjeux clés du développement des start-up africaines sont immédiatement ceux de l’inclusion et de l’éducation, de l’accès aux connaissances, aux compétences, aux capitaux et de la pérennisation de business « sociaux », vertueux pour les communautés locales. Le rôle des femmes dans l’écosystème africain est particulièrement déterminant s’agissant de gouvernance, de pérennisation et d’inclusion (voir le Women in Africa Club dont le forum de septembre 2017 à Marrakech porte justement sur ces questions).

Loin d’être utopique, l’histoire de l’écosystème africain, dont la bulle récente de 2012-2013 a montré les fragilités et les emballements médiatiques, met en évidence les contradictions d’un modèle d’innovation dominant au Nord, dans lequel la valeur d’une start-up se mesure à sa capacité à disrupter, retourner la table, prendre d’assaut des marchés entiers. Ce modèle-ci reste ultra-diplômé, ultra-capitalisé, majoritairement blanc et très masculin.

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Alors, est-ce que l’Afrique peut devenir un modèle pour un entrepreneuriat numérique vertueux, émancipateur, véritablement inclusif, ou en restera-t-elle à faire résonner un peu plus fort les questions que la fièvre entrepreneuriale ne saurait résoudre à elle seule ?

La réponse dépendra de la capacité de son entrepreneuriat d’emprunter un chemin alternatif au modèle californien, en dépit et contre l’afflux de solutions et capitaux tout droit venus du Nord. Chemin qui en a séduit déjà plus d’un en Europe, aux Etats-Unis et partout ailleurs dans le monde.

Stéphan-Eloïse Gras est consultante, co-fondatrice de l’initiative Africa4Tech et auteure d’une thèse de doctorat à la Sorbonne sur l’écoute en ligne.Cet article est paru d’abord sur le site Kissmyfrogs, édité par Microsoft France.



Carnet d’ un Zonard : 1 « Naïté enflamme la Toile », il n’en reste que des cendres de la Culture en twitt !

Actualités de Guinée Conakry, 27/12/2016. Nouvelle République de Guinée, www.nrgui.com. M. le ministre, mon cher Naïté, dès notre première rencontre, tu m’avais tutoyé en me faisant toi-même l’expresso que tu m’avais offert. Ce geste correspondait à ce jeune monsieur « moderne » dont j’ai apprécié le « Le Mouna » première version, qui permettrait à une foule nombreuse d’appeler l’étranger à un coût incroyablement bas, et surtout avec un service impeccable assuré par de jeunes Guinéen(ne)s ; mais intérieurement je me disais, « il y a un Toubab » tapis dans l’ombre ou au moins « un Blanc pour nous » (Libano-syrien, dit Moussa de Côte d’Ivoire). Eh bien non, c’est bien un jeune Guinéen du nom de Moustapha Naïté qui est également fondateur du superbe Cyber Mouna, alors que l’autre sur le trottoir d’en face disparaissait, naturellement avec la « descente » du portable depuis la « Galaxy » où prospèrent les réseaux sociaux. Nous y voilà.

M. Idrissa Camara vous interpelle : « On assiste à plus de buzz que de réalisations. On veut votre réussite mais parlant d’un tailleur, une machine, il n y a pas eu un impact assez important puisque le nombre était trop peu ».

Moustapha Naite : Idrissa Camara, vous n'avez pas compris le projet d'incubation et d'apprentissage des Métiers de la Confection (un tailleur, une machine Avec le Centre d'Incubation et d'Apprentissage des Métiers de la Confection installé dans la maison des Jeunes de Taouyah, ce sera, in fine, 300 jeunes filles et garçons par an formés et accompagnés dans la mise en place de leur entreprise de confection.. …Je voudrais rappeler que le rôle du ministère doit être celui de créer les conditions (accompagnement, politique globale, vision moyen et long terme…) pour l'insertion socioéconomique et professionnelle…C'est ce que nous essayons de faire avec les moyens qui sont les nôtres même si nous travaillons aussi à imaginer des financement innovants pour des projets plus structurants. J'espère que cette réponse te satisfait… »

Voilà la langue bois, avec des sigles et des vœux. Mon cher Naïté, j’étais à Conakry du 23 octobre au 11 novembre. LA REALITE ONCRETE est que vous auriez (je mets cela au conditionnel puisque les locaux sont cadenassés, donc je n’ai pas vu, mais les témoins-victimes sont là-bas puisque vous m’avez même cité en rétorquant à leur interpellation..), donc vos avez préféré évacuer les « tamtams qui sont dépassés, dixit « Super Bobo» » venu en renfort de l’Emploi contre la Culture , en y installant quelques machines à coudre, après avoir contracté avec des formateurs (sénégalais) pour apprendre à des jeunes Guinéens la broderie, fait nettoyer les deux grands hangars où j’étais en partenariat avec deux formateurs qui avaient mis en résidence des enfants que nous, nous avions extraits à la prédélinquance en leur assurant les soins de santé, une formation dans les différentes disciplines artistiques, l’alphabétisation avec une ONG guinéenne ; il y a un Américain qui leur apprend à jouer de la flute pastorale en finançant son propre séjour en Guinée (un loyer de 5 millions de fg) ; moi je leur offrais depuis 2010, un repas « propre et riche en vitamines », puisque moi-même je ne mangeais que là-bas à midi, et l’Américain et un couple de jeunes Italiens venus avec un documentaire sur « l’immigration clandestine » y prenaient le même repas les jours où ils avaient leur plage de formation.

Je suis allé te voir pour te proposer de faire nettoyer ces entrepôts qui servaient de garage et de parcs à des jeunes « quadras » intouchables parce que militants de je ne sais quel Parti. En échange, j’offre à l’Etat, la formation d’animateurs et formateurs des 6 X 38 maisons des jeunes que tu es entrain de construire. Je l’ai fait en Côte d’Ivoire dans le cadre de la coopération franco-ivoirienne Au CAFAC (Centre d’Animation et de Formation à l’Action Culturelle. Institution à la naissance de laquelle j’ai participé et où j’ai pendant une décennie nous avons formé des jeunes qui aujourd’hui ne sont pas seulement dans l’encadrement du développement culturel, mais ont créé des dizaines de structures privées qui irriguent le « marché » de la création et des industries culturelles en Côte d’Ivoire.

Je te demandais aussi d’avoir ton appui pour que je récupère une parcelle spoliée par les mêmes agents véreux de l’Etat afin que je puisse mettre en résidence ces enfants à mes frais. Tu as fat un mot à l’attention de Batouta alors maire « non élu » qui a « séquestré » un ordre de mission relatif à la récupération de ce bout de terrain, ordre de son ministre de tutelle s’agissant de son pouvoir déconcentré relevant de l’Exécutif. Bref, il a dit niet. Depuis, je n’ai pu te convaincre de relancer l’affaire ; tu étais surbooké, (élections obligent ?) C’était la veille du second mandat. Bref, voilà que les deux hangars sont peints par Indigo, avec des fenêtres en alu, les portes cadenassées, l’eau envahissant l’intérieur, les jeunes « apprenants » n’ayant toujours pas appris, les formateurs attendant, et ceux qui ont préfinancé ce ravalement avec les jolis mots « d’incubation », attendant que l’Etat mette la main à la poche. Donc, mes partenaires « répètent » ou cuisent sous le soleil de la cour, les futurs jeunes venus parfois du pays profond, attendent que les poules aient des dents. Donc la MJC est devenu MJ : la culture se trouve chassée, réduites en cendres et interdite de Tam tam à cause des réunions d’à côté à la mairie. Je précise que nos voisins du second hangar sont de jeunes acrobates de la vague géniale du « Circus Baobab ». Ce ne sot pas là des « critiques », mais des faits en béton. J’ai mis de côté toutes les « rumeurs » pour te demander : qu’est-il donc arrivé à ce jeune homme dynamique, plein de talents, d’idées biens liées à un PRAGMATISME qui semblait incassable ? Mais je positive ou rêve : ne pourrais-tu pas couper la papaye en deux : d’un côté L’EMPLOI (machines à coudre) de l’autre la CULTURE ? Tu avais deux immenses hangars pleins de jeunes qui avaient soif de culture, même dans le chômage. En lieu et place, tu n’as plus rien, ni emploi, ni culture, il ne reste plus que des sigles-slogans, comme tu les énumères ici, en les mâchonnant comme du chewingum, péché mignon des fonctionnaires commis par l’Etat pour « blaguer les artistes » depuis le coma de la « culture révolutionnaire ».

Au prochain twitt autour d’un « nespresso »,

Was-Salam,

Saïdou Nour Bokoum

  T

Entrepreneurs africains : des tuyaux d’irrigation à base de plastique recyclé

 

A Dakar, le « do it yourself » pour pallier la lenteur de l’électrification et autres petits désagréments

Traversée d’une Afrique bientôt électrique (23). Avec Dodji et Modou dans leur « fab lab », ou les deux touche-à-tout veulent démocratiser l’imprimante 3D et les solutions locales.

Modou présente son panneau solaire domestique fabriqué de toute pièce dans son « fab lab ».   
Modou présente son panneau solaire domestique fabriqué de toute pièce dans son « fab lab ».         Crédits : Matteo Maillard    

Ils ont la concentration fiévreuse du laborantin et l’application consciencieuse de l’artisan à son établi. Dodji Honou, 31 ans, et Mouhamadou Ngom, 46 ans, sont les piliers d’un des fab labs les plus innovants du Sénégal. Le Defko Ak Nëp qui veut dire en wolof « fais-le avec tout le monde ». Depuis la création de cet atelier numérique en 2014, ils en ont engagé des projets : éolienne domestique, panneau solaire recyclé, ou balançoire interactive, « nous explorons toutes les pistes, lance Dodji. Nous sommes comme un laboratoire qui transforme les idées en réalisations concrètes et durables. »

Présentation de notre série                        Traversée d’une Afrique bientôt électrique          

Logé dans le quartier de la Sicap au cœur de Dakar, ce laboratoire technologique est né de la volonté de l’association culturelle Kër Thiossane. « L’objectif était d’avoir un espace de partage, d’innovation et de fabrication numérique pour développer des projets participatifs avec les habitants du quartier, artisans, étudiants, commerçants ou artistes, et leur permettre grâce à ces technologies de changer leur environnement et d’accéder plus facilement à une énergie indépendante », explique Dodji. Une vision qui respecte le concept originel du fab lab (pour laboratoire de fabrication) comme il a été imaginé à la fin des années 1990 au sein du Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux Etats-Unis. Dodji résume : « Offrir aux gens les outils et les machines, numériques et mécaniques, pour leur permettre d’inventer et de répondre à leurs projets personnels comme à des défis écologiques ou économiques. »

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Modou et Djouri sont en train de câbler quelques LEDs.   
Modou et Djouri sont en train de câbler quelques LEDs.         Crédits : Matteo Maillard    

Imprimantes 3D, électronique et tournevis

Lui est fab manager et connaît le milieu depuis longtemps. Après des études en marketing à Lomé, capitale du Togo, il y a géré l’un des fab labs les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest pendant plusieurs années. C’est en postulant à un appel à candidatures lancé par l’association à travers le programme de volontariat international de la francophonie qu’il a été sélectionné. Il a commencé par commander le matériel nécessaire à l’atelier via des sites chinois. Aujourd’hui, celui-ci est truffé de machines à commandes numériques. « Celles que l’on utilise sont semblables à tous les labos, explique Dodji. L’imprimante 3D est un peu l’arbre qui cache la forêt, la machine la plus connue du grand public. Mais nous utilisons surtout la CNC qui permet de faire des découpes et des gravures sur bois de manière automatisée, ensuite une découpe laser qui creuse différentes matières et bien sûr beaucoup d’électronique, comme des cartes Arduino pour programmer des actions simples. »

En plus de ce matériel de pointe, on trouve aussi une boîte à outils plus commune avec marteaux, tournevis, perceuse, fraiseuse, fer à souder, etc. Ce domaine est la prérogative de Mouhamadou, dit Modou, l’animateur du lab. « Je suis un ancien électronicien populaire. Je réparais des radios et des magnétoscopes dans les années 1990, lance-t-il. J’ai appris l’électronique en traînant dans les ateliers puis en suivant des petites formations. » Pour utiliser leurs nouvelles machines, Modou comme Dodji se sont « autoformés sur Internet, glisse le dernier. Ce qui est intéressant dans le réseau de l’open source et des fab labs, c’est que tout le monde partage son savoir via des tutoriels qui incitent à la pratique. Nous avons alors pour devoir de redistribuer ce savoir. »

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Hormis les machines à commandes numériques, il y a aussi des outils plus classique dans le Fablab.   
Hormis les machines à commandes numériques, il y a aussi des outils plus classique dans le Fablab.         Crédits : Matteo Maillard    

Impératif moral qu’ils appliquent à la lettre en organisant des ateliers d’initiation chaque mois. « Nous apprenons la soudure aux enfants, à faire des petits montages électroniques, à sculpter et à imprimer des objets en 3D, explique Modou. Nous travaillons aussi avec des individus ou des start-up qui veulent concrétiser leurs projets. » Comme cette entreprise qui cherche à construire un biodigesteur. C’est une sorte de composteur domestique qui prend la forme d’un bac hermétique de 40 litres, dans lequel on verse ses déchets organiques qu’on laisse fermenter. « Cela produit du méthane qui peut ensuite, à l’aide d’un tuyau, être utilisé comme gaz pour alimenter des plaques de cuisson ou un chauffage, explique Dodji. Le projet n’est pas encore totalement au point, il y a des fuites, mais on y travaille. »

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Modou travaille sur son prototype de panneau solaire.   
Modou travaille sur son prototype de panneau solaire.         Crédits : Matteo Maillard    

Le lab est aussi l’occasion pour les deux compères de réaliser leurs propres projets énergétiques. Ainsi, lors de l’événement Afropixel organisé par l’association Kër Thiossane en avril 2016, Modou et Dodji ont réalisé plusieurs prototypes dans l’optique de voir les Sénégalais se réapproprier l’énergie qu’ils consomment. En est sorti un concept d’éolienne domestique. Pales découpées dans du PVC, aimants de la casse, batterie 12 volts et petit moteur issu pas à pas d’une vieille imprimante. « Elle permet d’alimenter quelques LED et d’éclairer une chambre pour un prix modique », avance Modou. Il en a même réalisé une version plus grande qui active une pompe arrosant un jardin communautaire que l’association a construit dans le quartier. Les habitants peuvent alors bénéficier, sans frais d’électricité, d’un potager urbain qui produit goyaves, mangues, bananes, piments et citrons.

        Episode 20                        A Ouagadougou, une élève ingénieure veut produire de l’électricité avec la jacinthe d’eau          

A côté de ce jardin luxuriant situé dans une cour d’immeuble, l’association a aménagé un terrain de jeu pour les enfants du quartier. Là où il n’y avait avant qu’un dépotoir, ils ont installé une balançoire interactive. « Les enfants jouent et leurs mouvements génèrent de l’électricité qui alimente des LED sur la balançoire et des lampadaires illuminant l’aire de jeu, relève Modou. Cela offre une plus grande sécurité la nuit tombée. » Malheureusement cette balançoire, créée avec l’appui d’ingénieurs madrilènes issus du Réseau universitaire des fab labs, a dû être démontée un mois plus tard par crainte du vol de matériel dans ce lieu pas suffisamment sécurisé par les autorités. « Nous attendons de la mairie et des habitants du quartier qu’ils se chargent aussi de cet espace qui est le leur, poursuit-il. Nous ne pouvons pas surveiller en permanence les enfants qui jouent. Nous ne voulions pas être tenus responsables s’il leur arrivait quelque chose. »

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Dans le Fablab, outils électoniques et mécaniques se mélangent.   
Dans le Fablab, outils électoniques et mécaniques se mélangent.         Crédits : Matteo Maillard    

Sortir d’une attitude passive et dépendante

As de la bidouille et de la débrouille, Maudou a aussi créé six prototypes de panneaux solaires domestiques. Un morceau de Plexiglas récupéré, une plaque en bois, une batterie de 9 ampères (ou plus) et 24 cellules photovoltaïques commandées sur Internet : « Pour moins de 30 000 francs CFA [45 euros] et un peu de travail, vous pouvez recharger votre ordinateur portable, votre téléphone ou éclairer votre chambre avec une énergie propre, renouvelable et gratuite ! s’exclame-t-il. Un panneau comme ça bien protégé peut durer des années, si on évite de le laisser sous la pluie et si on essuie la poussière régulièrement. Tout le monde peut le faire à la maison ! »

Episode 22                        A Dakar, on se fait son cinéma et son électricité à la force du mollet          

Cette technologie, comme toutes celles qu’ils ont développées ou adaptées, Modou et Djoni en révèlent les plans gratuitement sur le Wiki de leur fab lab. « Nous voulons transmettre notre savoir et cette impulsion du do-it-yourself” [“fais-le par toi-même”], avance Dodji. En Afrique, nous avons besoin de démystifier ces technologies pour que les gens puissent y avoir accès, embraye Modou. Tout le monde est capable de fabriquer son propre panneau solaire ou sa propre éolienne. Ce n’est pas compliqué et c’est bien mieux que d’acheter un kit solaire clé en main. Parce que le faire soi-même permet aux gens de saisir le fonctionnement d’une technologie et ainsi de se l’approprier pour ne plus en être dépendant. C’est aussi sortir de l’attitude passive du consommateur de technologie. »

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Dans le jardin communautaire poussent toutes sortes de fruits et légumes.   
Dans le jardin communautaire poussent toutes sortes de fruits et légumes.         Crédits : Matteo Maillard    

Djoni et Modou en sont convaincus. Le « do it yourselfIY » peut aider à l’électrification du continent. Non seulement en l’accélérant mais aussi en permettant aux Africains de maîtriser une technologie plutôt que la voir s’imposer à eux. Afin de diffuser la bonne parole, ils ont décidé de lancer dès 2017 un Fablab mobile afin d’atteindre les Sénégalais vivant loin de la capitale. « Mon rêve serait de voir une multitude de labs naître dans tout le pays, glisse Modou. Que dans ces ateliers communautaires les gens s’entraident, partagent leurs savoirs et leurs moyens afin de réaliser pleinement leur potentiel de développement. » Pour Modou et Dodji, ne reste qu’une évidence : l’électrification se fera par les petits circuits ou ne se fera pas.

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La balançoire interactive est alimentée par les mouvements des enfants.   
La balançoire interactive est alimentée par les mouvements des enfants.         Crédits : Elise Fitte Duval    

A l’occasion de la COP22 qui se déroule à Marrakech du 7 au 18 novembre, Le Monde Afrique a réalisé la série Traversée d’une Afrique bientôt électrique en allant voir, du Kenya au Maroc, en passant par le Burkina, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Sénégal, l’effort d’électrification du continent.