7eme Art : Le réalisateur Cheick Doukouré sur les tares du Cinéma guinéen (interview)
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- Catégorie : Culture
- Mis à jour le jeudi 17 mars 2016 23:27
- Publié le jeudi 17 mars 2016 22:53
- Écrit par Alphonse avec SNB
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Nrgui.com Conakry 17/03/16 Cheik Doukouré, est un des plus grands et prolifiques réalisateurs guinéens. Dans une interview qu’il a accordée à nrgui.com, il a parlé de ses débuts dans le cinéma, de l’absence de la Guinée dans les grandes rencontres du cinéma, du manque d’appui de l’Etat à ce secteur, des films qu’il a réalisés, ainsi que de ses grands projets. Lisez…
nrgui.com : Dites nous M. Doukouré, comment êtes vous arrivé dans le métier du Cinéma, quand on sait que vous êtes un homme de lettre ?
Cheick Doukouré : Vous savez, les lettres sont l'antichambre du cinéma, puisque pour qu'une idée devienne un film, il faut déjà écrire et quand on a la chance de faire des études de lettres, il est beaucoup plus simple de devenir cinéaste. J'avais envie de ça, dès l'âge de 7 ans. A l'époque coloniale, il y avait énormément de cinémas en Guinée et tous les jeunes rêvaient de faire du cinéma comme moi en cette période, voire être acteur de cinéma. C'était ça, sans pourtant connaître vraiment le fond même du cinéma. Il y avait le héros, on voulait lui ressembler, c'est comme les contes, quand vous racontez des contes, le héros, on a toujours envie d'être comme lui et c'est comme ça que j'ai eu l'envie de faire le cinéma. Et après mes études primaires, et secondaires à Conakry, j'ai cherché à partir ailleurs. Et pour moi c'était la France, parce que la France, pour moi, c'était le pays où on pouvait facilement communiquer, parce qu'on parlait français, on avait aussi une culture française. Mais ce rêve d'enfant s'est réalisé quand, j'ai vu toute la possibilité qu'on avait pour pouvoir faire ce métier-là. Donc naturellement je suis allé vers le cinéma, bien sûr avec la littérature parce que ça va ensemble. Mais ce n'était pas que le cinéma, c'était aussi le théâtre parce que le théâtre fait partie de la formation du comédien. Je me suis donc inscrit à l'école des comédiens où on était formé. Et c'est comme ça que j'ai commencé à faire du cinéma, mais avec de petites figurations. Et après, petit à petit, on nous a donné de petits rôles, des rôles un peu plus importants dans le cinéma, des rôles que nous avons écrit nous-mêmes, c'est-à-dire : Bako que j'ai réalisé dans lequel j'ai tourné comme comédien et à qui je dois tout aujourd'hui d'ailleurs. C'est un film qui est tiré de ma vie, de l'aventure, que j'ai vécue pour aller en France. Vous voyez, c'est comme ça que je suis arrivé au cinéma en tant que comédien, puis je suis venu à la réalisation et j'ai continué là-dessus.
Selon nos informations, votre réalisation du film Ballon d’or 1993 a eu un grand succès. Qu’en dites-vous ?
Oui, c'est le film qui a été le plus vu dans le monde depuis que le cinéma africain existe, c'est le film qui a fait plus d'entrées du cinéma africain. Il a été détrôné récemment par le film d’Abdouramane Sissako Timbuktu. Moi, j'ai fait dans les 3 millions d'entrées, Abdouramane est dans les 7 millions.
A Ouagadougou, vous avez obtenu le prix d'interprétation masculine, du film Paris selon Moussa lors de la 18ème édition du Festival panafricain du cinéma. Peut-on revenir ce moment fort de votre carrière professionnelle ?
Paris selon Moussa est un film aussi qui date dans ma carrière, que j'ai tourné à Paris et ici en Guinée, dans la région de Dalaba, Ditinn. Je tiens beaucoup à tourner en Guinée, c'est mon pays, c'est un pays que j'aime beaucoup et je suis fier de montrer mon pays à l'occasion de la sortie de mes films. Et dans Paris selon Moussa, contrairement à d'autres films, je voulais jouer le rôle principal, qui m'a amené à être couronné comme meilleur acteur en 2003, grâce à ce film. Et moi, je suis très content pour mon pays, même si ça n'a pas fait beaucoup de mouvement en Guinée. Ce prix, ce n'est pas le plus important, ce qu'un Guinéen a obtenu, c'est une belle récompense.
Selon vous, qu’est ce qui explique l’absence de la Guinée aux grands rendez-vous du 7ème art, notamment au FESPACO ?
D’abord le FESPACO c'est quoi, ça se fête tous les deux ans. En 2013, j'étais membre du grand jury du FESPACO, chaque deux ans, on récupère des films qui ont été tournés en Afrique, qui viennent en compétition pour pouvoir honorer le cinéma africain. Mais ce sont des films qui ont répondent à un certain critère concernant l'interprétation, la direction d'acteurs, la réalisation et aussi au niveau technique (photo, son lumière, etc. ndlr), il y a tous ces critères auxquels il faut quand même satisfaire. Parce que ce sont des films du monde entier qui viennent à ce festival, en plus des films africains. Mais quand un film manque de moyens, quand il n'est pas dans ces critères-là, il est absent. Et malheureusement, c'est souvent le cas du cinéma guinéen. Parce qu'il y a eu quand même des Guinéens qui ont été au FESPACO et qui ont même eu des prix. Mais c'était des films guinéens faits avec des budgets d'ailleurs. Ce qui fait que ça leur a donné les possibilités de répondre à ces critères.
Peut-on dire aussi que le manque d’appui de l’Etat à ce secteur est la base de cette absence de la Guinée aux grandes manifestations du cinéma ?
Absolument, c'est l'évidence même. Il y a un manque d'appui de l'Etat au cinéma guinéen. Je prends le cas de l'édition où j'étais membre du jury, nous avons primé deux films sénégalais et quand ces gens sont rentrés au Sénégal, le président leur a donné beaucoup d'argent pour soutenir le cinéma sénégalais. Ce qui, malheureusement, n'est pas le cas en Guinée. En Guinée, on a toujours été la dernière roue du carrosse. On dit oh, la culture n'est pas une priorité. Comme, j'ai toujours dit, les gens qui disent cela ils ne connaissent pas ce que c'est la culture.
Parlez-nous de vos projets ?
Il y en a toujours. J'ai une série qui va se tourner dans le milieu des jeunes ici à Conakry sur l'exode rural, sur les enfants placés dans les familles d'accueil. J'ai une série de douze épisodes de 26 minutes qui se tournera ici entièrement avec des acteurs africains. J'avais commencé à mettre tout ça en place et puis il y a eu le problème d'Ebola, le début m'a trouvé ici, j'étais en repérage en Haute Guinée et après notre pays a été complètement fermé. Donc tous ces comédiens, techniciens, qui devaient venir d'ailleurs n'ont pas pu venir et comme la fin d'Ebola a été déclarée en fin 2015, il faut que je reprenne ça.
Propos recueillis par Alphonse pour nrgui.com
Avec SNB

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