Mise au point du Ministère des Affaires Etrangères à propos de l'article paru dans le journal ''L'Observateur''

C'est avec beaucoup de stupeur que nous avons lu votre texte intitulé ''scandale au Ministère des Affaires Etrangères, le Secrétaire Général indexé'', publié en page 6 de votre journal numéro 582 du 30 avril dernier, texte signé par un certain Mouctar Diallo. Nous ne vous apprendrons pas assez en vous disant tout d'abord que la démarche élémentaire de tout journaliste professionnel est le recoupement d'informations reçues, en vérifiant les sources pour plus d'équité et d'équilibre dans le traitement sérieux des nouvelles. Mais nous sommes hélas au regret de constater que votre article s'inscrit en violation de cette déontologie et de cette pratique qui font l'honneur des grands journalistes. A ce titre, votre texte sent du journalisme alimentaire !

La première chose qu'il faut savoir est que ces ambassadeurs dont vous parlez sont rappelés depuis 2009 par un décret présidentiel qui n'a jamais été rapporté, soit plus de trois ans l'occasion leur était donnée de se mettre dans la logique de retour au pays. L'actuel gouvernement n'a fait que prendre des dispositions pour mettre en œuvre ce rappel par l'envoi des billets d'avion et la mobilisation des ressources financières relatives aux arriérés de salaires à verser en Guinée, que ces diplomates rappelés réclamaient à l'Etat. A ce jour, les sommes dues ont été totalement perçues en monnaie locale, équivalent à leur traitement en devises à l'extérieur.

Au grand dam de l'alternance diplomatique, vous ignorez peut être que certains de ces ambassadeurs sont en poste depuis plus de 10 voire 20 ans à l'étranger, dépassant ainsi largement le cap des 4 ou 5 ans consacrés par l'article 18 du décret 085 qui réglemente la carrière diplomatique pour notre pays. Observez par exemple le fonctionnement des missions diplomatiques accréditées en Guinée dans la durée en poste de leurs ambassadeurs, pourquoi voulez-vous alors que les nôtres s'enracinent dans les pays accréditaires ? Si, dans ces conditions, un tel ambassadeur rappelé depuis plus de trois ans refuse obstinément de rentrer au pays, n'est-il pas normal que notre administration diplomatique prenne des dispositions à cet effet pour son retour ?

Peut on dans ces conditions parler de harcèlement d'ambassadeurs qui n'auraient même pas eu l'occasion de faire des adieux aux autorités des pays où ils étaient en poste ? Encore que cela n'est qu'une pratique facultative, non consacrée ! Mais mieux, il ya eu des ambassadeurs rappelés qui sont dignement revenus au pays, sans tambour, ni trompète comme ceux qui étaient en poste en Egypte, à Cuba, au Gabon, au Sénégal, à Bissau etc… Pourquoi on ne parle que de quelques-uns qui font de l'agitation parce qu'ils ne veulent pas se plier à cette mesure générale qui date de la période de la transition avec le CNDD ? Ce ne sont pas à des guinéens qu'ils ont succédés ? Ne doivent ils pas être, eux, remplacés? L'administration n'est-elle pas une continuité ? De qui se moque-t-on?

Une lecture attentive permet de constater que le signataire de votre article parle également de l'installation systématique des chargés d'affaires. Cela est une contrevérité puisque sur une quarantaine de missions diplomatiques et consulaires, plus de la moitié sont dirigées par des ambassadeurs et cela est aussi vérifiable. C'est le cas notamment à New York, Washington, Paris, Brasilia, Berlin, Malabo, Pékin, Moscou, Tokyo, Kuala Lumpur, Pretoria, Abuja, Addis Abeba, Dakar, Ankara, Bissau, Genève, Monrovia, Luanda, Abu Dhabi, Bruxelles et à Riyad. Cinq (5) autres ambassadeurs désignés sont dans l'attente de leurs agréments.

Vous êtes si obnubilé par l'esprit de nuisance que, dans votre énumération d'ambassades où il ya des chargés d'affaires, vous citez même l'Ukraine où notre pays n'a pas d'ambassade résidente. Pour votre gouverne, retenez tout simplement que la mise en place de chargé d'affaires a-i procède aussi d'une logique diplomatique. En fait, pour suppléer à l'absence d'ambassadeur, c'est le diplomate au rang le plus élevé et le plus ancien dans le grade qui assume temporairement cette fonction. Ecrire maintenant que l'unique et principale mission de ces derniers est « la réception et le retour à Conakry au bureau du secrétaire général via celui de la DAAF, des fonds alloués au fonctionnement des missions diplomatiques » n'est qu'une allégation, sans preuves qui ne relève que de la délation et d'un imaginaire fébrile.

Le budget de fonctionnement dont vous parlez à tort et à travers, n'est pas destiné à l'ambassadeur ; fût-il en fonction, à plus forte raison, rappelé. Comme son nom l'indique, ce budget est plutôt destiné au fonctionnement de nos missions diplomatiques et consulaires. Le fonctionnement de cette administration diplomatique (chancellerie et résidence) doit il s'arrêter parce que l'ambassadeur est rappelé ?

Grand Dieu ! Vous devez savoir que si vous-même, vous prenez un bâtiment en location, tant que vous n'avez pas résilié le contrat, vous devez payer les loyers. Nous ne voudrions pas être rabat-joie, mais pensez-vous que votre seule humeur suffit pour renvoyer le personnel local recruté dans ces pays et qui est lié à l'Etat guinéen par un contrat de travail, sous prétexte que l'ambassadeur est rappelé et que la résidence n'est ainsi pas habitée? Renseignez vous bien avant d'écrire, sinon vous devenez ridicule. Mais puisque le ridicule ne tue.

C'est très regrettable que vous dites une chose et son contraire. Vous ne voulez pas que nous continuons à acquitter les loyers de la résidence guinéenne à Londres par exemple et vous criez au scandale en disant que le Département des Affaires Etrangères décide de résilier le contrat de location de ladite résidence, pour évoquer ensuite d'éventuelles difficultés de logement du futur ambassadeur de notre pays au Royaume Uni. Soyez donc logique dans vos approches et ayez un peu d'esprit critique en vous abreuvant à vos sources d'intox dont les provenances ne font l'objet d'aucun doute. Je vous laisse (sans commentaire) la responsabilité de la naïveté infantile et fantaisiste des statistiques financières que vous avancez à ce sujet.

Diabolisés, c'est avec amertume toutefois que nous constatons aujourd'hui que ces chargés d'affaires a-i (chevilles ouvrières des ambassades en question) sont parfois intellectuellement mieux assis que certains des ambassadeurs rappelés à l'ombre desquels ils ont toujours travaillé et qui n'ont eu que des parrains pour leur permettre d'occuper ces postes. Si les allégations qui sont ainsi portées au passif de ces chargés d'affaires a-i étaient fondées, cela traduirait peut être qu'ils ont été de bons élèves de leurs anciens maîtres et, dans ce cas tous seront impitoyablement punis par la loi.

Vous parlez de réseaux mafieux d'enrichissement au sein du ministère des affaires étrangères et de crimes diplomatiques. En réalité, ce qui ternit surtout l'image de notre diplomatie, c'est quand un ambassadeur rappelé vandalise la résidence de notre mission diplomatique, vole même les splittes, vend le matériel roulant et va jusqu'à demander de l'argent aux autorités du pays accréditaire sous prétexte qu'il n'est pas payé depuis je ne sais pas combien de mois et qu'il doit des dettes à des tiers. C'est cela que vous devez qualifier de crime diplomatique, selon vos propres termes.

Sachez tout simplement que certains de ces anciens ambassadeurs que vous défendez tant et si bien, sont très peu patriotes. Ils trainent beaucoup de casseroles, de la multiplication des frais de location des chancelleries et résidences jusqu'à quatre fois le coût réel des vrais contrats, à la surfacturation même des rapatriements des dépouilles mortelles de certains de nos compatriotes. A regarder en tout cas les containers de quarante pieds passés au port de Conakry au retour de la plupart d'entre eux et certaines de leurs réalisations dans le pays, on peut aisément comprendre qu'ils ont passé leur temps à rapatrier les crédits de fonctionnement pour leur propre compte. Ceci explique cela.

Il me semble néanmoins qu'au nom de l'orthodoxie financière, si vous devez assumer certaines dépenses pour que l'Etat vous rembourse, vous devriez au préalable avoir le quitus de celui-ci avant de vous y engager, surtout en termes de salaires. Alors l'ambassadeur qui réclame les 30 mille dollars dont vous semblez bien connaitre les justificatifs, peut-il exhiber la moindre preuve de ce type ? Si ces faits étaient établis, le Département aurait examiné sa plainte et pris des dispositions, même si la question sur l'origine des fonds, pouvait être posée.

Mais comme vous le dites si bien, « une inspection de toute évidence s'impose » alors qu'aucun d'entre eux ne peut lever le petit doigt pour citer des investisseurs introduits dans notre pays ; ce qui aurait été tout à leur honneur en tant qu'ambassadeur.

Quant à la fausse interrogation de savoir qui du Président de la République, Chef de l'Etat ou du Ministre des Affaires Etrangères dirige la diplomatie guinéenne ? Elle met simplement en lumière le bas niveau d'éducation civique et citoyenne de son auteur, mais également l'immaturité, l'infantilisme et la cécité diplomatique de ceux qui se la posent.

S'agissant enfin du Secrétaire Général de notre Département dont le nom est intégré au titre de votre article, tout le Ministère voudrait le féliciter pour son sens de responsabilité et son courage. Toutefois si des inspections établissaient qu'il est au centre d'un quelconque scandale financier ou matériel, l'intéressé ne pourrait bénéficier d'aucune protection de sa hiérarchie.

Le Ministère des Affaires Etrangères et des Guinéens de l'Etranger

 

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