Massacre du 28 septembre, les victimes réclament justice!
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- Catégorie : Actualités
- Mis à jour le dimanche 30 septembre 2012 11:40
- Publié le vendredi 28 septembre 2012 19:04
- Écrit par ASB
Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine (Mao Zedong)
Le 28 septembre, à la Maison de la presse, les membres de l’AVIPA (l’Association des parents des victimes du 28 septembre 2009) se sont souvenus de leurs parents massacrés Stade du 28 septembre 2009. Moment émouvant ponctué de discours touchants les Ceux dont les parents ont été tués et ceux dont les parents sont toujours portés disparus affirment avoir du mal à porter leur deuil à cause de l’impunité dont continuent de jouir les présumés auteurs de ces crimes. Ils reconnaissent des avancées timides du dossier, avec l’inculpation du Colonel Moussa Tiegboro Camara et certains officiers de l’armée, mais estiment que cela est insuffisant. On notait la présence dans la salle de Florent Geel, responsable du bureau Afrique de la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme) et Docteur Thierno Maadjou Sow, le Président de l’OGDH (Organisation guinéenne de défense des droits des droits de l’homme), les seuls indices indiquant que le dossier n’est pas relegué aux calendes grecques.
Le confrère Chaikou Baldé, modérateur de la rencontre a demandé une minute de silence en hommage aux victimes. Il a planté le décor du massacre du 28 septembre 2009. Puis, il a cédé le micro à Madame Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA qui a dépeint l’état d’âme des parents des victimes.
« Nous sommes le 28 septembre 2012, trois ans sont passés depuis les massacres du 28 septembre. Nous avons dénombré plus de 150 morts, des centaines de blessés, des violées. Les victimes n’ont toujours pas obtenu toute la vérité. Regroupées en association, nous sommes à la recherche d’une justice. Une procédure judiciaire est ouverte en 2010. Deux personnalités de haut rang sont inculpées et se sont présentées devant les juges. Ce sont, certes, des avancées considérables. Mais, est-ce suffisant pour essuyer nos larmes ? Non ! Nous avons le devoir d’exiger que la vérité soit établie et que justice soit faite. Nous souhaitons un procès exemplaire. Il faut que le procès des massacres du 28 septembre puisse avoir lieu. Seul un procès pourra rétablir les victimes dans leurs droits ».
Cri de cœur d’une mère meurtrie par la disparition de son enfant ce jour au stade du 28 septembre.
« C’est une mère en détresse et des associations qui l’accompagnent qui souhaitent que ces crimes ne restent pas impunis », conclut Madame Asmaou Daillo.
Place à Kenda Bailo Diallo, le Coordinateur de l’Association des familles des disparus du 28 septembre 2009. La voix cassée par l’émotion, il entonne :
« Une centaine de personnes sont portées disparues. Où sont leurs corps ? Comment faire notre deuil ? Ne sachant pas où se trouvent les corps des nôtres. Nous avons le devoir de nous souvenir de nos disparus. Nous avons le droit de savoir où sont les fosses communes. Les disparus du 28 septembre ne sont pas contents. Aucune fausse commune ne nous a été montrée. La justice guinéenne est tellement dépendante qu’elle ne peut pas enquêter sur ces cas. Nous sommes très impatients. En trois ans, aucun responsable, à part Tiegboro n’a été entendu. Il y a une justice pour les pauvres et une justice pour les autres dans ce pays. Nous, on ne s’intéresse pas à nous. Pourquoi nos présumés coupables ne sont pas en prison. Les commissions d’enquêtes ont travaillé, les coupables ont été identifiés, mais ils ne sont pas en prison ».
Florent Geel, responsable du Afrique de la Fidh quant à lui revient sur l’instruction ouverte en février 2010. 250 victimes ont été entendues par un juge d’instruction :
« Ces crimes ont une répercussion nationale et internationale incroyable. Des avancées ont été réalisées, et il faut aller de l’avant. Nous devons accomplir ce chemin pour une justice totale ».
Qu’est-ce qui justifie le retard perceptible dans les travaux du collègue des juges guinéens commis à la tâche par la CPI ? Le manque de moyens, pense M. Florent Geel, qui expliquerait la suspension des travaux d’enquête. Or les institutions de défense des droits humains ont comblé ce déficit et en septembre, plus de 40 victimes ont été entendus.
« Ce n’est pas suffisants. Il faut que nous allions de l’autre côté de la rivière. Toutes les responsabilités doivent être établies, dit M Florent Geel. Qui enchaine :
« On veut un procès exemplaires. On veut que l’impunité s’arrête en Guinée. Est-ce que nous devons aller vite. Oui ! Nous voulons que ce soit la justice guinéenne qui soit en mesure de juger. C’est pourquoi, les inculpés n’ont pas été envoyés à la CPI. C’est quand ce n’est pas possible qu’on va aller à la CPI. La CPI n’est qu’un recours. Si la procédure judiciaire n’avance pas de façon satisfaisante, la CPI reprend l’affaire ».
Et de poursuivre :
« La question n’est pas d’aller à un procès. Nous ne voulons pas une justice de façade, mais une véritable justice. Que les dossiers soient ficelés, bien montés. On veut la lumière. Pour cela, il faut un temps. Mais, il ne faut pas non plus attendre indéfiniment. On estime qu’une année devrait permettre de boucler le dossier et d’aller à un procès ».
Abdoul Gadiri Diallo de l’OGDH a axé son intervention sur l’impunité qui a droit de cité en Guinée depuis la période post coloniale. Il a indiqué que ces successions de crimes impunis ont conduit à en commettre d’autres. Il a aussi évoqué les violences électorales qui ont entrainé des morts, des disparitions. De même que des mutineries récurrences. Et lorsqu’il y a drame, ce sont les Guinéens sans armes qui trinquent.
« Des hommes en armes ont chargé la foule pour commettre les crimes qu’ils ont voulus. Le bilan est indicatif des horreurs que les Guinéens ont connu le 28 septembre 2009 », relève Thierno Marthely pour aborder le massacre du 28 septembre qui encourage une unicité d’action des associations de défenses des droits de l’homme pour que ces inculpations puissent propulser le dossier de l’avant.
« Que le procès se fasse en Guinée aura une valeur didactique. Ca va être laborieux, mais cela nous fait donne de « la valeur ajoutée ». Ca va amener les Guinéens à comprendre que nul n’est au dessus de la loi », conclut Thierno Philippe Marthely
La journée du souvenir de l’AVIPA a également été l’occasion d’une lecture du Saint Coran, des sacrifices et des prières pour le repos de l’âme des disparus.
ASB pour www.nrgui.com
