Prévenues par le maintien de l'appel à manifester annoncé par les organisateurs la veille, les forces de l'ordre mettront en œuvre un quadrillage policier progressif, mais vaste. Entre 14 et 15 heures, au carrefour des boulevards Barbès, Rochechouart et Magenta, la circulation est peu à peu bloquée par des cordons de CRS. Parmi les premiers arrivés, on compte beaucoup de jeunes et de femmes, pour partie venus de banlieue, qui arborent pour certains des tenues vestimentaires religieuses. Les slogans restent à tout moment politiques. « Résistance, de Paris à Gaza ! », « Nous sommes tous des Palestiniens », « Palestine vivra, Palestine vaincra ! » Seuls quelques « Allah Akbar » retentissent parfois, mais sporadiquement et du fait d'un ou deux individus.
La tension est relative, les jeunes se rapprochent des barrages policiers, et les dernières voitures circulent au compte-gouttes. Puis quelques jeunes montent sur un échafaudage pour brûler un drapeau israélien (deux autres le seront peu avant les échauffourées), avant d'en brandir un du Djihad islamique.
L'arrivée d'un cortège du NPA, peu avant 15 heures, permet de canaliser la foule. Il a été retardé par les multiples barrages tout autour du quartier, et sera rejoint ensuite par des militants d'Ensemble ! (anticapitalistes du Front de gauche). Après discussion avec les policiers, ils organisent une marche sur le boulevard Barbès, malgré quelques mécontentements des premiers arrivés, plus ardents que la moyenne d'un rassemblement qui grossit considérablement.
Dans le cortège, qui s'étend sur près de 500 mètres, on retrouve, comme dimanche dernier, l'Union des juifs pour la paix (UJFP), on aperçoit le chercheur Julien Salingue (spécialiste du Proche-Orient) en pleine négociation avec les CRS, Sandra Demarcq, dirigeante du NPA, Youssef Boussoumah des Indigènes de la République, ou Clémentine Autain du Front de gauche.
On aperçoit aussi plusieurs drapeaux français, agités ou portés sur les épaules, au côté d'un drapeau palestinien ou d'un keffieh. « C'est nécessaire qu'on le montre nous aussi, ce drapeau », explique une étudiante, avant de lancer dans la foulée un slogan immédiatement repris par un bout de foule : « On est Français, on a le droit de manifester ! » On croise aussi de jeunes couples avec enfant, de jeunes militants anarchistes, ou des retraités.
La foule est bigarrée et se répartit assez équitablement entre Blancs, Arabes et Noirs, les voiles et les foulards de différentes tailles cohabitent avec entrain avec les masques d'Anonymous et les distributions d'autocollants des militants de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanction), appelant au boycott économique d'Israël. Les discussions sont multiples entre ceux qui ne veulent pas être récupéré par des partis, et d'autres qui regrettent qu'ils ne soient pas plus présents, pour grossir et « respectabiliser » la mobilisation.
À Barbès, il n'y avait aucun drapeau communiste ou écologiste, en tout cas pas visibles. Un militant du NPA reconnaît que « la situation est freestyle, mais comme les CRS ne veulent pas nous laisser passer, on ne peut que rester ici, on ne va pas aller dans les petites rues… ». Pour lui, « il est impensable de laisser la rue. C'est comme pour les “Bonnets rouges”, ce sont avant tout des classes populaires qui se mobilisent ».
Stéphane Alliès
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