Le virus Ebola, « une urgence de santé publique de portée mondiale » selon l'OMS

Après quelques mois de flottement, l'Organisation mondiale de la santé prend enfin la mesure de l'urgence de la situation. Le virus Ebola a tué près de 1 000 personnes en Guinée, au Liberia, en Sierra Leone et au Nigeria, et menace de s'étendre au reste du continent africain. Présente dès le début sur le terrain, l'ONG Médecins sans frontières (MSF) demande de passer de la parole aux actes. 

Près de neuf mois après le déclenchement des premiers cas de fièvre hémorragique Ebola en Guinée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est enfin décidée à considérer l’épidémie comme « une urgence de santé publique de portée internationale » (USPPI), jugeant que les critères étaient réunis. La décision est rare, puisque jusqu’ici seule la grippe pandémique A (H1N1) avait été qualifiée de USPPI en 2009.

Le fléau touche désormais quatre pays : Guinée, Liberia, Sierra Leone et Nigeria. Il a fait, selon le dernier bilan du 6 août, 961 morts, sur 1 779 cas rapportés (1 134 confirmés, 452 probables, 193 suspects) et menace de s’étendre à d’autres pays d’Afrique, voire à d’autres continents, avec des conséquences imprévisibles. Son taux de mortalité est en moyenne de 60 %. « Une réponse internationale coordonnée est essentielle pour arrêter et faire reculer la propagation internationale », a expliqué vendredi matin à Genève Margaret Chan. Mercredi et jeudi, elle avait réuni le comité d’urgence de l’OMS sur Ebola, composé de 20 experts (voir ici la liste) qui a finalement décidé, à l’unanimité, de prendre cette décision.

Margaret Chan, Directrice générale de l'OMS. Genève, 8 août 2014Margaret Chan, Directrice générale de l'OMS. Genève, 8 août 2014 © Reuters

Dans un communiqué (à lire ici), l’agence de santé onusienne constate que les pays concernés ne peuvent « faire face par eux-mêmes », tant du fait de la fragilité de leurs systèmes de santé, que du manque de personnel médical et de « leur inexpérience devant le virus Ebola ». Elle dresse une liste de « recommandations provisoires » qui devront être suivies par les États membres de l’OMS dans le cadre du Règlement sanitaire international (RSI) établi en 2005 et entré en vigueur en 2007 « pour prévenir la propagation internationale des maladies, s’en protéger, (les) maîtriser et y réagir par une action de santé publique proportionnée et limitée aux risques qu’elle présente pour la santé publique, en évitant de créer des entraves inutiles au trafic et au commerce internationaux ».

La réponse peut sembler bien tardive. C’est en décembre 2013 que les premiers décès, touchant aussi des personnels de santé, ont été signalés dans le district de Guékédou dans des zones forestières du sud-est de la Guinée, faisant craindre le début d’une épidémie. Dès le départ, Médecins sans frontières (MSF), l’une des rares ONG à agir sur le terrain, faisait part de ses inquiétudes, se heurtant à une certaine réserve de la part de l’OMS qui ne voulait alors pas employer le terme d’épidémie. Sur le site internet de l’OMS, le premier bulletin d’alerte (voir ici) date du 23 mars 2014, signalant 49 cas dont 29 mortels.

À partir de cette date, des bulletins de mise à jour ont été publiés en moyenne tous les deux jours. Le 30 mars, les premiers cas au Liberia sont signalés, puis dès le lendemain le communiqué rapportant les cas de « maladie à virus Ebola » – Ebola virus disease (EVD), le nouveau terme approprié – mentionne cette fois-ci « l’Afrique de l’Ouest », le Sierra Leone ayant rejoint les pays touchés.

Durant toute cette période, la direction de l’OMS a multiplié les discussions et les réunions, sans que la situation ne s’améliore. Début juillet, un sommet consacré à Ebola avait été organisé à Accra au Ghana réunissant les ministres de la santé de onze pays africains, dans le but de prendre des « mesures draconiennes » contre la propagation du virus mortel. 

Puis le 1er août, Margaret Chan a rencontré à Conakry les présidents de la Guinée, du Liberia, de Sierra Leone et de Côte-d’Ivoire pour « coordonner les efforts », et mettre en place un programme d'action devant mobiliser quelque 100 millions de dollars, alors que la Banque mondiale annonçait une enveloppe de 200 millions de dollars. L’OMS reconnaissait pour la première fois que la situation était hors de contrôle. « Si la situation continue de se détériorer, les conséquences peuvent être catastrophiques en termes de bilan humain, de désordres socio-économiques et de contagion à d'autres pays », déclarait Mme Chan. 

Dans leur communiqué final, les présidents africains annonçaient leur intention de déployer des forces de sécurité pour établir un cordon sanitaire dans les régions frontalières où 70 % des cas ont été recensés. « Ces régions seront isolées par la police et l’armée. Les populations habitant dans ces régions, étant isolées, bénéficieront du soutien matériel. Les services de santé de ces zones seront renforcés pour assurer le traitement, le test et le suivi de contacts de manière efficace », lit-on dans le communiqué. Point crucial, ils affirmaient vouloir agir en direction du personnel soignant, afin de les inciter à retourner au travail, alors que certains médecins et infirmières, manquant de tout, mal payés et terrifiés, ont quitté leur poste. « Nous assurerons la sécurité et la protection de tout le personnel national et international impliqué dans la lutte contre Ebola », s’engageaient-ils, promettant « des primes de motivation au personnel de santé ainsi que le traitement et la protection afin de leur permettre de reprendre leur travail ». Il était aussi décidé que les États touchés puissent « envisager des mesures de restriction de circulation des personnes et interdire, de manière appropriée, les regroupements de masse ».

Les pays n'ont pas attendu la réunion du comité d'urgence de l'OMS pour agir. Dans la nuit du 6 au 7 juillet, la présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleef a proclamé l’état d’urgence pendant 90 jours, après avoir mis en congé forcé pour trente jours des fonctionnaires non essentiels et fait fermer les écoles. L’armée s’est déployée pour interdire l’accès à la capitale Monrovia aux voyageurs en provenance de la province de Grand Cape Mount. En Sierra Leone, les villes de Kailahun et Kenema, dans l'est, ont été placées en quarantaine. Les boîtes de nuit et cinémas sont fermés dans tout le pays. La Côte-d'Ivoire, pourtant encore épargnée, a pris des mesures préventives.

 

« Des déclarations ne sauveront pas des vies »

La proclamation d’une « urgence de santé publique de portée mondiale » peut-elle changer quelque chose ? Elle donne le droit au secrétariat général de l’OMS de formuler des recommandations.

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(Suite dans Médiapart sur abonnement)

Agathe Duparc

Médiapart

 

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