Depuis quelques jours, le ministère de la santé ivoirien envoie des SMS sur tous les téléphones du pays : le message rappelle les précautions à prendre pour ne pas être contaminé par le virus Ebola, comme l'interdiction de consommer de la viande de brousse, et encourage à appeler un numéro vert en cas de doute.
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Si ce numéro gratuit existe depuis 2011, le standard explose depuis la propagation d'Ebola non loin des frontières ivoiriennes : les téléopérateurs reçoivent plus de 3 000 appels par jour. Les sept jeunes du centre ont reçu une formation spéciale et deux agents de l'Institut d'hygiène publique sont venus en renfort. Si les questions portent souvent sur les premiers symptômes de la maladie et la manière de s'en prémunir, certaines sont plus inattendues. « Une adolescente mordue par une souris s'inquiétait de savoir si elle pouvait avoir été contaminée », relate Baligouzou Wombou. La jeune standardiste a aussi dû rassurer un homme qui se demandait s'il pouvait continuer à consommer du criquet.
FERMETURE DES FRONTIÈRES APPLIQUÉE À LA LETTRE
« On sent qu'il y a une psychose, confie Aïcha Goin, responsable du centre. Il y a plein de rumeurs et les gens ont peur, ils pensent qu'on leur cache des choses. Notre rôle est de les tranquilliser et j'ai l'impression que ça fonctionne. »
Le centre, où les agents s'entassent dans une petite pièce sans fenêtre, va bientôt être transféré dans les locaux de l'Institut national d'hygiène publique grâce à l'appui financier d'une entreprise ivoirienne, et une dizaine de téléopérateurs vont être recrutés. « Souvent, on nous appelle pour nous insulter, on crie dans le téléphone, ou on met la musique, regrette Sosthène Adja. Chacun de nous répond à près de 200 appels par jour, mais on pourrait faire plus sans ces mauvaises blagues. »
Les autorités, elles, ne plaisantent pas avec le respect des mesures préventives. Jeudi 28 août, on a appris la condamnation à cinq ans de prison ferme d'un homme arrêté alors qu'il venait de capturer un rat avec un piège dans l'ouest du pays malgré l'interdiction. La fermeture des frontières est aussi appliquée à la lettre : les personnes ayant fréquenté un pays contaminé par Ebola depuis moins de trois mois ont interdiction d'entrer sur le territoire.
Spots publicitaires, affiches, chansons… La sensibilisation et les précautions semblent apaiser une population très inquiète, mais certains commencent à s'agacer de ce qu'ils considèrent comme du harcèlement. Les plus âgés tentent d'en voir le bon côté : « Au moins ça nous oblige à nous laver les mains, à faire attention à l'hygiène », philosophe une vendeuse de bananes grillées sur un trottoir d'Abidjan.
