
Un collectif de chanteuses africaines mobilisées pour dénoncer les violences faites aux femmes et promouvoir leurs droits a chanté sur les rives de l’étang de Thau, à Mèze, le 22 juillet. Elles étaient invitées dans le cadre de la 26e édition du Festival de Thau (18 au 24), rendez-vous musical éclectique éclaté sur plusieurs communes du bassin.
Le groupe Les Amazones d’Afrique réunit des voix célèbres du Mali, dont Mamani Keita, les griottes Kandia Kouyaté et Rokia Koné, Mariam Doumbia, Pamela Badjogo, gabonaise bamakoise d’adoption, accompagnées par leur compatriote Mouneissa Tandina à la batterie et associées à quatre musiciens. D’autres artistes féminines (Inna Modja, Nneka…) ont pu ou pourront enrichir ce « all stars » ailleurs. Oumou Sangaré, qui dès 1989, à 21 ans, osait, dans Moussolou (les femmes) – récemment réédité – dénoncer les mariages arrangés et la polygamie, a participé à la première en France du collectif, à Marseille, en octobre 2015, lors de la Fiesta des Suds. Elle a depuis quitté l’aventure, occupée par la préparation de son prochain album, prévu pour 2017.
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Le projet est à géométrie variable. « Une création, c’est quelque chose qui est toujours un peu en mouvement », justifie Didier Granet, de l’agence artistique 3D Family, dont la directrice, Valérie Malot, est à l’origine de ce projet. En juin, a été lancé sur la toile le single des Amazones I Play the Kora et une campagne de crowdfunding. Deux opérations destinées à contribuer au financement de la Fondation Panzi en République démocratique du Congo (RDC) qui accompagne le travail du docteur Denis Mukwege pour aider les victimes de viols collectifs dans la région des grands lacs.
Générosité communicative
Repéré pour ses arrangements sur From Kinshasa, le disque du groupe congolais Mbongwana Star, formé par les dissidents de Staff Benda Bilili, le musicien électro Liam Farrell a travaillé sur l’album des Amazones d’Afrique qui doit paraître en 2017. Délivrée avec un parti pris instrumental rock (guitares saturées, batterie en mode binaire véhément), et un son brouillon, la proposition (pas suffisamment rodée ?) déçoit à Mèze. La générosité communicative des chanteuses sauve l’affaire.
Devant la scène, on danse, on boit (entre autres le vin des vignerons de Picpoul de Pinet, partenaire de la manifestation) et on festoie. Producteurs locaux et produits bios sont privilégiés ici. C’est l’un des fondamentaux du festival, qui s’implique depuis plus de dix ans dans une sensibilisation au développement durable. Ont été organisés lors d’éditions précédentes des débats et tables rondes avec des artistes (Abd al Malik, Gilberto Gil, Mouss et Hakim) sur des questions sociétales, raconte Monique Teyssier, directrice du festival. Et d’ajouter : « Les Amazones d’Afrique envoient un signal fort à travers ce projet. »
Concerts : au Festival du Bout du monde, à Crozon (Finistère) le 5 août, à la Philharmonie de Paris le 12 mars.
Patrick LabesseMèze (Hérault), envoyé spécial
Le Monde
