Alpha Wann : le pouvoir peut assassiner les Guinéens en toute impunité
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- Mis à jour le vendredi 16 octobre 2015 23:30
- Publié le vendredi 16 octobre 2015 23:21
- Écrit par Alpha Wann
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Pourquoi le pouvoir continue d’assassiner les guinéens?
Parce que cela ne choque pas les guinéens tout simplement.
Ce qui se passe en Guinée est incroyable. Voila un pays où on n’incrimine pas l’assassin, mais plutôt la victime. Quelle paradoxe, nous assistons à un renversement sans précédent des valeurs qui fondent notre civilisation.
Nous avons une Constitution qui garanti des droits inaliénables à tous les citoyens dont le droit à la vie qui est sacré et que l’Etat a le devoir de protéger.
Le Chef de l’Etat, chef des armées donne des ordres précises aux forces de sécurité de tirer à balles réelles sur des manifestants guinéens qui protestent contre sa politique. Au lieu que les guinéens soient choqués que leurs forces de sécurité tuent leurs compatriotes qui exercent des droits constitutionnels, ils préfèrent plutôt blâmer les opposants qui ont fait l’appel à manifester.
Du citoyen ordinaire en passant par les chefs religieux, les membres de la société civile et même des journalistes, tous en choeur indexent les opposants en les accusant de faire appel à la violence, de conduire leurs paisibles militants à la boucherie.
En attendant le bourreau est tranquille, il a un permis pour tuer car il est certain que plus il assassine, plus ses victimes seront considérés par la société comme des gens violents, des cyniques qui n’hésitent pas d’envoyer les enfants d’autrui à l’abattoir.
Qu’est ce qui nous arrive? Nous sommes un peuple qui aime ses bourreaux et qui hait ceux qui luttent pour le respect du droit et de nos libertés.
Regardez au Burkina, malgré les progrès indéniables que le président Blaise Compaore a réalisé pour le dévéloppement du pays, les burkinabés ne l’ont jamais pardonné l’assassinat de Sankara. Une fois qu’ils l’ont chassé du pouvoir, ils sont entrain d’engager le procès en justice des présumés assassins de Sankara.
Depuis que les hommes de Blaise ont assassiné ( des soupçons jusqu’à preuve du contraire) le journaliste Norbert Zongo, il n’a plus eu la paix jusqu’à sa chute.
Combien de nos illustres cadres ont été assassinés et plus près de nous combien de jeunes gens ont été massacrés dans une indifférence coupable de notre société?
Oui, maintenant ceux qui se battent pour nos droits sont devenus du bétail à abattre par des agents qui sont en principe à notre service pour protéger nos vies et nos biens. Cela ne nous choque pas. On ne traite pas leur chef de va-t-en guerre, d’assassin, mais ceux qui veulent barrer la route à la dictature.
La majorité des guinéens connaissent le journaliste Mandjan Sidibe pour les révélations au public des manigances du pouvoir, ses enquêtes et les informations de premières mains qu’il dévoilait à ses auditeurs. Est -ce étonnant que le pouvoir veuille le faire taire? Lorsque les hommes de main du pouvoir sont passés à l’action et qu’il s’était senti en danger et n’ayant aucun autre moyen de demander secours, il avait lancé un SOS en directe à l’antenne de sa radio. Les jeunes sont accourus pour le défendre et voilà un policier qui tire à bout portant sur l’un d’eux qui meurt sur le champ.
Comme un seul homme, les guinéens y compris ses confrères lui tombent dessus pour avoir occasionner par son appel la mort d’un innocent. Le pouvoir se frotte les mains en actionnant sa police et sa justice contre lui. Il est en exil depuis.
Personne ne parle du policier assassin et aucune poursuite n’a été engagé contre lui.
Pour tous ces jeunes gens tués à la fleur de l’âge, le président Alpha Conde n’a adressé aucun message de compassion et de regret à leurs familles, ni pris en charge par l’Etat les frais médicaux des milliers de blessés de cette tragédie qu’il a orchestré comme s’ils n’étaient pas des guinéens. Par contre, il a rendu visite aux gendarmes et policiers blessés donnant ainsi la preuve qu’ils étaient en service commandé pour son compte. Il avait félicité ses assassins pour leur efficacité. Les enquêtes internes n’existent pas lorsqu’ils tuent les guinéens parce que cela laisse de marbre la société guinéenne.
Dans tous les pays démocratiques, l’arme principale des hommes politiques pour faire plier leur gouvernement, c’est l’appel à manifester.
Est-ce que demander à ses militants à manifester est illégal?
Est-c’est légal que le gouvernement autorise les forces de l’ordre à tirer à balles réelles sur des manifestants?
Lequel des deux est dans la légalite?
Voilà les questions que nous devons répondre pour situer les responsabilités.
Les guinéens foulent au pied leur Constitution et donnent le droit à leurs “bouchers” d’abattre comme du bétail leurs compatriotes qui se battent pour des droits inscrits dans la Constitution.
Cette attitude est désormais ancrée dans la culture politique de notre pays, au point que ce sont maintenant des opposants qui reprochent à leurs collègues de sacrifier la vie de leurs militants.
Mais oui, des opposants qui disent qu’ils sont contre la violence et pointent du doigt leurs collègues qui poussent l’irresponsabilité d’envoyer à l’abattoir des militants.
Mais alors pourquoi ne pas supprimer l’article 10 et le remplacer par un autre qui criminalise tout appel à manifester?
Dans une démocratie, une partie du peuple a le droit de protester dans la rue, et plus ils sont nombreux, plus le pouvoir est tenu de prendre en compte leurs revendications, d’où l’enjeu de faire le décompte des manifestants et la guerre des chiffres entre les organisateurs et la police. Nous sommes un pays francophone, or la France avec laquelle nous partageons une histoire politique commune est le pays par excellence des manifestations de rue. Sa population est réputée frondeuse. Beaucoup de nos hommes politiques ont fait leurs armes en politique en France, il est donc inconcevable qu’ils soient si allergiques aux manifestations.
Ce sont des dictateurs qui noient dans le sang les contestations de rues.
Les guinéens ne sont pas choqués que ça soit Alpha Conde qui fasse tuer des manifestants. Il n’a jamais participé à une manifestation politique en Guinée.
Au temps du général Lansana Conte, lorsque nous nous manifestions à Conakry, lui il participait aux manifestations paisiblement et en toute sécurité à Paris.
Depuis les années 1960, il manifeste en France, il a lui-même reconnu que ce sont les débris des pavées qu’ils lançaient sur les policiers. Est -ce que les policiers francais tiraient sur eux avec des armes de guerre? Pourquoi donc considère-t-il comme un crime passible d’être exécuter sur le champ, le fait de jeter une pierre sur les policiers guinéens?
Nous savons tous maintenant grâce à la télévision que les manifestants occidentaux sont encore plus violents, ils sont armés de barres de fer, portent presque les mêmes protection que les policiers et ils cassent tout sur leurs passages, brûlent des milliers de voitures. Mais les policiers sont formés pour neutraliser et isoler les ultras ou casseurs dans les manifestations. M. Alpha Conde le sait, mais il a compris que la vie humaine n’a pas de valeur pour nous et donc il ne se prive pas de faire tuer nos jeunes gens.
Nous faisons partie de ce monde qui est interconnecté et dans nos villages les plus reculés, nos populations ont désormais accès à toutes les informations en temps réel. Nous savons tous comment les gouvernement occidentaux accordent de l’importance à la vie de leurs citoyens. Ils sont capables de déployer toute leur puissance diplomatique et militaire pour sauver un seul de leur citoyen.
Je vous donne un exemple. En 1998, le président de l’UNR Bâ Mamadou a été arrêté. La France n’a fait aucune démarche particulière pour le faire libérer. Par contre lorsque leur citoyen Alpha Conde président du RPG a été arrêté la même année, les autorités françaises n’ont jamais cessé de harceler le général Lansana Conte pour le libérer. Le président Chirac avait posé publiquement son cas au général Conte qui agacé avait répondu que chaque jour on entendait parlé de mise en examen de ministres français, et que pourquoi nous nous n’avions pas le droit de le faire avec nos citoyens fussent-ils chefs de partis? Il avait oublié que celui qu’il avait arrêté est un français.
Au lieu de jeter l’anathème sur les opposants qui manifestent, dites donc à Alpha Conde de respecter la vie des guinéens. Mais personne ne considérera que notre vie est sacrée si nous mêmes nous n’en avons aucune considération.
Regardez ces dictateurs qui aiment se faire appeler père de la nation, mais qui n’aiment que leur propre progéniture biologique.
Quel est le père qui va faire tirer sur ses propres enfants?
Pourquoi les guinéens excusent ceux qui tirent à balles réelles sur les enfants d’autrui? Si nous avions manifesté notre colère contre ces actes ignobles, aucun pouvoir n’allait se permettre de le faire.
Alpha Conde lui se permet de dire devant François Hollande que à partir du moment où l’Assemblée Nationale est installée, les débats doivent s’y tenir et non dans la rue et qu’il ne tolérera plus la pagaille. Au même moment Hollande était confronté à la furie des bonnets rouges bretons contre l’écotaxe et il était obligé de reculer.
Je parle de ce sujet parce que les assassins et leurs commanditaires s’apprètent encore à massacrer ceux qui vont se lever contre cette forfaiture qu’on appelle élection tenue le 11 octobre dernier.
Au vu et au su de tous les guinéens et de la communauté internationale, ce pouvoir a utilisé toutes les manoeuvres possibles, tuer, blesser les récalcitrants pour préparer les fraudes aux élections.
L’opposition interpelle à chaque fois l’opinion, présente des preuves et appelle finalement en désespoir de cause à manifester ses militants qui sont tués par le pouvoir sans aucune réaction de l’opinion nationale alors qu’il s’agit avant tout de préserver nos droits légitimes, un combat qui incombe à tous les citoyens de notre pays.
Pour toute réponse, on fustige l’opposition qui est selon la plupart des commentateurs en manque de stratégie face au pouvoir. On la traite d’impuissance et on tresse des lauriers pour les tricheurs, les assassins, on les encense et M. Alpha Conde est présenté comme un virtuose de la politique, des opposant le traitent de fin tacticien ou de renard politique.
Mais comment se fait il que ce renard politique n’a pas pu tromper le général Lansana Conte qu’il prenait pour un analphabete et conquérir le pouvoir?
Il a fallu le décès du général Conte et l’arrivée au pouvoir d’une équipe qui lui était favorable pour qu’il accède enfin au pouvoir.
Vous pensez qu’on a besoin d’être un fin stratège pour soumettre par la violence un peuple?
Un simple sergent semi- lettré comme Samuel Doe après avoir massacré le président Tolbert et ses ministres ne s’est il pas imposé sur les libériens? Il a fallu une autre brute pour le tuer.
Un simple cuisinier de l’armée coloniale britannique, Idi Amine Dada s’est imposé en Ouganda en massacrant tous ses opposants et en terrorisant toute la population. Il a fallu l’intervention de l’armée tanzanienne pour le chasser du pouvoir.
Quelle tactique fait Alpha Conde si ce n’est violer nos lois et faire tuer ceux qui protestent, distribuer l’argent pour acheter les consciences sans oublier qu’il a hérité de l’absolutisme de ses prédécesseurs qui a marqué de façon indélébile les fonctionnaires de l’administration guinéenne qui sont dressés pour obéir servilement au pouvoir.
Tout leur problème, c’est cette nouvelle génération insoumise, qui connait ses droits et les revendique courageusement au péril de leurs vies.
Habitué à être le seul maitre à bord dans son parti où il dicte ses ordres à Dr Mohamed Diane qui les répercute aux membres sans la moindre opposition de qui que ce soit, il pense que toute la Guinée doit se soumettre à sa volonté comme si nous étions tous membres de son fameux RPG Arc en Ciel.
C’est comme lorsque le général Conte pensait que nous sommes tous dans un camp militaire où lui le commandant en chef donne des ordres à exécuter sans murmures ni discussions.
Il fallait aller à ces élections pour prouver à ceux qui en doutaient ou faisaient semblant de ne pas voir les manquements graves de la CENI que ce pouvoir ne veut pas organiser des élections libres et transparentes.
Aujourd’hui, il faut être de mauvaise foi pour nier les faits graves qui entâchent la crédibilité de ce scrutin.
Que voulez vous qu’on fasse? Qu’on courbe encore l’échine et qu’on se soumette sans condition à la dictature? JAMAIS.
Ceux qui nous parlent de stratégies gagnantes étaient les premiers à traiter l’opposition de faible, qu’elle ne manifestait pas jusqu’à l’obtention de ses revendications et maintenant que les opposants sont déterminés à se battre, et à ne faire aucune concession, ils clament cette fois- ci qu’ils veulent sacrifier pour rien la vie des guinéens ou créer le chaos et la guerre civile dans le pays.
Nous n’allons pas inventer la roue, tous les peuples se sont libérés le plus souvent par une mobilisation massive des citoyens contre des pouvoirs autoritaires.
Quelle autre stratégie ils nous proposent, qu’on accepte qu’il soit président à vie en foulant aux pieds nos droits et notre Constitution?
Certains nous disent que nous sommes en apprentissage de la démocratie, mais cela fait 24 ans que nous votons sans que les pouvoirs ne se plient aux règles démocratiques. Au même moment les autres pays africains se sont démocratisés, l’alternance au pouvoir se passe sans aucune violence et les entreprises occidentales et celles des pays émergents y accourent tous.
Certains veulent nous cantonner dans notre ghetto de non-droit où nos populations croupissent dans la misère et les actes de violences de l’Etat. Nous refusons de toutes nos forces cette situation.
Nous demandons à tous nos militants et partisans d’occuper les rues pour démontrer que nous sommes nombreux à rejeter la confisquation de notre souveraineté de choisir librement nos dirigeants qui est consacrée par l’article 2 de notre Constitutition et dans le respect de nos lois électorales.
L’article 21 nous autorise à résister contre l’oppression et il n’y a pas pire oppression que celle d’un individu ou un groupe d’individus qui confisque nos droits constitutionnels.
Maintenant, si le pouvoir sortant met à exécution son projet de carnage de nos militants, les responsables sont clairement identifiés. Il s’agit des chefs de nos forces de seécurité qui sont : le Ministre de la Défense Nationale en titre M. Alpha Conde, le Chef d’Etat-Major Général des Armées, le général Namory Traore (si l’armée intervient), le Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale, le général Ibrahima Balde et le Ministre de l’Intérieur, chef de la Police Nationale, M. Mahmoud Cisse.
M.Alpha Conde doit reconnaitre sa défaite car il sait tout ce que lui et ses hommes ont fait en violation de nos lois pour s’attribuer une victoire qu’il ne mérite pas.
Il a le choix entre partir dans la paix et la sécurité, ou ordonner à ses hommes de réprimer dans un bain de sang les guinéens qui protestent contre lui et même dans ce cas, il finira par partir.
Comme on le dit chez nous, la balle est dans son camp.
