Mali : confusion et incertitude à Bamako

Le siège de l'Office de la radiotélévision malienne à Bamako serait aux mains de militaires membres de la garde du président déchu Amadou Toumani Touré, le 30 avril 2012. Reuters

La confusion règne toujours à Bamako. Dans la capitale malienne, des affrontements armés ont opposé depuis hier soir des membres de la junte à des bérets rouges, les parachutistes fidèles à Amadou Toumani Touré. Le centre névralgique qu’est le siège de l’ORTM, la radio-télé nationale malienne, serait aux mains de la garde du président déchu. Il y aurait au moins trois morts. Du côté de l’ex-junte cependant, on affirme contrôler la situation. La présidence par intérim n’a fait aucun commentaire. La réunion prévue ce mardi 1er mai entre les mutins et la médiation de la Cédéao est annulée.

Selon des témoins, une quinzaine de soldats casqués ont pris d’assaut l’ORTM à bord d’un camion de troupes prenant par surprise les militaires qui assuraient la sécurité à l’entrée des locaux de la télé.

D’après un jeune homme, présent sur place, des rafales se sont abattues sur les gardes, faisant selon toute vraisemblance plusieurs morts. Les assaillants ont fait sortir le personnel pour investir les lieux.

Les soldats ne portaient pas de bérets rouges mais plusieurs sources concordantes confirment que c’est bien ce corps d’élite de l’armée malienne resté fidèle au président Amadou Toumani Touré au moment de sa chute qui a pris l’initiative de cette attaque contre la junte.

Les bérets rouges auraient réagi après la tentative d’arrestation de leur chef, le colonel Guindo par les hommes du capitaine Amadou Sanogo.

Hier soir à Bamako, plusieurs sources affirmaient que les bérets rouges avaient ainsi pris le contrôle de l’ORTM et de l’aéroport et se dirigeaient vers le camp militaire de Kati, le siège de la junte. Des représentants de la junte assuraient, pour leur part, maîtriser la situation et être prêts à mener la contre-offensive.

RFI a pu joindre dans la soirée un témoin de l’assaut mené sur l’ORTM. Il se trouvait dans les locaux de la radio télévision malienne lorsque des militaires casqués sont arrivés.

Un habitant de Bamako :

Témoin de l’assaut mené sur l’ORTM, j’ai vu au moins trois corps, je ne sais pas s’ils étaient morts ou blessés (…) Les militaires nous disaient que leur objectif était de sécuriser le pays.

 

BAMAKO (AFP) – (AFP) – Des tirs nourris ont été échangés lundi soir à Bamako entre d’ex-putschistes et la garde présidentielle, loyale à l’ancien président renversé, et des coups de feu entendus au camp militaire de Kati, quartier général à l’ex-junte au pouvoir près de la capitale.

 

Les tirs à Bamako, qui avaient baissé d’intensité vers 21H30 (locales et GMT), selon un journaliste de l’AFP, ont eu lieu en centre-ville et dans d’autres quartiers. Selon des témoins et des medias locaux, ils ont pour origine la tentative d’arrestation d’un responsable de la garde présidentielle (Bérets rouges) par l’ex-junte militaire qui avait renversé le régime du président malien Amadou Toumani Touré (ATT) le 22 mars avant d’accepter de rendre le pouvoir. Les « Bérets rouges » se sont opposés à l’arrestation d’Abidine Guindo, ancien chef d’état-major particulier du président ATT, par des hommes de l’ex-junte dirigée par le capitaine Amadou Haya Sanogo. Selon l’ambassade américaine, des tirs ont été entendus près du siège de l’Office de radio-télévision du Mali (ORTM), occupé par les proches du capitaine Sanogo depuis le coup d’Etat du 22 mars.

Les « Bérets rouges » ont réussi à faire évacuer les journalistes qui se trouvaient dans les locaux de l’ORTM, semblant ainsi en reprendre le contrôle, selon des journalistes de la radiotélévision malienne. Prévu à 20H00 (locales et GMT), le journal télévisé n’a pas été diffusé. Le centre-ville s’est vidé de tous ses habitants, a constaté un journaliste de l’AFP, et peu de militaires y étaient visibles. Dans la ville-garnison proche de Kati, des tirs ont également été entendus. Des medias locaux ont fait état de « tirs à l’arme lourde » à Kati, ce qui n’a pas pu être confirmé par l’AFP.

« Je suis sous le feu », a déclaré le capitaine Samba Coulibaly, membre de l’ex-junte interrogé par un journaliste de l’AFP sur la situation à Kati. Une autre source militaire a évoqué des « tirs », sans préciser par qui ils étaient tirés, et parlé de « civils qui quittaient la ville ».Ces incidents surviennent à la veille d’une rencontre qui était prévue à Ouagadougou entre d’ex-putschistes et le président burkinabé Blaise Compaoré, médiateur dans la crise malienne.Le capitaine Sanogo a rejeté samedi les décisions prises le 26 avril à Abidjan lors d’un sommet de chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont l’envoi de soldats dans son pays pour sécuriser la transition après le putsch du 22 mars.

Il a rejeté aussi la décision de la Cédéao de fixer la période de transition à douze mois, jusqu’à la tenue d’élections présidentielle et législatives. Il a affirmé qu’il prendrait ses « responsabilités » à l’issue du mandat constitutionnel de 40 jours du président par intérim Dioncounda Traoré, investi le 12 avril. Dimanche soir, un dirigeant syndical étudiant, Hamadou Traoré, membre du front anti-putsch au Mali, était sorti indemne d’une tentative d’attentat perpétrée par des hommes armés et des incidents se sont produits lundi à l’université publique de Bamako. Les jours précédents, la junte, qui avait accepté de rendre le pouvoir après un accord signé le 6 avril avec la Cédéao, avait procédé à l’arrestation de plusieurs personnalités politiques proches d’ATT ou considérées comme telles. Elles avaient été remises en liberté après plusieurs jours de détention à Kati.

Les ex-putschistes entendent montrer qu’ils n’acceptent pas se laisser marginaliser par les organes de la transition, dirigés par Dioncounda Traoré et son Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, qui a formé un gouvernement comprenant trois militaires proches de l’ex-junte. Depuis plusieurs jours, des tensions étaient nées au sein de l’armée, les bérets verts du capitaine Sanogo souhaitant garder le pouvoir, voire même présider la transition, alors que d’autres, notamment des officiers supérieurs, avaient opté pour un retrait de l’armée, écrivait lundi Le Journal du Mali sur son site. Le 22 mars, les putschistes avaient justifié leur coup d’Etat par « l’incompétence » du régime ATT dans la lutte contre les groupes armés touareg, islamistes et criminels dans le nord du Mali. Ces groupes ont profité du putsch pour renforcer leurs positions dans le Nord qu’ils occupent désormais totalement.

AFP

Alors qu’au nord l’ONG Human Rights Watch dénonce des « crimes de guerre », au sud le retour à l’ordre constitutionnel est contesté par les putschistes. Une réunion est prévue mardi avec le médiateur burkinabè pour débloquer la crise politique et diplomatique.

La crise malienne est loin d’être résolue. Vendredi soir, le capitaine Sanogo, ex-chef de l’éphémère junte malienne qui a renversé le 22 mars le président Amanou Toumani Touré, a vivement dénoncé les décisions prises« unilatéralement » par les chefs d’Etat ouest-africains, jeudi lors d’un sommet à Abidjan, s’opposant en particulier à tout déploiement de force militaire ouest-africaine.

Médiation burkinabè mardi

L’ex-chef de la junte a également rejeté la décision de la Cédéao  – une communauté de quinze pays dont le Mali – de fixer la période de transition à douze mois, alors que la Constitution malienne prévoit un délai de 40 jours. Dans la classe politique malienne et les milieux diplomatiques, beaucoup soupçonnent les putschistes de ne pas vouloir laisser la place. La France les a exhortés vendredi à respecter l’accord signé et à se retirer des locaux de la radio et la télévision publiques maliennes ORTM qu’ils contrôlent depuis mars. Pour résoudre cette crise, une rencontre initialement prévue lundi à Ouagadougou entre une délégation de l’ex-junte malienne et le président burkinabè et médiateur Blaise Compaoré a été reportée à mardi.

Viols, exécutions et pillages

L’organisation Human Rights Watch (HRW)  a accusé de son côté lundi les différents groupes armés (rebelles Touaregs, islamistes et arabes) qui contrôlent le Nord du Mali d’avoir commis de « nombreux crimes de guerre », en se livrant à des viols, des pillages et à l’enrôlement d’enfants-soldats. L’ONG accuse également les islamistes d’avoir sommairement exécuté deux hommes et amputé la main d’un autre au moins, d’avoir organisé des séances de flagellations publiques et menacé des femmes et des chrétiens. La semaine dernière, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI)  a déclaré suivre « attentivement » la situation au Mali et devrait« décider prochainement » s’il entame un examen préliminaire dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

Attentat à Bamako contre un anti-putschiste

Hamadou Traoré, secrétaire général de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), membre du Front uni pour la Démocratie et la République (FUDR), rassemblant des opposants au coup d’Etat du 22 mars au Mali, est sorti indemne d’une tentative d’attentat perpétrée dimanche soir par des hommes armés, a-t-on appris lundi de source policière à Bamako. Lundi matin, des élèves et étudiants ont organisé une marche à Bamako pour dénoncer la tentative d’ « assassinat » de leur dirigeant syndical, aux cris de « Mariko assassin ». Oumar Mariko, chef du Mouvement populaire du 22 mars (MP22), favorable aux putschistes, a aussitôt dénoncé des « allégations gratuites ».

AFP

 

 

 

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