MAHMOUD THIAM EX MINISTRE DES MINES DIT TOUT (2ème partie)

Mensonges, misère, médiocrité, népotisme et politiques minables pour nos mines. Les misères de Palladino (25 millions plus deux) ne sont que la crête de l’iceberg qui mine notre politique économique tous azimuts.

Le contrat de surveillance :

Alex Stewart est la première signature mondiale dans le domaine du contrôle et de la certification des quantités et qualités de minéraux exportés par des pays ou des sociétés.  La société installe un laboratoire d’analyse dans les pays où elle opère. Ce laboratoire est opéré avec le gouvernement local et appartient au pays à la fin du contrat. La société permet aux pays de s’assurer que les quantités et qualités exportées sont celles effectivement déclarées par les sociétés minières. Le résultat de leur intervention est généralement une augmentation remarquable des quantités et une meilleure valorisation des minerais. Ceci se traduit par un accroissement substantiel des taxes et redevances dues et perçues par le Trésor public. Cet exercice étant aussi rétroactif, les entrées peuvent être immédiates.

L’état paye une avance de démarrage équivalent à 50% de la valeur du labo, soit $1.5 millions, et ensuite un pourcentage de la valeur des minerais inspectés. Ces pourcentages varient selon les pays en fonction de facteurs tels que le nombre de sites miniers et ce que ça coûte d’opérer dans le pays.

Après de longues négociations  au ministère des finances avec les équipes techniques du ministère, nous avons réussi à obtenir que le coût pour la Guinée soit plus bas que celui des 72 autres pays ou la société opère.

L’avance de démarrage fut ensuite impossible à verser. Le contrat fut l’objet d’attaques dans la presse souvent manipulée en sous-main, et motivées par des sociétés minières ne souhaitant pas être inspectées. Il fut dit que le contrat a été signé en secret par le Ministre des Mines alors que le Ministre des finances et son staff ont négociés pendant des journées entières avec la société. Pour tenter de débloquer la situation et éviter un conflit légal avec la société qui tenait un contrat dument signé, j’ai ordonné au fond minier d’obtenir l’expédition du laboratoire par la société contre le versement de la moitié du montant dû. Ce paiement fut fait sur la part du ministère de fonds générés pour le Trésor par nos propres efforts.

Le laboratoire est en Guinée depuis plus de 2 ans, en containers, probablement à pourrir dans l’humidité et la chaleur alors que le pays, pays minier, n’a pas de laboratoire d’analyse minière. De surcroît, la société pourrait à tout moment nous attaquer en justice pour faire valoir son contrat. J’ai appris, en Guinée que beaucoup de sociétés étrangères pensent qu’elles peuvent gagner plus d’argent en Guinée en attaquant le pays pour violation d’un contrat que par l’exécution simple dudit contrat. Non seulement nous violons les contrats mais nous n’assurons pas correctement notre défense légale. Imaginez le gâchis.

Il est constant du moins selon plusieurs experts du secteur minier, que chaque fois que le gouvernement du professeur Alpha Condé est coincé dans ses relations avec des partenaires privés internationaux, le premier bouc émissaire, est Mahmoud Thiam. Pourquoi un tel soupçon?

Première nouvelle. Je fais tout pour ne pas me mêler de dossiers concernant la Guinée pour éviter tout conflit d’intérêt ou d’être accusé d’entraver les actions du gouvernement. J’ai même gardé le silence devant une multitude d’attaques et accusations fallacieuses.  J’ai parfois été tenté d’intervenir car, comme vous le savez, c’est un petit monde (notre secteur) et les informations circulent toujours entre ses différents acteurs, et je vois parfois des choses qui me désolent.  Je n’agis pas dans l’ombre, quand je décide de parler, je parle haut et fort. La preuve, je réponds à vos questions.

Que savez-vous des dossiers comme, convention de crédit avec Palladino, pacte d'actionnaire sur la construction des infrastructures du Simandou avec AIOG, des négociations avec China Bank of Development, Pactual Btg etc.?

Je sais ce que je lis et entends. Palladino ne fut pas une surprise totale cependant. Le même groupe de personnes qui faisait les couloirs des conférences minières, des hôtels et des bureaux d’ investisseurs miniers en se vantant qu’il serait bientôt en possession de tout ou partie des meilleurs projets miniers guinéens se retrouve dans cette affaires. Ces mêmes personnes avaient promis au Président de lui fournir les éléments de preuve nécessaires à démontrer que tous les projets dont j’ai fait la promotion étaient illégaux ou motivés par la corruption. Ils avaient la certitude de pouvoir ainsi confisquer des projets dûment développés par d’autres pour les mettre dans des véhicules qu’ils contrôlent. Ces gens n’hésitaient pas à approcher mes proches pour obtenir des éléments de preuve et promettre a certains de l’argent en retour d’informations qui n’existent pas. Aujourd’hui, il s’avère que le signataire du contrat, côté Paladino faisait partie de la petite bande en question.

Cette bande comptait parmi ses membres  le fils du Président et quelques-uns de ses amis de longue date, dont ceux qui l’ont présenté à Kadhafi à l’époque.

Il est aussi clair que le contrat stipule que si, dans les 90 jours du tirage, les $25 millions ne sont pas transférés à la SOGUIPAMI, l'État se trouve dans un cas de défaut qui ouvre la possibilité a Paladino II de monter au capital d'un actif minier de son choix dans lequel la SOGUIPAMI est actionnaire. Ceci ressemble étrangement à une mascarade pour transférer une part du patrimoine minier guinéen à Paladino II et à ses ayants droits économiques surtout.

Pour la petite histoire, en 2010, une société étrangère nous a proposé de financer le rachat de l’option de 20% que l’État détient dans le projet SIMFER de Rio Tinto à Simandou, et d’en partager les bénéfices éventuels avec le pays, ceci, pour près de $100 millions. Ici, à titre de comparaison, on nous parle de 30% de tous les projets Guinéens pour un prêt de $25 millions..Le ministre des finances et moi-même étions encore en négociation serrée avec le groupe lorsque le gouvernement de transition démissionna.

Je souligne aussi que les $25 millions de Palladino sont un prêt remboursable alors que les $100 millions ne l’étaient pas. C’était un paiement à l’Etat en échange du droit de partager les futurs bénéfices des 20% du seul projet Rio Tinto.

Par contre, ces $25 millions permettent à Palladino de monter une JV (joint-venture) entre la SOGUPAMI et Florus Bell dans laquelle Palladino détiendrai 49% et non 15% ou 33% de tous les projets SOGUIPAMI, sans rien payer d’autre à l’Etat et sans appel d’offres. Là est le vrai scandale dont personne ne parle. Puisqu’on est « transparent », expliquons aux Guinéens comment et pourquoi Paladino a été choisi (ils ne sont pas connus pour être une institution qui prête des fonds) et publions donc le protocole d’accord conclu avec Paladino pour que nous sachions à quelle sauce on voulait nous manger.

Je ne sais rien des négociations avec Pactual et China Developement Bank.

BHP Billiton se retire de la filière aluminium en Guinée. Rusal veut fermer la raffinerie de  Friguia, Mubadala est entrain de racheter 23% de la participation de la Guinée à la compagnie des Bauxites de Guinée. Vale-BSG  a des difficultés à réaliser son projet Zogota-Simandou  conformément à la convention de base de 2009. Quels conseils donneriez-vous, s'il en était nécessaire?

Encore une fois la priorité devrait être de mener quelques projets d’envergure au point d’exporter du minerai. L’impact sur le pays et les populations serait extraordinaire. Les projets Zogota de VBG et Belzone à Forécariah seraient aujourd’hui en production. Simandou nord (VBG), Kalia (Belzone) et GAC (Guinea Alumina Corporation) pas loin derrière.

Prenons les 2 projets fer par exemple. Ce sont des centaines de millions de dollars de taxes et redevances que le gouvernement actuel commencerait à en tirer dès cette année, s’ils n’avaient pas délibérément retardé ou arrêté ces projets pour des raisons parfois irrationnelles et souvent fort bien calculées, semble-t-il. Entre ces actions délibérées et la sortie en succession de deux codes miniers qui ont semé effroi et confusion dans le monde minier, beaucoup de sociétés ont pris peur et ralentissent ou arrêtent carrément des projets pourtant fort porteurs pour elles-mêmes. Imaginez ce que ça prend pour effrayer une société comme BHP Billiton au point d’abandonner un site comme Boffa Santou Houda sur lequel elle disait, de mon temps, avoir découvert assez de Bauxite pour faire 2 raffineries d’alumine.

Le chemin de fer passager et marchandises légères que VBG avait commencé à construire et qui devait relier Conakry a Kérouané en passant par la plupart des grands centres de population du pays serait aujourd’hui proche du mi-parcours. Le bienfait d’une telle infrastructure sur l’activité économique et sur le bien-être des populations rurales aurait été énorme. Les habitants de Conakry se souviendront que ce projet avait démarré en fin 2010 avant d’être arrêté sans raison valable par le gouvernement entrant. Les raisons de ce sabotage sont aujourd’hui claires.

Si la raison et l’intérêt du peuple ne reprennent pas vite le dessus, des projets que nous avions rendu légalement irréversibles deviendront économiquement irréalisables car le « risque Guinée » est rendu trop cher par une gestion aux motivations obscures.

Hperdynamics/SCS Corporation a fait un forage d'exploration infructueux, sur l'offshore guinéen. Présentement, cette société est en quête de financement, s'il faut poursuivre la campagne d'exploration. Qu'est-ce que la Guinée a gagné  ou perdu dans cette opération?

Forer et rater sont choses communes dans la recherche pétrolière. On ne peut donc le reprocher à l’operateur. Rater coûte excessivement cher, cependant. C’est pourquoi un pays doit mettre son offshore entre les mains de sociétés qui ont l’expérience et les moyens financiers de le faire. Car la chance de succès est augmentée par l’expérience, et la capacité de recommencer est assurée par les moyens financiers. Malheureusement, Hyperdynamics n’avait ni l’un ni l’autre, lorsqu’elle s'est accaparés la totalité de notre offshore.

Là où 1 ou 2 blocs auraient déjà été beaucoup pour une société de cette envergure, elle a réussi à se maintenir sur une surface supérieure à toutes les superficies détenues sur terre par le numéro 1 mondial Exxon Mobile.

En 2010, nous avons réussi à les forcer à restituer une partie de ce territoire et à améliorer les termes de leurs accords tout en laissant la porte ouverte au gouvernement élu pour continuer à réparer le problème. Au lieu de le faire, il fut fait de Hyperdynamics le meilleur ami du ministère des mines et aucune de leurs lacunes ou violations contractuelles ne furent corrigées. 

Le plus inquiétant est qu’un échec rend toujours une zone moins attractive pour les sociétés les plus à même de réussir. Un offshore prometteur peut ainsi être négligé au profit de destinations plus « intelligentes ».

Les services techniques du ministère avaient, en 2010, travaillé sur un plan et une méthodologie d’attribution des blocs qui permettaient d’attirer un premier groupe de compagnies crédibles et de les marier à des blocs correspondants strictement à leur capacité et expérience avérée à chercher et trouver du pétrole à des profondeurs spécifiques. Une fois que la présence de ses acteurs dans nos eaux serait connue, une seconde vague serait venue à laquelle nous pourrions vendre des blocs en BID rounds et ainsi de suite. Ce dossier a été sciemment mis de côté sur mes instructions pour que la mise en application soit faite par le gouvernement élu qui devait nous succéder. On connait la suite.

La Guinée a réintégré le restreint club des pays producteur du minerai à travers, la GDC mining & oil & gas par la mise en exploitation de la mine de Yomboéli le 10 juin dernier. Quels en sont les avantages pour le pays?

Comme je l’ai dit plus haut, la priorité absolue d’un pays minier est de produire et exporter des minerais. Seuls les spéculateurs boursiers peuvent gagner de l’argent sur du potentiel minier. Le fait que Belzone-GDC ai commencé à charger sa première barge de minerai de fer est un évènement historique et va, je l’espère, accélérer les choses pour les autres projets avancés.

Il faut cependant noter que la convention de Belzone fut signée en 2010 et à la date, d’aujourd’hui la société est incapable de mettre la main sur le décret de concession et l’ordonnance de ratification car certains veulent se faire payer en échange. Les accords voulaient que la société exporte en Mars 2012, mais elle a été sciemment retardée et son gisement le plus riche à Kalia accuse un retard par ce que leur accord sur les infrastructures est saboté par une société qui, après plus de 15 ans en Guinée, est encore à des années d’exporter et nous a entrainés dans un accord nébuleux dont nous ne pourrons sortir qu’en pleurant.

Il faut savoir qu’à Zogota, VBG avait aussi obligation d’exporter en 2012 selon les conditions que nous leur avions imposées. Aujourd’hui, la société produit et accumule du minerai a Zogota pour ne pas faillir à ses obligations, mais des centaines de millions de dollars de valeur s’y accumulent et ne rapportent rien à la Guinée, car l’objectif est de déposséder le groupe opérateur du projet en le poussant à la faute ou au découragement.

Enfin, je viens de lire une interview donnée à Paris où le Président Condé se vante de n’avoir octroyé aucun permis minier depuis son arrivée au pouvoir. Et estime que ceci est un signe de transparence et de bonne gouvernance. De mon temps, nous étions fiers d’octroyer un maximum de permis de recherche. C’est ainsi que le plus grand nombre d’entrepreneurs miniers se ruent sur nos carrés miniers et y investissent dans la prospection géologique. C’est ainsi, aussi que le niveau de connaissance géologique du pays avance plus vite et à moindre coût pour un pays pauvre comme le nôtre. Enfin c’est ainsi que les chances de découvrir des gisements économiquement viables sont augmentées.

L’essentiel est que la direction nationale des mine soit dotée des moyens d’inspecter les permis, de les retirer pour non performance et de les remettre dans l’escarcelle du CPDM (centre de promotion et développement minier) pour être réémis.

Certains des grands gisements actuels comme Zogota, Kalia etc. n’auraient pas été découverts autrement et se trouvent dans des zones dont les grands miniers de ce monde avaient annoncé qu’elles étaient stériles.

En plus nous savons tous que c’est faux. Des permis ont été attribués à des proches. Des financiers m’ont approchés a New York il y a quelques semaines pour lever des fonds pour un projet fer au mont Nimba contigu au projet BHP Billiton. Ce permis a été octroyé à un ami du « fils » et proche conseiller du « père ».

De surcroît vu son emplacement, ce permis est probablement situé dans une zone interdite pour des raisons environnementales. Un site classé Héritage Universel par l’UNESCO car sur la Reserve Naturelle Intégrale des Monts Nimba.

 

Propos recueillis par:

Aboubacar Akoumba Diallo

Journaliste, Associé chercheur sur les Mines en Guinée

 

Exclusivité du Lynx, transmis à www.nrgui.com

 

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